Nomination, bilan, PJD, réformes: A bâtons rompus avec Saâdeddine Elotmani
Saâdeddine Elotmani présentera ce lundi 11 septembre, le bilan de 4 mois de l’action gouvernementale, en espérant qu’il y aura un débat et que ce bilan sera l’événement de la Rentrée. Rencontre autour de ces quatre mois de gouvernement, de la nomination à l'organisation de l'action gouvernementale, en passant par les réformes et les relations avec le PJD.
Au cours d’une rencontre à bâtons rompus avec un groupe de journalistes tenue samedi, Elotmani a livré quelques grandes lignes au sujet de ces quatre mois, sur le plan non pas chiffré mais humain et organisationnel. Il est désormais décidé à communiquer davantage et devrait rencontrer plus volontiers la presse après la période d’installation et de démarrage du gouvernement.
Elotmani sépare les registres de la vie du PJD avec de ses débats internes mouvementés d’un côté et de l’action gouvernementale de l’autre. Il veut être jugé en tant que chef du gouvernement, à travers ses réalisations.
Le style tranche avec Benkirane. Elotmani est introverti. Son humilité est réelle. Elle masque une force intérieure que l'on ne soupçonne pas quand on ne le connaît pas. Il parle d’une voix douce, il écoute vos questions jusqu’au bout, prend parfois le temps de réfléchir et lorsque la question le pique, ou lorsqu’il n’est pas d’accord, il ne crie pas, il ne cherche pas à vous intimider, méthode bien connue de Benkirane. A ce stade, il semble accepter la critique.
Au niveau du travail, et selon ses collaborateurs, dont des membres du gouvernement, il est plus méthodique que son prédécesseur. Dès qu’il a été aux commandes, il a envoyé des équipes faire un benchmark sur les meilleures pratiques des premiers ministères: Irlande, Finlande, réunions avec des experts de l’OCDE. Lorsqu’on l’interroge sur l’organisation du gouvernement marocain, ou sur sa taille, il a immédiatement les comparaisons dans la bouche: France, Espagne, parfois Royaume Uni.
Il veut suivre les décisions importantes du gouvernement. S’assurer que les décisions prises sont exécutées. Lorsque la composition de la coalition a été décidée, il a lancé en parallèle, à la fois les tractations pour les différents portefeuilles et l’élaboration du programme du gouvernement.
Lorsque le gouvernement est installé, il met en place un tableau de bord, des cellules de suivi de toutes les décisions importantes, des engagements pris. Il relance ou crée des commissions interministérielles là où il n’y en avait pas. Il veut activer toutes les commissions interministérielles. Il demande aux ministres leur programme jusqu’à la fin du mandat et, en détail, leur programme de cette année 2017. Chaque engagement est suivi par ses équipes.
Il paraît focalisé sur l’efficacité et sur la “convergence de l’action gouvernementale“. Au sein de la primature, des équipes de plusieurs cellules, sont en place pour “chapeauter et suivre l’action collective“. La convergence est recherchée dès la conception des politiques publiques.
Mais peut-il y avoir convergence et efficacité alors que la Majorité ne dispose toujours pas d’un pacte qui lie ses composantes?
Le pacte de la majorité a été élaboré, répond Elotmani. Il va être remis aux parlementaires de chaque parti concerné (PJD, RNI, USFP, UC, MP, PPS).
“-Mais on dit que le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane, a refusé de signer ce pacte.
“-Benkirane n’est pas contre“.
>Elotmani raconte sa nomination…
“Vendredi 17 mars, à midi, mon téléphone sonne. On m’annonce une audience royale à Casablanca à 14H00“.
Elotmani se trouve à son cabinet de psychiatre dans le quartier Hassan à Rabat. Il y a encore trois patients dans la salle d’attente. Il doit aussi se rendre à son domicile à Salé pour se changer. Il sera néanmoins à l’heure.
Après le coup de fil, la première personne qu’il appelle est Benkirane: “Vas-y, qu’est-ce que tu attends“, rétorque ce dernier cité par Elotmani.
Il cite “la surprise“ qu'il a eue et reconnaît qu’il y avait une “petite attente“. L’audience dure 20 minutes, “Sa Majesté a été encourageant, d’une grande douceur. Il m’indique qu’il veut continuer à travailler avec le PJD et me demande de saluer les membres du parti. Il me donne un délai, une quinzaine de jours ou quelques jours de plus en cas de besoin, pour constituer le gouvernement“.
Elotmani: “nous sommes en quelque sorte le gouvernement du déblocage“.
A sa sortie, il rend visite à un oncle, “âge de 86 ou 87 ans, qui effectue des dialyses trois fois par semaine. Je le retrouve, il prie pour moi et pour la réussite de cette mission. Bien sûr, j’ai parlé avec ma mère qui se trouvait Inezgane et qui est arrivée 48 heures plus tard“.
“Le soir, on se réunit chez Benkirane, avec Ramid, Yatim notamment. Khalfi et Azami étaient à Fès et n’ont pas eu le temps de venir“.
Le lendemain, un conseil national se tient et adopte à l’unanimité une déclaration indiquant que le PJD allait “réagir positivement“ à la nomination. La réunion a duré 11 heures.
Elotmani reconnaît que sa nomination a suscité de l’angoisse: “Le plus important n’est pas d’entrer, mais de sortir la tête haute avec un bon bilan“.
>Ce qu’il a trouvé à son arrivée.
