Fatima Zahra El Mansouri: “Si on ne revient pas au fondement de notre projet de société, je quitterai le PAM”
En proie à des divisions internes depuis la fausse démission de son secrétaire général, la 1ère force d’opposition du Maroc est étrangement silencieuse, voire inaudible sur la scène politique. L’occasion d’interroger la numéro 2 du PAM qui, tout en renvoyant dos à dos l’immobilisme de la majorité et l’atonie de l’opposition, n’exclut pas de quitter son parti si la situation de flou perdure.
Médias24: Depuis le faux départ d’Ilyas Omari, le PAM semble absent de la scène politique...
Fatima-Zahra El Mansouri: Pourquoi cette question? Pensez-vous vraiment qu’il y a un autre parti actuellement dans notre classe politique qui joue son rôle et qui réponde aux attentes des Marocains?
-L’opposition est quand même censée s’opposer et ce n’est pas vraiment le cas de votre parti...
-Aujourd’hui, il y a un consensus autour d’une médiocrité généralisée qui reflète l’état d’esprit de notre scène politique. Trop de gens acceptent de s’inscrire dans un débat de personnes auquel je refuse d’adhérer car j’ai trop de respect pour mes concitoyens pour rentrer dans ce jeu politicien.
L’immobilisme de l’exécutif est déroutant sur des problématiques majeures comme la faillite croissante des entreprises et le taux de chômage galopant qui méritent vraiment notre attention.
-Pourquoi le PAM ne se manifeste-t-il pas et comment expliquer son atonie et manque de réactivité?
-Je n’ai pas de réponse à votre question.
Il y a une commission qui a été mise en place pour proposer des solutions aux problèmes des Marocains et à ceux que traversent notre parti, mais j’ai fait le choix de m’en retirer car je considère qu’elle n’a pas été en mesure de répondre à sa vocation initiale ni aux prérogatives conférées par le Conseil national.
Elle devait normalement accompagner la transition et produire un certain nombre de propositions et d’alternatives tant par rapport à la gestion de nos instances qu’au renforcement de notre projet initial.
-Cette commission a donc échoué dans sa mission?
-Elle s’est très vite transformée en un débat de personnes qui ne m’intéresse pas. Au départ, ses travaux devaient permettre d’aboutir à une réunion sereine du Conseil national afin de donner une impulsion nouvelle au parti et lui permettre d’être plus en adéquation avec les attentes grandissantes des Marocains.
-Le Conseil national que vous présidez a-t-il un agenda pour organiser cette transition?
-La réunion du Conseil National ne pourra se tenir qu’à la fin des travaux de cette commission.
-Qui s’éternisent...
-Je ne suis pas au fait de son fonctionnement.
-Pour faire court, le PAM n’a aucune visibilité sur son avenir...
-Le porte-parole reste le secrétaire général, il est donc le seul à être en mesure de répondre à cette question.
-Pourquoi Elyas Omari refuse-t-il de répondre aux médias qu’il fuit comme la peste?
-C’est lui qu’il faut interroger, je n’en sais pas plus que vous.
-Cette situation de blocage des instances va durer encore longtemps...
-Il faut d’abord préciser que c’est une réponse de citoyenne et pas de présidente du Conseil national.
Je ne crois pas qu’elle va durer longtemps car personne n’aspire à l’immobilisme. Mais aujourd’hui, ce constat de blocage peut s’appliquer à toute notre classe politique.
On se demande d’ailleurs si l’opposition et la majorité servent encore à quelque chose et si ces deux blocs antagonistes répondent vraiment aux attentes des Marocains.
Cela fait 12 ans que je suis impliquée dans le combat politique afin d’apporter de l’espoir à nos concitoyens, mais force est de constater qu’il y a un malaise ambiant, malsain pour le bon fonctionnement de nos institutions.
On réduit le débat public ou ce qu’il en reste à des simples attaques faussement idéologiques ou de personnes, alors que les Marocains font face à un quotidien amer. Et nous sommes dans l’incapacité, en tant que politiques, d'apporter des solutions adaptées. L'unique conséquence des agissements de la scène politique sera d'engendrer de l'abstention aux prochaines élections et donc de porter atteinte au projet démocratique.
-L’opposition est aux abonnés absents sur ces problématiques?
-Tout autant que le gouvernement qui ne lance aucune réforme courageuse et structurelle dont le Maroc a besoin. On est sur de la gestion courante avec des effets d’annonce et rien de plus.
L’opposition est au niveau du gouvernement et en fait personne n’est au rendez-vous.
-Si la transition ne se fait pas rapidement, pensez-vous quitter les rangs de votre parti?
-Il faut d’abord rappeler que j’ai accompagné la création du PAM et celle de son projet de société.
Nous avons initié la belle idée de la fin du clivage gauche-droite pour faire de la politique pragmatique dans le cadre d'une vision humaniste et réconcilier les Marocains avec la chose politique.
Jusque-là, je pensais que c’était la seule alternative pour faire avancer le pays, mais si je ne me reconnais plus dans ce projet ou que je n’ai plus le sentiment de le partager avec les militants du PAM, je n’hésiterai pas à le quitter.
-Pour aller où?
-Nulle part.
-De quoi dépendra votre éventuel départ, du blocage des instances?
-A titre personnel, je tiens à rappeler que je ne suis pas une carriériste de la politique. Mon engagement a été à la hauteur de mes convictions que j’ai en partage avec la majorité des militants.
Je n’ai aucune ambition d’accéder au secrétariat général ou de me maintenir à la tête du Conseil national. Toutefois si l’égo des dirigeants prend le dessus sur la force des convictions des militants, je ne me reconnaitrai plus dans le projet qui a été le notre.
Si on se cantonne toujours à des effets d’annonces médiatiques ou des débats de personnes ou de clans, je prendrai mes responsabilités en accord avec mes convictions.
Je refuse de me focaliser sur des questions superficielles comme celle de savoir qui sera mon secrétaire général ou si Ilyas Omari se maintiendra au secrétariat général ou pas.
Je préfère me concentrer sur des problématiques économiques et sociales qui sont un véritable frein au développement de notre pays, comme, par exemple, le chômage qui est une véritable bombe à retardement.
Tant qu’on ne se pose pas ce genre de questions et qu’on ne sera pas en mesure de produire un livre blanc des 100 réformes qui changeront le quotidien des Marocains, notre combat politique sera vide de sens.
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