La Fondation BMW planche sur le leadership responsable à Casablanca
La Fondation BMW a convié 45 jeunes startupers et professionnels du Maghreb, d’Egypte, du Liban, d’Europe, du Brésil et du Chili pour une session de networking et des ateliers de réflexion autour du leadership responsable dans la capitale économique.
Cela a commencé lundi 11 septembre soir sur la Corniche de Casablanca avec vue sur l’imposante mosquée Hassan II et les vagues de l’Atlantique. Markus Hipp bientôt rejoint par Christina Umani -respectivement numéro 1 et numéro 2 de la Fondation BMW- s’interrogent: "Pourquoi créons-nous collectivement quelque chose dont nous ne sommes pas satisfaits individuellement?", "Avec quels outils, quelles méthodes pouvons-nous individuellement et collectivement mieux faire?" C’est ainsi, un verre à la main et en tenue smart casual que trois jours d’échanges de qualité furent lancés à Aïn Diab cette semaine.
Sur fond de double thématique sur la société de la connaissance et des TI au service du développement social et politique inclusif, les échanges tenus à la médiathèque de la mosquée Hassan II ont permis de clarifier des concepts et des mots souvent galvaudés et usés dans un sens parfois flou.
Très vite les échanges, les questions et les interpellations s’enchaînent. On n’a pas le temps de finir sa gorgée de Coca qu’une cadre de la Fondation BMW vous interpelle. "Quelle est votre définition du leadership?" dans un premier temps. Puis du "leadership responsable" dans un deuxième temps.
La réponse est individuelle, puis de groupe.
Pour la Tunisienne Rym Baouendi, de la startup Medina Works, le leadership est "la capacité à consacrer des ressources pour trouver des solutions aux problèmes de la société" avec la nécessité de l’efficacité et de la réappropriation des valeurs positives par ces temps arabes incertains et illustrés par les vagues ininterrompues depuis 30 ans de migration et de fuite des cerveaux. Rym, après avoir vécu au Canada et être retournée à Tunis a décidé de retourner au Québec et se définit désormais comme une "nomade globale".
Pour le Marocain et président de l’université Mundiapolis de Casablanca, Amine Bensaid, "être leader consistera toujours à 's’interroger sur ses intentions', sur le 'pourquoi je fais ce que je fais'" tout en s’attachant "à rester sincère et authentique sur sa propre démarche". "Le système éducatif prépare-t-il nos enfants à cela?", s’est-on souvent interrogé mardi à la médiathèque de Casablanca.
"Les leaders responsables indique M. Bensaid, sont ceux qui seront capables de libérer les potentiels des futurs leaders". "Cela s’applique-t-il au monde arabe?" se sont interrogés les Tunisiens, Egyptiens et Marocains présents dans la salle.
Simplement, politique et direct, et le tout dit avec le sourire, l’Egyptien, informaticien de haut vol et animateur des réseaux Responsible Leaders France et Benelux établi à Paris, Osama Abdelmoghni, va à l’étymologie du mot responsable. "Dans ce mot explique-t-il, on trouve le mot 'réponse'"; un leader responsable est d’abord un leader qui fournit des réponses aux attentes, aux demandes, aux questions des citoyens et de la société".
Les idées de bonne gouvernance et de réédition des comptes sont omniprésentes. Osama précise sa pensée. "Le leader doit être responsable et les élites aux vastes connexions internationales doivent parfois se dire que leurs propositions peuvent être déconnectées des attentes de la majorité de la population". Ce qui caractérise la société maghrébine et égyptienne d’aujourd’hui, est-ce la déconnexion partielle des élites, couplée à l’absence de responsabilité politique, de réédition des comptes par les dirigeants et un fragile Etat de droit? Les derniers termes sont liés.
Pour la biologiste égypto-allemande Heba Aguib, "dans la région du Maghreb et du Moyen-Orient, le leadership responsable aujourd’hui signifie agir pour l’unité et contre la répression politique".
Animé par une équipe internationale de jeunes dirigeants et de coaches européens, maghrébins et sud-américains, le forum de la Fondation BMW a naturellement donné lieu à une profusion d’interrogations et de contributions pertinentes.
Sur le concept de Mena tout d’abord: "Faut-il continuer à tout mettre sous un même vocable alors qu’au Maghreb la frontière est fermée depuis plus de 20 ans entre le Maroc et l’Algérie?", note le Tunisien Omar Fassataoui. Sur l’innovation et l’intelligence artificielle, Amine Bensaid s’interroge: "Est-ce un moyen ou une fin?"
Parmi les Marocains invités pour la première ou deuxième fois à ce type d’événement figuraient pour cette session 2017 l’ancien ministre du Tourisme Lahcen Haddad, Tarik Nesh Nash et Zineb Mahrez de la startup Code for Morocco, co-organisateurs de l’événement BMW de cette semaine, le centralien Ali Nesh-Nash, l’ingénieure Zineb Mahrez, les consultantes Malak Oussidhoum et Nawal Elaidaoui, le startuper maroco-tunisien établi à Montréal Lotfi El-Ghandouri et l’auteur de ces lignes.
Les 45 invités de la fondation BMW ont également eu droit à la visite de lieux emblématiques et créatifs de la ville afin de se forger une idée sur certains aspects de la vie casablancaise: la mosquée Hassan II et sa médiathèque, Technopark, la maison d’édition "En toutes lettres", l’école innovante Play Academy, le laboratoire artistique La Source du lion et le Studio des arts vivants.
L’objectif pratique du forum, au-delà des échanges intellectuels et du design de solutions de management adaptées, reste de promouvoir le réseautage régional et international.
Sur le terrain, il s’agit d’encourager les initiatives et les startups qui mettent les TI au service de la création de valeurs sociales et politiques. Pour le directeur de la Fondation BMW, Markus Hipp, il s’agit également à travers ces forums de pousser les leaders "à franchir le pas suivant" dans la réflexion et l’action.
Le réseau des RL, responsible leaders en anglais, comprend 2.460 membres répartis sur 109 pays dont 50% se trouvent en Europe et 25% en Asie. Moins de 95 professionnels sont originaires des régions Mena et Afrique. Un autre exemple des déséquilibres de notre monde?
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