“Beaucoup de bonnes choses… depuis 15 ans. Le programme Tayssir par exemple, remonte à 2006. Il sera amélioré pour devenir plus juste, plus efficace, plus ciblé.
“L’action du gouvernement s’inscrit dans la continuité. Les réformes seront poursuivies“.
A la primature, l’équipe héritée de Benkirane est gardée et renforcée, y compris le directeur du cabinet Jamaâ Moatassim.
>Quelques dossiers.
*Le ciblage des pauvres ou des ménages précaires. L’étude pour créer un identifiant unique pour tous les bénéficiaires de toutes les actions sociales sera terminée fin 2018. Elle est menée au ministère de l’Intérieur avec un financement de la Banque Mondiale et éventuellement une contribution de l’UE. En attendant, la carte du Ramed, base de données de 11 millions de personnes, est utilisée.
*Décompensation. Elle sera poursuivie… mais aucune décision n’est encore prise quant à la manière ni le calendrier. Elotmani laisse entendre que toutes les subventions seront démantelées (gaz butane, sucre et farine) d’une manière progressive. Logiquement, le démarrage pourrait intervenir en 2019 après la fin de l’étude de ciblage du ministère de l’Intérieur. La seule décision consiste donc à poursuivre la décompensation mais on ne sait pas comment. Toute décision sera précédée de la consultation des principaux partenaires, elle ne sera pas unilatérale.
En attendant, les subventions coûteront 13 milliards de DH au budget de l’Etat en 2017.
*Emploi: il est lié à l’investissement et donc à l’environnement des affaires et au “soutien aux entreprises“. “Dans le PLF 2018, il y aura peut-être des mesures fortes en ce sens“.
“Nous avons besoin de créer 200.000 emplois par an. Ce n’est pas simple“.
*Le projet de loi sur la grève. “Il a été déposé au Parlement par le précédent gouvernement. Il est en cours d’examen en commission. Il poursuivra son chemin“. En d’autres termes, le gouvernement actuel ne veut pas assumer la responsabilité du texte élaboré par son prédécesseur.
*Dialogue social. “Je respecterai les deux rendez-annuels, un en septembre-octobre et un en avril“.
*Le report de la flexibilisation des changes. “La primature est impliquée dans la décision de report. C’est normal. Selon la loi, la décision finale revient au gouvernement, après consultation de la Banque centrale et de l’Office des changes“.
Elotmani indique que la décision de flexibilisation est maintenue.
“-Maintenue?
-Probablement maintenue… Disons qu’elle est sur la table.
-En d’autres termes, elle n’est pas annulée.
-Non.
-Et la date?
-Je ne la connais pas. Nous avons pas mal de priorités en ce moment.
-Sera-t-elle lancée sans annonce préalable?
-C’est possible. On peut envisager un conseil de gouvernement un jeudi et une entrée en vigueur le lendemain“.
Bref: ou bien la décision est prise et Elotmani ne veut pas relancer les spéculations. Ou bien, le flou persiste. On n’est pas plus avancé qu’avant.
*Lutte contre la corruption.
“Nous sommes en train de mettre en place la commission nationale de l’application de la stratégie nationale de lutte contre la corruption“.
*PLF 2017. “Je suis pour l’IS progressif. Nous sommes en train de faire des études d’impact. Si on instaure l’IS progressif sans réfléchir aux conséquences, nous risquons de subir une très forte baisse des recettes fiscales“.
*Financements bancaires. “Nous allons nous réunir avec les banques à propos des relations banques-entreprises. Nous avons été sensibilisés à celà par des opérateurs économiques, le patronat et la Fédération des PME“.
*Loi-cadre sur l’enseignement. “Nous voulons aller vite. Nous sommes en train de travailler avec le secrétariat général du gouvernement pour élaborer ce texte“.
Il s’agit d’un texte tendant à l’application de la vision de réforme de l’enseignement à l’horizon 2030. Benkirane avait publiquement accepté la Vision élaborée par le Conseil supérieur de l’enseignement et adoptée en conseil des ministres.
Comme sur le tourisme, il n’a jamais fait preuve d’enthousiasme sur ce secteur. Il n’a pas appliqué ces réformes et a bloqué les tentatives de renforcement de l’enseignement des langues étrangères. Le Roi Mohammed VI a ordonné l’élaboration d’une loi-cadre, qui mettrait la réforme de l’enseignement à l’abri des aléas politiques et des changements de gouvernement. Le gouvernement Benkirane n’a pas fait aboutir ce projet.
>Elotmani, Benkirane, le PJD.
Le sujet du jour est le troisième mandat de Benkirane. La question sera tranchée au plus tard au cours du prochain congrès, les 9 et 10 décembre prochain.
Pour que Benkirane puisse avoir un troisième mandat successif, il faut changer l’article 16 des statuts du PJD qui l’interdit. Ce changement ne peut être réalisé que par le congrès. Pour que le congrès en débatte, ce point doit figurer à l’ordre du jour. L’ordre du jour est établi par le Conseil national, sur proposition du secrétariat général, qui aura reçu à son tour la proposition de la commission préparatoire présidée par Mohamed Yatim. Cette commission n’a pas encore examiné ce point.
“-Si Benkirane est réélu pour un troisième mandat ?...
-Je n’ai pas de problème avec ça, c’est la voie démocratique. Cela ne m’empêcherait pas de continuer. Mon arrivée à la primature a été approuvée par le conseil national du PJD à l’unanimité“.
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