L’investissement touristique à Tanger: Des flops nommés Atlantic Beach, Emaar Tinja et HIST (II)
Le rapport interne préparé par les services du CRI et de la wilaya pour le compte du wali et du ministère du Tourisme dresse un “état des lieux des investissements touristiques à Tanger“. On y découvre qu’il n’y a pas que le programme d’investissement “Al Hoceima phare de la Méditerranée“ qui souffre d’importants problèmes de mise en œuvre.
Dans le premier volet, les projets Tanger City Center, Qatari Diar et quelques projets hôteliers ont été passés en revue.
Ce deuxième volet regarde du côté de projets qui ont échoué en milieu de parcours (Atlantic Beach, HIST) ou en tout début de course comme celui d’Emaar à la forêt diplomatique.
Le rapport du CRI et de la wilaya cite également d’autres exemples de projets interrompus en milieu de travaux pour diverses raisons: le projet du groupe Idinter (Idou Anfa) sur la colline du Ghandori, et d’autres.
Le site de Ghandori lancé en grande pompe par le Roi Mohammed VI en 2005 en présence du gratin économique et immobilier marocain reste un site en friche. Plus de 60% des projets de départ restent en plan, souvent démarrés, mais peinant à finir. Cela fait plus de 10 ans.

Chantier à l'abandon de l'Atlantic Beach
Le projet Atlantic Beach entamé il y a 10 ans par le promoteur Larbi Tadlaoui est probablement celui qui aura coûté et coûtera le plus cher à son promoteur, aux clients et à l’Etat marocain. Le projet prévoit plus de 800 appartements et villas et un parcours de golf.
Il est idéalement situé à 20 km au sud de Tanger, à cinq kilomètres de l’aéroport, à flanc de colline face à l’Atlantique et à la verte forêt diplomatique. Dès le milieu des années 2000, les ventes sur plan marchent très bien pour le promoteur qui multiplie les allers et retours entre Tanger, Londres et d’autres cités des Iles britanniques. Les Anglais constituent la première cible du projet et de fait, beaucoup achètent sur plan. Comme ce fut le cas pour Saïdia…
Avec le début de la crise financière qui a commencé à frapper en Angleterre fin 2007 puis un deux ans plus tard l’Europe continentale, les clients versent moins d’acomptes, Larbi Tadlaoui encaisse moins d’argent, et sur le site personne ne sait qui de M. Tadlaoui ou d’Amendis doit réaliser les arrivées des réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement. Les deux parties se rejettent la responsabilité.
Un accord sera trouvé avec la wilaya, Amendis ajustera sa facture, Tadlaoui acquiesce pour payer plusieurs millions de dirhams de supplémentaires. Mais c’est la crise et l’argent ne rentre pas. De plus, les clients ayant versé des acomptes dès le lancement du projet s’impatientent. Ils manifestent bruyamment devant l’ambassade du Maroc à Londres et Dublin et alertent la presse. Parler d’investir dans l’immobilier marocain à Londres devient vite difficile.
Car Atlantic Beach n’est pas un projet “pour rire“: on parle de 794 appartements, 30 villas et un hôtel de 200 lits. Aujourd’hui, tout cela n’est que squelettes de bâtiments à l’abandon (voir photo), Larbi Tadlaoui est en prison condamné à une peine de 20 mois début 2017 et les clients anglais demandent à être remboursés et manifestent devant l’ambassade du Maroc à Londres et à Dublin depuis 10 ans.
Comme Qatari Diar le projet voisin qui finalement sort concrètement de terre en 2017, Emaar fait partie des projets arabes d’envergure lancés et annoncés en grande pompe à Tanger en 2005-2006. Le projet s’appelle Emaar Tinja. A l’origine, il comprend des villas sur la plage, d’autres en bord de lac, des maisons, des appartements et des riads. Il s’agit d’un investissement estimé à … 5,3 MMDH au départ.
Un “centre commercial-souk“ est programmé ainsi qu’un club équestre dans les règles de l’art. Deux hôtels, spa et golf figurent sur les plans.
Emaar, c’est le bras immobilier d’un important fonds souverain émirati. C’est le groupe immobilier de Dubaï au logo qui représente le soleil qui se lève à l’horizon…
Le groupe bénéficiera d’une assiette foncière de plus de 290 hectares au cœur de la forêt diplomatique au bord de l’océan Atlantique, à mi-chemin entre le projet qatari et le palais d’été du roi Salmane d’Arabie saoudite.
10 ans après le lancement, une jolie mais décrépite bâtisse faisant fonction de centre de ventes existe, ainsi que quelques squelettes de gros-œuvre de villas. Selon le rapport sur l’état des investissements touristiques, “les travaux pour les quatre villas-témoins sont terminés ainsi que les gros œuvres pour le reste des villas“ (Voir photo). L’ensemble, avec sa pelouse à l’entrée est correct maintenant et on aperçoit quelques matériaux de construction au loin. Mais 10 ans après, il n’y a aucune trace de villa, d’appartement ou d’hôtel.

Hôtel HIST Hercules International Sports
Le projet HIST est probablement l’un des projets d’investissement touristique internationaux les moins connus de Tanger. Situé en bordure du golf de Tanger à Boubana, il est le fait d’un homme d’affaires émirati, Abderrahmane Bukhatir, proche des anciens de cercles de Driss Basri et du comité d’organisation du trophée Hassan II de golf de Dar Es Salam.
Lancé il y a 15 ans, le projet a réussi son volet immobilier, une cinquantaine de villas louées à 20.000 ou 30.000 dirhams le mois à des cadres de la région et l’hôtel est toujours en plan, un éléphant blanc. HIST a construit un terrain de cricket sur place avec le projet de servir de cadre à des matchs internationaux et donc à des compétitions retransmises dans les pays anglophones et du sous-continent indien. Le groupe s’est aussi intéressé au développement du golf et au … patrimoine foncier du club de golf de Tanger objet de convoitises.
La fin de l’époque Basri, les printemps arabes et les changements dans les réseaux d’influence politiques et financiers marocains avec l’avènement de Mohammed VI ont provoqué un repli des ambitions. Les villas sont louées, le terrain de cricket ne sert plus à rien et la salle de conférences abrite quelques fêtes de mariage de la bourgeoisie rifaine du quartier de La Montagne. Quant à l’hôtel, le chantier est là, à l’arrêt depuis plus de cinq ans et des dizaines de millions de dirhams engloutis.
Prochain et 3e volet sur “l’état des lieux investissements touristiques à Tanger “: les projets dont ni la wilaya ni le CRI ne parlent
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