Nawal Saâdaoui à Tanger: ce qu’elle a réellement dit
“Cafard, vieille momie, laideron, sa vie est un échec, elle a insulté Dieu, c'est une mécréante, elle a blasphémé…“: Depuis le vendredi 11 aout, Nawal Saâdaoui reçoit un tombereau d’insultes sur les réseaux sociaux marocains, parfois venus de personnages connus.
Les insultes sont le signe du succès de la conférence qu’elle a donnée à Tanger vendredi dernier dans le cadre du festival Twiza. Les insultes sont l’arme des faibles, ceux qui ne trouvent pas d’arguments.
Sa conférence lui vaut également le soutien de certains courants que l’on pourrait qualifier de libéraux. Interrogée par Sanae El Aji, Nawal Saâdaoui a évoqué des questions explosives mais essentielles comme la tutelle, l’égalité dans l’héritage, la servitude volontaire des femmes ou de l’être humain, le sentiment de liberté…
Aujourd’hui âgée de 86 ans, Nawal Saâdaoui a lancé un féminisme égyptien et oriental. Elle a combattu violemment l’excision, et surtout a constamment défendu l’idée de liberté et l’importance de l’esprit critique.
Sa conférence est un grand moment de la vie intellectuelle, en espérant qu’elle suscitera un débat, plutôt que des insultes.
Dans la salle, plusieurs dizaines de libéraux marocains, dont certains venus d’autres villes, ce qui montre que le courant libéral bouge encore, bien qu’étouffé par la régression générale qui traverse la société dans toute la région.
Voici un verbatim de ce qu’a dit Nawal Saâdaoui, suivi de la vidéo intégrale de la conférence:
“Mon identité est l’humanité, c’est le premier lien qui nous unit les uns aux autres“.
“Lorsque la femme faiblit, le patriarcat exerce sa domination“.
“J’ai vu la même chose partout, monde arabe, Europe, USA: le patriarcat à l’oeuvre, la lutte des classes, le chauvinisme religieux, le racisme, l’emballage change, les degrés varient, mais la domination est partout, elle opprime les femmes et les pauvres essentiellement“.
“Pour ces raisons, je me suis souvent sentie étrangère, même dans mon pays“.
“Nous avons hérité d’une culture de la servitude. Je dois beaucoup à mes deux parents, mon père me disait que je pouvais critiquer ou débattre avec Dieu“.
“L’obéissance n’est pas la vertu, elle est le vice“.
“Mon père était large d’horizon. Il encourageait mon esprit critique. Il me disait que je pouvais tout remettre en cause, tout débattre ; et que celui qui a un esprit libre, eh bien il a sa dignité“.
“La liberté n’est pas le libéralisme que l’on voit tous les jours, le libéralisme est une fausse liberté“.
“L’ennemi de chaque système, c’est que les gens puissent penser par eux-mêmes“.
“J’ai enseigné aux USA pendant 20 ans. L’enseignement dans le monde entier, vise un contrôle des esprits
“Les systèmes de pouvoir, les régimes au pouvoir craignent les voix libres, les esprits libres“s élèvent“.
“Dès l’enfance, les esprits sont conditionnés, des modèles sont imposés, la servitude est acceptée sous l’appellation de l’obéissance“.
“Il faut extirper la servitude des têtes. Dans notre région, toutes les révolutions ont été avortées. Chaque révolution est suivie d’une contre-révolution“.
“Le contrôle des cerveaux commence dès la naissance puis dans l’enseignement, puis dans toute la société“.
“Nous sommes aveuglés dès notre enfance, conditionnés, programmés. “Il y a des injustices que nous ne voyons plus, que nous ne pouvons pas voir“.
“Lorsqu’un nouveau-né arrive, il est programmé, il y a un déterminisme, son cerveau est programmé. La religion s’enracine dans les cerveaux. L’Europe s’est libérée du pouvoir de l’Eglise, c’est pour cela qu’elle a inventé le computer“
“La religion est politique, l’idéologie est politique, on ne peut les séparer. La religion est la politique, la politique est la religion. Je ne fais pas de différence entre le politique et le religieux, ils sont imbriqués“
“La relation entre l’homme et la femme est une relation de servitude, ce n’est pas une relation d’égalité“.
“En Egypte, les institutions religieuses comme Al Azhar sont puissantes. Même Al-Sissi n’est pas parvenu à légiférer sur la répudiation“.
“Nous vivons de prison en prison. A notre naissance, dès la première semaine, nous sommes programmés. Jusqu’à présent, je ne me suis pas libérée de ma première semaine de vie“.
“On nous convainc que l’obéissance est une vertu alors que c’est une servitude. La femme doit devenir plus forte, avoir de l’autonomie financière car celui qui dépense est celui qui règne“.
“Je me suis mariée trois fois et Dieu merci, j’ai divorcé trois fois. Je refuse toute tutelle. Comment accepter de se faire commander par quelqu’un qui dépense moins que vous, qui est moins intelligent que vous, moins cultivé, voire stupide?“.,
“La femme est considérée par l’homme comme son bien, son objet personnel“.
“J’ai connu des femmes ministres qui rentrent du bureau pour préparer à manger à leurs maris“.
“Les femmes ont peur de divorcer. C’est leur talon d’Achille. Il ne faut pas le craindre, il faut le considérer comme un nouveau départ“.
“La liberté a un prix, il faut accepter de le payer“.
“La confiance en soi est la chose la plus importante. Il ne faut jamais céder sur ses droits. Aucun oppresseur, mari ou dirigeant, n’existerait s’il n’était accepté par les autres, par ceux qu’il opprime“.
“Il ne faut pas avoir la phobie du divorce. Les femmes acceptent parce qu’elles ont peur de baisser leur niveau de vie, il y a un chantage au niveau de vie, elles ont peur du qu’en dira-t-on“.
“Je vis dans un deux pièces, je ne veux pas vivre dans un palais, je vis avec ma dignité“.
“La personnalité de la mère est fondamentale pour la formation de la femme que nous deviendrons. Si elle défend sa dignité, elle sera un modèle pour ses enfants“.
“L’égalité dans l’héritage est indispensable. La religion n’est pas un livre. Dieu n’est pas le livre, Dieu est la justice. Dieu n’est pas un livre qui sort de l’imprimerie, le texte n’est pas la religion. Il y a une école rationaliste dans l’Islam, qui estime que l’intérêt doit passer avant le texte. Car l’intérêt change et le texte est figé. En Egypte, les deux tiers des ménages sont dirigés par des femmes“.
Au final, on peut ne pas être d'accord avec ce discours teinté de marxisme et qui donc n'est pas neutre idéologiquement. Mais Nawal Saâdaoui a raison sur l'excision, l'héritage, la liberté, l'esprit critique, la servitude. Si on n'est pas d'accord, il faut l'exprimer avec des arguments, pas avec des insultes.
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