Faut-il en finir avec l'heure d'été? Les pour et les contre
Le Maroc est passé le 25 mars à l'heure GMT+1. Ce changement d'heure, adopté depuis 2012, ne fait pas l'unanimité: citoyens, entreprises, administrations... Le ministère chargé de la réforme de l'administration publiera bientôt les résultats d'une étude sur l'impact socio-économique du changement d'heure.
Adopté au Maroc depuis 2012, le passage à l'heure d'été vient en application des dispositions du décret n° 2.12.126, modifié et complété par le décret n°2.13.781 du 28 septembre 2013. L'idée est de réduire le décalage horaire avec l'Europe et réaliser des économies d'énergie.
Médias24 a interrogé le ministre délégué chargé de la Réforme de l'administration et de la fonction publique, Mohamed Benabdelkader, sur les enjeux économiques et sociaux du changement d'heure.
"Le système GMT+1 vise en premier lieu à réduire le décalage horaire avec les partenaires économiques, essentiellement l’Union européenne. Il permet également de réaliser des économies d’énergie, en réduisant les besoins d’éclairage, et ce en faisant correspondre les heures d’activité avec les heures d’ensoleillement", nous explique M. Benabdelkader.
Sur le plan social, ce changement favoriserait les loisirs. Il permet ainsi de tirer profit des longues heures du jour durant les mois d'été.
"Grâce à ce système, l’espace temporel pour les activités de loisirs devient plus long, avec un accroissement des pratiques sportives et des loisirs, notamment les sorties nocturnes, grâce à l'heure supplémentaire de clarté induite par l'heure d'été", poursuit le ministre.
Des opérateurs sceptiques
Du côté des opérateurs économiques, beaucoup s'interrogent sur la pertinence de cette mesure et y associent des avantages assez "limités".
Les avis des industriels diffèrent sur la question de l'économie d'énergie. Ceux qui travaillent 24h/24 ne ressentent aucun impact. Même son de clôche chez ceux qui adoptent l'horaire continu.
Au Maroc, la mise en place du système GMT+1 a permis néanmoins de réaliser des économies d’énergie du fait de l’exploitation de la lumière du soleil pendant une durée plus longue de la journée. Ceci a des conséquences positives sur la durée de l'éclairage dans les habitations et les unités productives et de services, nous explique encore le ministre délégué chargé de la Réforme de l'administration.
D’après des statistiques du ministère de l'Energie, l’application de l’horaire GMT+1 constitue une des mesures d'efficacité énergétique visant à améliorer la marge de réserve électrique pendant les heures de pointe. Les gains considérés sont des gains en puissance, en énergie, en fioul et en réduction d’émissions du CO2.
Des chiffres à retenir
Pour l'année 2014, le gain moyen engendré en effacement de puissance était de l’ordre de 92 MW, avec un gain en énergie d’environ 29,5 GWh.
L’application de l’horaire GMT+1 en 2014 a également permis d’engendrer un gain en fioul de 58,7 millions de DH, dont 44 millions pour l’ONEE et 14,7 millions pour l’Etat (compensation). Ce qui a permis d’éviter des émissions en CO2 de l’ordre de 28.000 tonnes.
En 2016, cette mesure a engendré un gain de 119 millions de DH et une économie moyenne en puissance de 84 MW, selon des chiffres de l'ONEE.
Pour l'année 2017, un gain en termes de puissance de 91 MW a été enregistré en pointe pour un jour ouvrable moyen.
En ce qui concerne l'impact en énergie, il est estimé à 69 GWh.
Cette économie permet de décaler d'une année l'investissement dans un équipement de pointe ainsi que les charges fixes liées à son fonctionnement. L'évaluation de cette économie sur la base des données susmentionnées fait ressortir un gain annuel de 128,5 MDH
Par ailleurs, cette mesure a permis d'engendrer un gain en fioul de 90,6 MDH et d'éviter des émissions en CO2 de l'ordre de 64.700 tonnes.
La région Dakhla adapte les horaires de ses écoles
Suite au passage à l'heure GMT+1 au Maroc, l’Académie de la région Dakhla-Oued Eddahab a pris la décision d’adopter un horaire d’entrée spécial pour ses établissements scolaires.
Cette décision d'une administration publique conforte-elle les avis largement défavorables du public sur le changement d'heure?
Dans un communiqué publié lundi 26 mars, le ministère de l'Education est ferme. "L’heure GMT+1 sera appliquée dans l’ensemble des services administratifs centraux, régionaux et provinciaux, ainsi que dans l’ensemble des établissements scolaires relevant du ministère".
La décision de l'Académie s'explique par "les spécificités géographiques de la région où la différence entre les heures du lever et du coucher du soleil dans la région atteint 45 minutes".
En effet, l'académie a décidé que les cours commenceront à partir de 9h le matin et de 15h l'après-midi.
Par ailleurs, les études se sont multipliées pour démontrer les effets du changement sur la perturbation de l’horloge biologique. Les résultats laissent à désirer...
En Europe, des députés et des associations demandent une évaluation complète du système de changement d'heure, qui pourrait aboutir à sa suppression.
Quel impact sur les Marocains?
L'impact de l'adoption de l'heure d'été sur les différents plans aussi bien économiques que sociaux fait l'objet d’une étude menée actuellement par le ministère de la Réforme de l’administration et de la fonction publique, et dont les résultats seront diffusés dès son achèvement, nous annonce M. Benabdelkader.
Cette étude vise l’évaluation de l’expérience de l’application de l’horaire GMT+1 au Maroc durant les 5 dernières années (2012-2017).
Ses principaux objectifs portent sur:
- L’analyse des différents aspects et dimensions du changement aux niveaux économique et social;
- L’évaluation de l’impact du changement horaire sur les heures du lever/coucher du soleil dans les différentes régions du Maroc;
- L’évaluation de l’impact sur le décalage horaire avec l’Europe;
- La proposition des scénarios complets relatifs à une meilleure application du changement horaire au Maroc avec une évaluation d’impact pour chaque scénario.
"C’est à la lumière des résultats de cette étude que le ministère pourra formuler et proposer les mesures qui conviennent mieux à l’intérêt général du pays mais aussi aux préoccupations des citoyens", conclut le ministre.
Au final, qu'ils soient bénéfiques ou néfastes, les effets du changement d'heure restent faibles et difficiles à généraliser.
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