Onssa: “Aucun thé vert toxique ne peut entrer au Maroc”
Le magazine français "60 millions de consommateurs" met en garde contre les pesticides contenus dans les thés noirs et verts consommés en France. Cette enquête signifie-t-elle que les 60.000 tonnes de thé importées annuellement par le Maroc sont potentiellement toxiques? Selon Zakaria Abdelkader, les tests mis en place par le département du contrôle et de la protection à l’Onssa, qu’il dirige, rendent impossibles des importations toxiques.
Médias24: D’où vient le thé consommé au Maroc?
Zakaria Abdelkader: A 99% de Chine et le reste, d’Inde ou du Sri Lanka. Le Maroc importe 60.000 tonnes par an de thé vert et quelques tonnes de thé noir dont nous ne sommes pas très friands. En tout, l’Onssa doit contrôler une centaine d’importateurs spécialisés dans ce marché.
-Que pensez-vous de l’enquête qui pointe du doigt la présence de pesticides dans le thé français?
-Elle souligne en effet cette présence mais elle ne remet pas en cause sa commercialisation, car tous les thés qu’elle a soumis à des analyses restent conformes à la législation française.
-Il n’empêche qu’elle interpelle, voire inquiète les Marocains, grands consommateurs de thé.
-C’est un phénomène international mais il ne nous concerne pas vraiment sachant que cette enquête s’est concentrée sur des thés en sachet et pas en vrac ou emballés, comme ceux importés au Maroc.
Les thés en sachets représentent une part infime de la consommation marocaine (0,01%). De plus, l’étude a porté sur des marques haut de gamme et sur des produits biologiques inexistants chez nous.
-Cette polémique ne concerne donc pas le Maroc?
-Ce qui est incroyable est qu’elle a pris plus d’ampleur chez nous, qui ne sommes ni concernés ni nommés dans cette enquête, qu’en France où elle est restée cantonnée à une simple mise en garde (*).
Cette étude met en garde contre la présence de pesticides dans le thé consommé en France, mais elle nuance son propos en concluant qu’il est conforme aux législations française et internationale.
Concernant l’affaire Lactalis qui a trait à la non-conformité dangereuse des pots de lait en poudre pour nourrissons dans le monde entier, y compris au Maroc, nous avons retiré ce produit du commerce.
Cela montre bien que sur le plan sanitaire, nous avons des règles nationales et internationales qui marchent et qui conduisent, le cas échéant, au retrait des produits non-conformes.
-Qu’en est-il chez nous?
-Il y a eu beaucoup de désinformation car on a carrément parlé de thés toxiques, voire cancérigènes. On a déformé les conclusions de l’enquête en parlant de danger sanitaire alors qu’elle a juste souligné la présence de pesticides, produits phytosanitaires et phytopharmaceutiques.
-Cette information est donc fausse ?...
-C’est de la pure désinformation car les Marocains doivent savoir que dans tous les produits agroalimentaires qu’ils consomment, il existe des produits de ce genre qui ne présentent aucun danger.
Que ce soit ici ou ailleurs, tous les produits de culture ont à un moment ou à un autre été traités par des produits phytosanitaires.
-Quelles sont les normes nationales et internationales communément admises?
-Nous avons des normes pour tout ce que nous produisons sur place (tomates, céréales, agrumes. ..).
Elles sont adaptées aux produits phytosanitaires utilisés par les producteurs et homologuées par l’Onssa. Cette homologation ne se fait qu’après une batterie de tests réalisés au Maroc pour fixer les limites maximales de résidus (LMR) mais les importateurs doivent aussi être agréés par l’Onssa.
Pour les cultures comme le thé ou le café que nous n’avons pas au Maroc, l’office est obligé de prendre en compte les normes internationales ou celles du pays d’origine qui nous envoie ses produits.
-Concrètement, quels sont les seuils à ne pas dépasser?
-Les LMR (limites maximales de résidus) sont au cœur de l’enquête du magazine 60 millions de consommateurs mais ils sont différents de ceux du Maroc pour la bonne raison que nous ne sommes pas un pays producteur de thé comme la France. Nous n’avons pas nos propres tests mais des normes internationales à suivre.
Le contrôle des limites maximales de résidus au Maroc se base sur ceux du codex alimentaire (programme de référence mis en place par l’OMS et la FAO) ou sur ceux des pays producteurs.
