Criquets pèlerins aux portes du Souss : quel risque pour l'agriculture ?
Ils sont jaunes, parfois rosâtres, et inquiètent les agriculteurs du Souss. Des criquets pèlerins ont été observés à proximité des champs agricoles de Chtouka Aït Baha. Voici ce qu'il faut savoir sur la situation.
L’essentiel :
- Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux ont alerté sur la présence de criquets pèlerins à proximité des champs agricoles de Chtouka Aït Baha, l'un des principaux bassins maraîchers et agrumicoles du Maroc.
- Les criquets observés ne sont pas des solitaires inoffensifs, mais des criquets pèlerins en phase transiens, en transition entre la phase solitaire et la phase grégaire, reconnaissables à leur teinte jaune à rosâtre.
- D’après les dernières données, dans le Souss, leur présence se limite à deux zones : la rive gauche de l'oued Massa et le sud de Biougra.
- Il n’existe pas de risque imminent pour les champs agricoles de Chtouka Aït Baha, la densité de criquets étant encore trop faible pour évoluer vers un comportement ravageur.
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Les détails :
Les criquets pèlerins poursuivent leur prolifération dans plusieurs régions du Maroc. Des vidéos récentes sur les réseaux sociaux alertent sur la présence de ces populations dans la région de Chtouka Aït Baha, près des champs agricoles. Cette présence sème la crainte chez les agriculteurs quant à l’évolution de la situation.
La région de Chtouka Aït Baha a une forte vocation agricole, non seulement pour le Maroc, mais également pour d'autres pays africains. Elle constitue l'une des principales zones de production maraîchère et agrumicole du Royaume.
L'examen des vidéos révèle qu'il ne s'agit pas du criquet solitaire, inoffensif et de couleur sable, dont le comportement n'est pas ravageur, mais bien d'un criquet dont la teinte varie entre le jaune et le rosâtre. Il s'agit en réalité d'un criquet pèlerin en phase transiens, c'est-à-dire en transition entre la phase solitaire et la phase grégaire.
Dans le Souss, une situation maîtrisée malgré la reproduction printanière
D'après les dernières données actualisées, la présence des criquets pèlerins dans la région du Souss se limite à deux zones : la rive gauche de l'oued Massa et le sud de Biougra.
Dans la zone de Biougra, une trentaine de foyers de criquets au stade larvaire ont déjà été traités par les équipes d'intervention. Il s'agit de groupes dont la densité dépasse à peine 500 individus par hectare.
De même, sur les rives de l'oued Massa, une vingtaine de foyers de criquets ont été observés, qui sont également au stade larvaire.
Malgré ces développements, la région du Souss n'a enregistré, à ce jour, aucune bande larvaire ni essaim de criquets, ce qui démontre que la situation reste sous contrôle.
Au cours des trois derniers mois, des groupes d'adultes ont atteint ces zones et s'y sont reproduits le mois dernier, ce qui a favorisé le développement de larves sur place.
Toutefois, malgré cette reproduction, les criquets n'ont pas progressé vers de nouvelles zones de la région de Souss-Massa, à l'exception de quelques individus qui ont atteint le Nord, à la faveur d'une violente tempête de vent qui avait facilité leur dispersion jusqu'aux îles Canaries.
Faut-il s'inquiéter d'une invasion de criquets dans le Souss ?
La couleur jaunâtre des criquets indique certes une évolution vers un stade de transition, favorisée par des conditions climatiques propices à leur développement. Toutefois, aucun signe de grégarisation, c’est-à-dire de passage à un comportement ravageur pour la végétation, n'a été observé à ce jour.

Bien que les criquets soient actuellement regroupés, la situation actuelle ne présente pas de risque majeur, car leur densité demeure faible. Elle ne deviendrait véritablement préoccupante qu'à partir du seuil critique de 50.000 individus par hectare, densité à laquelle peut se déclencher la transformation chez le criquet pèlerin, en particulier au stade des jeunes larves.
Il convient de rappeler que le changement de comportement précède le changement de forme et de couleur. D'après les travaux de Ben Halima (2014), le facteur le plus déterminant dans le passage à la phase grégaire est la modification du comportement de l'espèce, marquée par une concentration accrue des individus et un renforcement de leur regroupement.
