Indicateurs économiques 2017: la croissance n’induit toujours pas une baisse du chômage
Mohamed Boussaid a présenté, vendredi 26 janvier, les principaux indicateurs économiques du royaume. Il en ressort une hausse du taux de croissance, notamment à la lumière de la bonne performance des métiers mondiaux du Maroc. Toutefois, cette croissance n’induit toujours pas une baisse significative du taux de chômage – particulièrement en milieu urbain.
Le taux de croissance national s’élève à 4,6% en 2017, réalisant une progression significative par rapport au timide 1,2% enregistré en 2016.
Cette hausse du taux de croissance est essentiellement due à la part de la valeur ajoutée agricole, qui, comme à l'accoutumée grâce à un ciel clément, a augmenté de 15,4% au 3è trimestre 2017 (T3-17) – alors qu’elle a baissé de -12,7% au T3-16.
Concernant la production de céréales, 2017 a enregistré la 4è meilleure campagne depuis le lancement du Plan Maroc Vert.
La valeur ajoutée non agricole enregistre pour sa part une hausse de 2,6% au T3-17, contre 2,1 au T3-16. Principalement en raison du rendement positif des industries de transformation, de l’extraction minière, ainsi que du tourisme.

> Industrie
L’indice de production industrielle s’est amélioré de 2%, alors que l’utilisation des capacités de production a baissé à 61,1% en 2017 – contre 65,9% en 2016.
Les métiers mondiaux du Maroc (MMM) ont enregistré une progression de 8%, par suite des performances enregistrées dans l’aéronautique (+18,4%), l’industrie alimentaire (+8,8%), l’électronique (+8,5%), l’industrie automobile (+7,1%) et le textile (+5,9%).
De bonnes performances certes, mais la vigilance est de mise - particulièrement en ce qui concerne le secteur automobile. La dernière note de conjoncture de la direction du Trésor et des Finances extérieures (DTFE), souligne en effet le repli de l’indice de production industrielle du secteur de -13,2%.
Les MMM – aux côtés du Groupe OCP, ont significativement contribué à la hausse des exportations, de l’ordre de +9,3%. Boussaid table sur le renforcement de la performance des MMM, à la lumière de la mise en œuvre des écosystèmes dans le cadre du PAI.
On peut d’ailleurs observer la part croissante des métiers mondiaux dans les exportations marocaines.

>Balance commerciale
Le déficit commercial s’est creusé de 2,6%, en raison de l’accroissement des importations de +6,3%. L’argument avancé est l’effet prix induit par l’appréciation des cours mondiaux du pétrole.
Globalement, le taux de couverture des importations par les exportations est en légère amélioration, pour s’établir à 56,3%, contre 54,8% en 2016.
En 2017, le déficit commercial a été couvert à hauteur de 71,1% par les recettes de voyage (69,6MM DH, +8,4%) et les transferts MRE (65,4 MM DH, +4,5%). Ce taux de couverture était de 68,5% en 2016.

Le solde des échanges extérieurs a contribué positivement à la croissance à hauteur de 0,8 point de PIB au T3-17, contre un repli de – 4,5 points au T3-16.
Quant au déficit du compte courant, il s’établit à 4% en 2017 – contre 4,4% en 2016.
>Réserves de change
Les réserves s’élèvent à 241 MM DH en décembre 2017, en baisse de 8 MM DH par rapport à décembre 2016. Les réserves de 2017 représentent l’équivalent d’un peu plus de 6 mois d’importations.
Les réserves de change ont accusé une importante baisse de 48 MM DH en juillet 2017, pour atteindre 204 MM DH – leur niveau le plus bas de l’année. Et ce, en raison de la ruée de nombreux opérateurs vers les couvertures de risque de change, lors de l’annonce de la flexibilisation du DH.
Les avoirs extérieurs nets des banques ont quant à eux augmenté de près de 30 MM DH.
>Inflation
Ralentissement de l’inflation à un faible niveau: 0,7% en 2017, contre 1,6% en 2016. Boussaid avance comme argument la stabilité des produits alimentaires. Si ce postulat se tient au niveau macroéconomique, il n’est pas sûr que les ménagères marocaines soient du même avis…
>Conditions de financement
Dans un contexte de maintien des taux débiteurs à un niveau bas, le crédit bancaire a été essentiellement tiré par le secteur privé : +13,6 MM DH (+4,4%) pour les ménages et 6,9 MM DH (ou +2,1%) pour les sociétés non financières.
Les crédits à l’équipement se sont appréciés de 18 MM DH (+11,8%), contre +7,5 MM en 2016.
Les crédits immobiliers ont quant à eux progressé de 10,5 MM DH (+4,3%), contre +6,1 MM DH en 2016 (+2,5%).
Toutefois, il n’a pas été fait mention de l’important repli de la demande intérieure – qui figure pourtant en bonne place dans la dernière note de conjoncture de la DTFE.
La croissance de la demande intérieure s’est en effet limitée à 0,9% au T3-17, contre 7,2% durant la même période de 2016. Les causes invoquées par la note de la DTFE font état d’une baisse de l’investissement (-5,3% en 2017 contre +18,1% en 2016) et une accélération des dépenses de consommation (+3,6% contre +2,9%).
>Investissements directs
Le Maroc a profité d’une hausse des IDE de l’ordre de +12% en 2017 (23,7 MM DH).
Fait remarquable, les investissements marocains à l’étranger ont atteint 9 MM DH, soit une progression de 35,6% par rapport à 2016. Principalement à destination des pays d’Afrique subsaharienne.
>Emploi/Chômage
C’est là où le bât blesse… Le taux de chômage national est de 10,6% au T3-17 (10,4% en 2016). Une hausse expliquée par ‘’la progression de la population active de 1,1%, et du volume de l’emploi de 0,9%’’.
Sauf que dans le détail, le taux de chômage atteint 14,9% en périmètre urbain. 19,9% des diplômés sont sans emploi, ainsi que, globalement, 21,3% des jeunes âgés de 25-34 ans.
La présentation de Mohamed Boussaid mentionne tout de même la création nette de 89.000 postes entre le T3-17 et le T3-16. Cependant, la ventilation a de quoi surprendre : 54.000 postes rémunérés et 35.000 postes non rémunérés (!)

La présentation complète des indicateurs macroéconomiques peut être consultée en cliquant ici
La dernière note de conjoncture de la DTFE peut être consultée ici
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