-Le Maroc utilise donc des protocoles étrangers?
-Oui car sur les 190 pays de la planète, seule une minorité est capable de faire des tests poussés. On peut citer les Etats-Unis, l’Europe, le Canada, le Japon et la Chine.
-Quid du fait que la Chine a souvent exporté, dans le passé, des jouets dangereux pour la santé?
-C’est une excellente remarque mais il faut savoir que ce pays produit 2,4 millions de tonnes de thé (vert et noir) par an et exporte moins de 400.000 tonnes (15% de sa production totale).
Pensez-vous que les 85% restants qui sont consommés en Chine ne sont pas contrôlés strictement par leurs autorités sanitaires?
Leurs limites maximales de résidus (LMR) à l’export calquées sur leur taux national est une garantie pour les consommateurs étrangers (dont les Marocains), car un pays n’a pas le droit d’avoir une législation sanitaire intérieure différente de celle appliquée à ses exportations.
-D’accord mais qui garantit l'inexistence de pesticide dangereux dans le thé chinois?
-Le thé est contrôlé par les autorités alimentaires chinoises qui lui délivrent un certificat sanitaire.
-Et côté marocain?
-L’Onssa effectue aussi des tests pour déterminer les limites maximales de résidus des pesticides.
Notre laboratoire est rôdé à ce type d’analyses, sachant que nos experts testent une quantité énorme de produits agroalimentaires importés (céréales, riz, fruits …) contenant également des pesticides.
-Sur quoi portent vos contrôles?
-D’abord sur le taux (autorisé ou pas) et la nature (idem) des pesticides mais aussi sur les aspects physiques ou chimiques du thé importé.
Nous testons, par exemple, son taux d’humidité car si ce dernier est trop élevé il y a un risque d’apparition de champignons nocifs pour la santé des consommateurs. Il faut également déterminer si le thé ne contient pas des matières étrangères pour gonfler le poids.
L’ensemble de ces tests sont effectués soit au laboratoire de l’Onssa soit au laboratoire officiel d’analyses et de recherches chimiques (LOARC) qui relève du ministère de l’Agriculture.
-A quelle fréquence sont-ils effectués?
-Si un importateur ramène une ou deux cargaison par an, on le contrôle à 100% mais s’il procède à de très nombreuses importations (chaque semaine ou mois) la fréquence de contrôle est de 50 et 60%.
Il faut savoir que si une anomalie est décelée par nos services, les cargaisons suivantes seront systématiquement contrôlées jusqu’à ce que l’on soit sûr qu’il n’y aura pas de nouveaux problèmes.
Même si les importateurs se plaignent sans cesse des longues contraintes douanières et sanitaires, l’Onssa ne peut pas se permettre d’être indulgente avec des anomalies chimiques ou physiques.
Etant en première ligne en cas d’intoxication des consommateurs, nous ne laissons rien passer.
-Le consommateur marocain est donc à l’abri de thés toxiques pour sa santé?
-Hormis les conclusions parues dans la presse, je n’ai pas eu accès à l’ensemble de l’enquête de 60 millions de consommateurs, mais ce qui est sûr c'est que ce magazine n’évoque pas du tout le Maroc.
L’Onssa n’est donc pas concerné et tout ce qui a été publié dans la presse est faux. Notre mission est la protection de nos concitoyens et pas celle des agriculteurs ou des importateurs nationaux.
-Avez-vous déjà bloqué des cargaisons de thé en provenance de Chine?
-En décembre dernier, l’Onssa a effectivement refoulé 275 tonnes de thé vert de ce pays.
-Pour quelles raisons?
-Cette cargaison contenait des pesticides non autorisés. Ce n’était pas une question de taux trop élevé, mais d’un produit non conforme.
-Comment être sûr que l’Onssa pourra tout contrôler?
-Notre système de contrôle est fiable et impitoyable. De plus, nos méthodes d’analyse et d’échantillonnage sont reconnues à l’international et à partir de là, aucun thé éventuellement toxique ne peut rentrer au Maroc.
[NDLR: L'ampleur de la polémique et du retentissement de l'enquête au Maroc est évidemment liée à l'importance de la consommation du thé, considéré comme une boisson nationale dans le Royaume. De plus, l'Onssa aurait dû être plus réactive et c'est à elle de créer une relation de confiance avec les consommateurs en leur montrant tous les efforts (réels) qu'elle fait pour les protéger]
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