De leur côté, la forme et la couleur ne constituent pas un indicateur fiable de son évolution future. C'est pourquoi le comportement reste, en matière de lutte antiacridienne, la caractéristique phasaire la plus pertinente à observer. Tant que les criquets ne forment pas d'essaims, ils ne peuvent être considérés comme des ravageurs susceptibles de menacer les cultures agricoles.
Selon la même source, leur densification peut être accentuée par plusieurs facteurs : la convergence des vents et les pluies localisées, la maturation simultanée des adultes, qui conduit à des pontes groupées, ainsi que la réduction et la concentration géographique des espaces végétatifs favorables, qui attirent les criquets et favorisent leur reproduction sur place. Très actifs, les criquets en phase grégaire peuvent consommer en moyenne 2,5 g de végétation par jour, soit l'équivalent de leur propre poids.
Si la situation reste maîtrisée, le changement de comportement peut néanmoins évoluer plus rapidement qu'on ne le pense, dès lors que les conditions environnementales y deviennent favorables et en l’absence de traitements.
À ce jour, les opérations de traitement contrôlent la situation et encerclent les criquets dans des périmètres limités à l’approche de l’été.
Évolution de la situation acridienne au Maroc
Depuis octobre 2025, le Maroc fait face à un risque acridien provenant de Mauritanie. Naturellement, les régions de Dakhla-Oued Eddahab et de Laâyoune-Sakia El Hamra ont été les premières touchées.
Le traitement des zones affectées a dépassé 150.000 hectares, ce qui a permis d’éloigner le risque des régions de Dakhla-Oued Eddahab et de Laâyoune, où l’on ne constate aucun développement acridien depuis avril 2026.
Cependant, des populations acridiennes résistent encore dans certains foyers, notamment dans les régions de Guelmim, Tata et Souss.
Au cours des trois derniers mois, les équipes d'intervention ont traité 1.868 zones, parvenant ainsi à stopper le développement d'une zone de ponte au sud de Guelmim, ainsi que la formation de petits essaims.

Ce mois-ci, les criquets sont davantage circonscrits à ces trois foyers. Les opérations y ont couvert 378 zones traitées sur 394 zones au total, au sein de ces régions dominées par des criquets au stade larvaire.
Quelle évolution attendue dans les prochaines semaines ?
Les précipitations exceptionnelles qu'a reçues le Maroc ont favorisé le développement de ces populations. Le pays a réussi à les contrôler grâce à une mobilisation d'une grande ampleur (45 équipes d'intervention et 8 avions Turbo Thrush), qui a permis de protéger, dans un premier temps, les régions de Dakhla, Boujdour et Laâyoune et particulièrement leurs périmètres agricoles.
Bien que les criquets avoisinent la région de Chtouka Aït Baha, les terres agricoles sont épargnées à ce stade.
Les équipes d'intervention recentrent à présent leurs efforts sur trois foyers résiduels (Guelmim, Tata et le Souss) afin de juguler le développement du phénomène acridien et d'achever les opérations de traitement.
Par ailleurs, il est prévu qu’au début de l’été, les criquets migrent vers le sud dans la région du Sahel, leur zone favorable de reproduction estivale. D'ici là, leur développement devrait se poursuivre au Maroc avec l'apparition de nouveaux groupes d'adultes immatures, avant une migration attendue vers l'Algérie ou la Mauritanie courant juin.
Au fil des années, le Maroc a acquis une expertise majeure en matière de lutte antiacridienne. La situation actuelle s'apparente davantage à une résurgence qu'à une véritable invasion. Pour rappel, la dernière grande invasion à laquelle le pays a été confronté remonte à la période 2003-2005. À cette époque, 5 millions d'hectares avaient été traités pour enrayer le phénomène, nécessitant une mobilisation aérienne exceptionnelle, notamment le recours à des avions gros porteurs pour les opérations de pulvérisation.
Fort de cette expérience, dès qu'une menace de recrudescence ou d'invasion se précise, le poste de coordination central (PCC) prend le relais du Centre national de lutte antiacridienne (CNLA) pour diriger les opérations.
Sur le terrain, la stratégie de lutte s'organise autour d'un dispositif composé de trois lignes de défense successives, déployées du sud vers le nord. La première ligne de défense se situe au niveau des frontières sud et sud-est du pays. La deuxième est établie le long des chaînes montagneuses de l'Atlas. Enfin, la troisième et dernière ligne de défense se trouve à l'intérieur du territoire national.
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