Al Hoceima: population dans la rue, le jour de l'Aïd
Des milliers d’habitants d’Al Hoceima, d’Imzouren et des villages environnants ont bravé le quadrillage sécuritaire de la province et ont manifesté lundi 26 juin, jour de l’Aid Al Fitr. La veille, le Roi avait tancé le gouvernement au sujet de la mise en œuvre de la politique de développement menée sur la région.
Annoncées depuis plus d’une semaine, les manifestations “pour la libération des prisonniers du Hirak et la fin de la militarisation“ ont réuni des milliers de personnes ce lundi selon des journalistes sur place et des sites d’informations régionaux.
Jour de deuil et de chagrin
Au cours des 48 heures précédentes, les familles de détenus avaient indiqué que “le jour de l’Aid était un jour de deuil et de chagrin et qu’elles sortiraient manifester“. Les parents de Nasser Zafzafi ont notamment fait des déclarations fermes et médiatisées à ce sujet.
Dès ce lundi matin jour de l’Aid Al Fitr, l’ensemble de la province d’Al Hoceima était quadrillée par la police, les forces auxiliaires et la gendarmerie.
Des heurts ont opposé des manifestants et des forces de l’ordre avec usage de pierres d’un côté et de gaz lacrymogènes et de matraques de l’autre, rapportent de nombreux témoins ainsi que les images diffusées de part et d’autre.
La veille de l’Aid, dimanche 26 juin, le Roi Mohammed VI, au cours d’un conseil des ministres avait exprimé sa colère, “sa déception et son mécontentement“ en fustigeant l’action du gouvernement et la mauvaise mise en œuvre du plan “Al Hoceima Phare de la Méditerranée“ lancé en octobre 2015 et doté de 6,5 MMDH avant une réévaluation à 10 MMDH fin mai 2017.
Audits et inspections
Le Souverain a exigé un audit du plan de développement d’Al Hoceima et l’accélération des chantiers en chargeant les services d’inspection des ministères des Finances et de l’Intérieur d’établir des rapports de gestion des projets annoncés en octobre en présence du Roi, du gouvernement et des conseillers royaux et du président de Région.
Au cours du même conseil des ministres, si un nouveau gouverneur a été nommé pour Al Hoceima, en remplacement du précédent limogé en mars dernier, le wali de région Mohamed Yacoubi reste en place.
Son maintien est critiqué ce lundi par le PAM et sur le site Ariffino.net qui rappellent que “la population locale réclame son départ depuis des mois“.
Cette opinion n’est toutefois pas partagée par le député istiqlalien de Nador Noureddine Médiane qui, interrogé par Médias 24, estime que “c’est grâce à M. Yacoubi que la situation de crise a pu être gérée et maîtrisée au cours de ces derniers mois“.
Réélu en octobre 2016 pour un 5e mandat parlementaire, Noureddine Médiane est “confiant dans le travail des services d’inspection“. Sur le sujet des détenus, il rappelle “l’exigence de leur libération et son soutien aux revendications économiques et sociales des habitants de la région“.
Mohamed Saoud, premier vice-président (Istiqlal) du Conseil régional de Tanger-Tétouan al Hoceima estime de son côté que “le Roi assume ses prérogatives et manifestement avec le projet Al Hoceima Phare de la Méditerranée, il demande une reddition des comptes pour identifier les responsables de ces retards“.
Selon Saoud, le wali Yacoubi est maintenu à son poste en attendant les conclusions des haut-fonctionnaires des services d’inspection. Pour M. Saoud, le plan de développement d’Al Hoceima “a été victime de la compétition politique entre le PAM et le PJD; le PAM est devenu premier parti en 2015 aux élections communales et régionales dans le Nord, via des méthodes critiquées et le gouvernement dirigé par le PJD a voulu freiner“.
Le "hirak" gagne la bataille des images
Réseaux sociaux, live vidéos, photos, le "hirak" est très largement en avance dans la bataille des images (vidéos ci-dessous). En début d'après-midi, les barrages de sécurité interdisant l'accès à Al Hoceima étaient filmés en Live, ainsi que les nombreux jeunes qui ont pris les sentiers de montagne pour accéder à la ville.
Vidéo de la répression qui a lieu ce soir à Al Hoceima #Hirak pic.twitter.com/hiNuTZOW5h
— Omar Radi (@OmarRADI) 26 juin 2017
Les autorités locales ont publié dans la nuit quelques dizaines de photos et vidéos ainsi qu'un bilan annonçant que 39 membres des forces de l'ordre (images à l'appui), ont été blessés. Le bilan annonce également une attaque contre les urgences de l'hôpital provincial, ainsi que des diverses dégradations contre des véhicules. Ci-dessous, photos transmises par les autorités locales.
La version des autorités locales, c'est que ce sont des groupes de jeunes, cagoulés et bien organisés, qui ont provoqué les forces de l'ordre et les ont caillassées, déclenchant des ripostes.
Les 5 photos ci-dessous ont été diffusées par les autorités locales d'Al Hoceima





Situation bloquée et tendue
Huit mois après la mort de Mohcine Fikri et plus d’un mois après le début des arrestations des leaders et de militants du Hirak, mais aussi de journalistes et de simples manifestants, la situation est bloquée et tendue dans le Rif.
L’évolution du dossier depuis le mois de mai dernier commence également à avoir un impact négatif sur l’image du Maroc et sa diplomatie.
Affaibli intérieurement, le gouvernement se voit bousculé à l’étranger. La Haye réfute sans prendre de gants les arguments de Rabat sur le dossier de Saïd Chaou.
En termes d’images, la presse internationale s’est saisie du dossier d’Al Hoceima, les manifestations pro-Hirak deviennent hebdomadaires dans les capitales et villes européennes et Human Rights Watch et Amnesty International ont publié leurs premiers rapports condamnant “les atteintes aux libertés et les arrestations de militants par Rabat“.
Un mois est passé depuis l’arrestation de Nasser Zafzafi et des autres leaders du Hirak,ceux avec lesquels il faudra bien un jour discuter car disposant d’une légitimité populaire.
Ces arrestations et l’important déploiement sécuritaire dans le Rif n’empêchent ni la tenue de manifestations ni de rassemblements quotidiens. En revanche, elles provoquent un renforcement du soutien aux revendications économiques, sociales et culturelles du Hirak.
L’urgence aujourd’hui ne semble plus être ni un changement de wali ni un audit, mais un double geste politique fort qui allie libération des prisonniers et un plan de développement économique et social crédible.
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