Verbatim. Ahmed Lahlimi espère que le pays se tourne vers le secteur non-agricole
Ahmed Lahlimi, haut commissaire au Plan, a donné le 5 juillet, sa conférence de presse annuelle sur la situation économique nationale et ses perspectives pour l’année suivante. Un exercice dans lequel il excelle. Verbatim.
>Paysage économique mondial: deux séquences à méditer.
-La 1ère séquence porterait sur cette accélération inédite du déploiement de la révolution numérique et la portée des mutations qu’elle génère dans les activités et les comportements de plus en plus d’agents économiques et sociaux, dans les sphères de la production, des échanges, du travail et de la consommation.
Avec l’acuité nouvelle de la conscience que manifestent les gouvernants et les opérateurs économiques et sociaux, en particulier dans les pays développés, vis-à-vis des impératifs d’une compétitivité respectueuse de l’environnement, les opportunités offertes par la révolution numérique modifient de plus en plus profondément les écosystèmes micro-économiques, le mode de gestion macroéconomique et les approches des politiques néolibérales.
Il y aurait là autant de raisons d’être interpelé sur l’urgence d’une révision en profondeur de notre modèle économique, social et culturel d’autant plus qu’une telle évolution de l’économie numérique est porteuse d’un approfondissement des fractures entre les pays développés et les pays en développement et, à l’intérieur de chacun de ces pays, entre les élites les plus favorisées et les larges catégories sociales de la population.
-La 2ème séquence porterait, au-delà des cycles économiques dans tel ou tel continent, sur la leçon que nous devrions tirer de cette dynamique nouvelle quasi-générale qu’auraient connues, au cours des années 2017 et 2018, les réformes de structure, dans la quasi-totalité des pays soucieux de préserver ou d’acquérir une plus grande compétitivité dans un monde où se généralisent les zones de libre-échange, au point de susciter les contestations les plus inattendues.
>L’économie nationale va améliorer ses performances
D’un contexte international invitant plutôt à l’optimisme, notre économie nationale devrait améliorer ses performances et continuer à subir l’effet de ses déficits structurels. Dans ce contexte, elle bénéficierait d’une demande extérieure en hausse de 4% en 2017 et 2018 et participerait, avec une progression de 4% de cette cartographie favorable de la croissance mondiale.
>Les activités non-agricoles, talon d’Achille de l’économie marocaine.
Profitant d’une répartition relativement favorable dans le temps et l’espace de la pluviométrie, d’une disponibilité coordonnée des facteurs de production et d’une bonne gestion de leur utilisation, le secteur agricole devrait contribuer à porter la valeur ajoutée du secteur primaire à 13,9% en 2017, après une baisse de 11,3% en 2016 et sa contribution au PIB à 1,7 point, au lieu d’une contribution négative de 1,4 point, une année auparavant.
Les activités non agricoles, en revanche, devraient continuer à s’inscrire dans leur sentier de faible croissance avec 2,5%, après 2,2% en 2016, loin du rythme moyen de 4% connu durant la période 2008-2011. Leur contribution à la croissance économique globale serait de 1,9 point en 2017, au lieu d’une moyenne annuelle de 2,8 points au cours des 10 dernières années.
En fait, (…) les activités non-agricoles constituent le véritable talon d’Achille de l’économie nationale.
En attendant que les investissements dans les infrastructures économiques et sociales et les réformes de structure donnent leur plein effet, en termes d’attractivité vers les secteurs productifs des capitaux privés, en particulier nationaux, et contribuent, ainsi, à apporter cette nécessaire diversification des activités non agricoles et la non moins nécessaire augmentation de leur compétitivité, le niveau de croissance de l’économie nationale continuerait à rester dépendant de la pluviométrie tournant autour de 2% en cas de mauvaises années agricoles, et de 4%, dans les cas contraires.
>Economie nationale : faible niveau de diversification et de compétitivité.
Le faible niveau de diversification et de compétitivité de l’offre nationale se retrouve au cœur des fragilités de la demande laquelle continuerait à être le moteur de la croissance économique nationale.
Il continuerait à réduire par ses effets les opportunités d’emploi et de revenu, accentuerait la dépendance de la demande intérieure des importations et constituerait, en définitive, l’une des sources dont s’alimentent les équilibres intérieurs et extérieurs de notre pays et l’un des facteurs à l’origine de la persistance de ses déficits sociaux.
>La consommation des ménages.
Malgré une activité économique sous contrainte des fluctuations climatiques, la consommation privée devrait, comme l’indique le Budget Economique, progresser, après 3,4% en 2016, de 3,7% en 2017 et 3,2% en 2018, contribuant respectivement par 2,1 points et 1,8 point à la croissance économique globale.
La consommation des ménages serait restée, depuis 2008, quel que fût le niveau de croissance économique, dans le sentier des 4% en moyenne annuelle.
Cette amélioration de la consommation conforte les résultats de toutes les enquêtes qui révèlent une baisse au Maroc de toutes les formes de pauvreté, au cours de cette période.
Il n’en reste pas moins, cependant, que ces mêmes enquêtes relèvent, d’une manière récurrente, la perception par les citoyens d’une prévalence de la pauvreté dans leur milieu. Cette pauvreté au niveau du ressenti que nous appelons «pauvreté subjective» est évidente autant que l’est la baisse de la pauvreté objective.
En fait, la transition démographique avec l’émergence d’une jeunesse de plus en plus instruite et féminisée et la transition économique et sociétale avec les attentes disproportionnées par rapport aux réalités dont elle est porteuse engendrent, avec cette amélioration du niveau de vie, le double phénomène d’une peur du retour à la trappe de la pauvreté des personnes qui y ont échappé et d’une aspiration à une promotion dans la hiérarchie sociale et un accès à de nouveaux modèles de consommation de ceux qui sortent de la vulnérabilité et commencent à constituer les strates inférieures des catégories sociales intermédiaires.
Ce stress social inhérent aux phases de transition s’accroit avec les mutations des modèles de consommation où émergent de nouveaux besoins dont la satisfaction a tendance à être plus onéreuse sans commune mesure avec le niveau des revenus disponibles. C’est le cas, à titre d’exemple, des besoins dans les domaines de la communication, des transports, de l’enseignement et des loisirs qui font l’objet d’une forte demande de la part, en particulier, des jeunes et que les revenus disponibles ne permettent pas de satisfaire dans le contexte d’une économie qui ne crée pas suffisamment de valeur ajoutée et où les fruits de celle qui est créée sont inégalement répartis.
Aussi, faudrait-il consolider la baisse de la pauvreté par la baisse des inégalités et la cohésion sociale par la réduction des facteurs du stress social dont nous nous attelons au HCP à élaborer quelques indicateurs pour éclairer la décision politique et qui seraient, en quelque sorte, le pendant des indicateurs de bien-être que nous avions déjà mesurés et publiés.
>La compétitivité économique, un enjeu national.
J’ai suffisamment dénoncé la faiblesse de compétitivité du tissu productif national pour relever ici son rôle dans le déficit structurel de la balance commerciale des biens et services, c’est-à-dire le déficit des ressources de notre pays.
Ce déficit est à l’origine de l’accentuation devenue structurelle, depuis 2010, du besoin de financement de l’économie nationale. C’est l’un des points stratégiques où se joue le pari de la durabilité de la croissance, de la préservation du libre arbitre de notre souveraineté sur la scène internationale et de la pérennité d’une sécurisation globale de l’intégrité et de l’unité de notre pays.
Ci-dessous, la vidéo de la conférence de presse de Lahlimi retransmise en Live par Médias24.
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