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ECONOMIE

Monnaie unique, inflation, mémorandum… Jouahri se livre

Lors de la conférence de presse suivant le conseil trimestriel de Bank Al Maghrib, Abdellatif Jouahri, gouverneur de la banque centrale, s’est exprimé sur divers sujets importants du moment. Verbatim.

Monnaie unique, inflation, mémorandum… Jouahri se livre
S.E.H.
Le 27 septembre 2017 à 14h22 | Modifié 11 avril 2021 à 2h43

Bien que le report de la flexibilisation du Dirham ait pris la majeure partie du temps de la conférence dédiée à la presse, d’autres sujets ont été discutés avec le gouverneur de la Banque centrale, souvent connu par ses interventions pertinentes et en tous les cas sans langue de bois.

Monnaie unique de la CEDEAO

Abdellatif Jouahri estime que pour s’engager dans une monnaie unique il faut "se lever tôt", ce qui implique d’entamer la réflexion et les réformes nécessaires avant de se lancer dans ce projet.

"Ce n’est pas aussi simple qu’on le pense", a rétorqué M. Jouahri. Selon lui, il faut non seulement réfléchir aux conditions économiques et financières qui y sont liées, mais également aux conditions politiques, eu égard à l’éventuelle perte de la souveraineté sur la monnaie.

"L’émission de la monnaie est un acte de souveraineté. S’engager dans une monnaie unique implique de passer à une supranationalité, chose qui doit être acceptée aussi bien par le Maroc que par les autres pays", a-t-il ajouté.

Le Wali de Bank Al Maghrib a également expliqué que pour aboutir à une monnaie unique, il faudra tout d’abord passer par plusieurs phases: "Il y a premièrement la phase de la création de l’union douanière, qui doit être élargie par la suite, puis la phase d’une union économique, qui permettra déjà de savoir si les échanges entre les pays impliqués sont importants ou pas et est-ce qu’ils soutiennent une monnaie unique, etc".

Rappelons que le traité révisé de la création de la CEDEAO prévoit une harmonisation des politiques monétaires, financières et fiscales; la création d’une union monétaire de l’Afrique de l’Ouest, l’établissement d’une Banque Centrale régionale unique et la création d’une monnaie unique pour l’Afrique de l’Ouest; et ce cinq ans après la création d’une Union Douanière.

Inflation au ralenti

Le niveau d’inflation a fortement ralenti, passant de 1,9% au cours des deux premiers mois de 2017 à 0,2% seulement en moyenne sur les six mois suivants. Bank Al Maghrib prévoit que l’inflation terminera l’année sur 0,6%. Un niveau bas fortement lié à la volatilité des produits alimentaires.

BAM ne montre toutefois pas l’intention de remédier aux chiffres extrêmement bas de l'inflation, pas très favorables à l’économie. Abdellatif Jouahri affirme que son institution préfère plutôt se baser sur l’indicateur de l’inflation sous-jacente qui retrace la tendance fondamentale des prix et qui, pour sa part, devra atteindre 1,4% à fin 2017 contre 0,8% en 2016.

"Il suffit d’un choc au niveau des produits alimentaires à prix volatils pour que l’inflation remonte rapidement", commente Abdellatif Jouahri. "Nous ne réfléchissons pas à court terme mais à moyen terme, soit sur deux ans".  

Lourdeur des garanties bancaires

Abdellatif Jouahri affirme, par ailleurs, avoir souvent entendu les doléances des entreprises, plus particulièrement les PME, relatives à la lourdeur des garanties bancaires. Les banques demandent en effet des garanties supplémentaires pour financer des projets ou des investissements qui sont déjà garantis par l’Etat (parfois à 70%), entravant ainsi un accès plus ample aux crédits de la part des entreprises.

Le gouverneur de la Banque centrale affirme que ces doléances ont souvent fait l’objet de discussion avec les banques, sans pour autant livrer de solution envisagée: "Le problème c’est la culture de nos banques, qui sont attachées à financer davantage le promoteur que le projet, et c’est pour cela que c’est la PME qui souffre de ce problème à travers tous les pays du monde. On souhaite que les projets puissent se défendre par eux-mêmes", s’est-il contenté de répondre.

Fiscalité des provisions bancaires

Alors que les règles de la Banque centrale supposent un provisionnement des créances dès que le risque se fait sentir autour de celles-ci, l’administration fiscale ne considère comme fiscalement déductibles que les provisions qui ont donné lieu à des suites judiciaires dans les 12 mois qui suivent la constitution de la provision.

Une divergence qui créé de la confusion au sein des banques, et des bémols avec l’administration fiscale notamment lors des contrôles effectués par celle-ci. Le gouverneur de Bank Al Maghrib affirme que son institution a avisé la direction générale des impôts de ce problème depuis plusieurs années.

"C’est un dossier que nous avons ouvert avec la DGI depuis presque dix ans, en leur demandant d'examiner ensemble la convergence des règles prudentielles et des règles fiscales", indique le Wali.

Il ajoute: "Nous avons expliqué que les banques n’ont pas intérêt à surestimer leurs provisions, vu qu’elles sont non seulement suivies par Bank Al Maghrib, mais également par les actionnaires en raison de leur cotation en bourse. Et puis vous ne pouvez pas appliquer les mêmes règles de la petite entreprise à une banque qui a un régulateur, un système comptable, etc".

Mémorandum BAM-CGEM-GPBM

Un mémorandum sur la relance du financement avait été envoyé le 2 juin 2016 par le trio Jouahri-Bensalah-Benjelloun au Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane à l’époque. Il liste cinq grandes problématiques et propose des pistes pour les régler. 

Depuis, bien des choses se sont passées, et un nouveau gouvernement a été installé. Le trio veut retenter sa chance avec la nouvelle coalition gouvernementale.

Abdellatif Jouahri explique: "Nous allons tenir une nouvelle réunion pour faire le point des réalisations déjà mises en place au titre du mémorandum: Les banques ont commencé à communiquer à leur clientèle leurs ratings, en plus de leur expliquer les raisons liées à un éventuel refus de crédit. Mais la mise au point globale se fera au niveau de la prochaine réunion avec la CGEM et le GPBM".

Il ajoute: "Nous n’avons pas eu de feedback de la part du gouvernement, mais nous allons reprendre nous même le mémorandum, peut-être l’actualiser en fonction des besoins du secteur. Si nous décidons, entre nous, de l'adresser au nouveau gouvernement on le fera, et j’espère qu’on aura une meilleure chance avec celui-ci".

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S.E.H.
Le 27 septembre 2017 à 14h22

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