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Fact checking. Attaque chimique présumée en Syrie: ce que l'on sait

Les Etats-Unis et leurs alliés menacent d'effectuer des frappes militaires contre le régime de Damas, suite à une supposée attaque chimique. Mais l'armée syrienne a-t-elle réellement utilisé des armes chimiques ? Y a-t-il des preuves d'un tel usage ? Tout le monde a en mémoire les interventions précédentes en Irak où les "preuves américaines" n'ont jamais été confirmées. Reconstitution de ce que l'on sait.

Fact checking. Attaque chimique présumée en Syrie: ce que l'on sait
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Le 13 avril 2018 à 14h30 | Modifié 11 avril 2021 à 2h45

Des "Casques blancs" (organisation humanitaire de protection civile formée pendant la guerre civile syrienne), secouristes en zones rebelles, ont dénoncé un recours au "gaz de chlore toxique" samedi 7 avril dans la Ghouta orientale, ce qui a été immédiatement démenti par les médias d'Etat syriens.

Dans un communiqué commun avec l'ONG médicale Syrian American Medical Society, ils ont affirmé que près de 50 personnes avaient péri dans cette attaque aux "gaz toxiques".

Ils ont également fait état de "plus de 500 cas, la plupart des femmes et des enfants", qui présentent "les symptômes d'une exposition à un agent chimique". Les patients souffrent de "difficultés respiratoires", de "brûlures de la cornée" et dégagent "une odeur semblable à celle du chlore".

Une vidéo postée par les Casques blancs sur leur compte Twitter et présentée comme tournée après l'attaque chimique présumée montre un enchevêtrement de corps sans vie, dont ceux de femmes et d'enfants, allongés à même le sol, les yeux parfois écarquillés et de la mousse blanche s'échappant de leur bouche.

Sur une autre, tournée dans un hôpital, des enfants en bas âge sont déshabillés et respirent grâce à des masques à oxygène.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a pour sa part fait état de dizaines de cas de suffocation, dont certains mortels, sans toutefois se prononcer sur l'emploi ou non d'armes chimiques. L'OSDH est considéré par la plupart des observateurs comme une source crédible.

L'OSDH, qui dispose d'un vaste réseaux de sources sur le terrain, a assuré ne pas être en mesure de "confirmer ou de nier" les accusations d'attaques chimiques.

Firas al-Doumi, un secouriste de Douma a évoqué "des scènes effroyables". "Il y avait de nombreuses personnes en train de suffoquer, certaines sont mortes immédiatement", a-t-il dit à l'AFP. "C'était un massacre. Il y avait une très forte odeur sur les lieux qui a entraîné des difficultés respiratoires chez les secouristes".

L'attaque chimique meurtrière présumée a suscité, dimanche, l'indignation au sein de la communauté internationale.

Les réactions de Paris et de Washington

"Ces informations, si elles sont confirmées, sont effroyables et exigent une réponse immédiate de la communauté internationale", a affirmé la porte-parole du Département d'Etat américain Heather Nauert dans un communiqué, samedi.

Le régime syrien a été accusé à plusieurs reprises d'avoir utilisé l'arme chimique contre les rebelles depuis le début du conflit. Les Nations unies estiment notamment qu'il a employé du gaz sarin dans une attaque en avril 2017 contre le village de Khan Sheikhun, tenu par l'opposition.

Douma est le dernier secteur sous contrôle des rebelles dans la vaste région de la Ghouta orientale, située aux portes de Damas et que le régime syrien est déterminé à reprendre totalement, coûte que coûte, avec l'aide de Moscou.

Paris et Washington ont menacé, dimanche, le régime syrien d'une "réponse forte" après avoir confirmé "l'utilisation d'armes chimiques". 

Donald Trump a quant à lui promis lundi 9 avril soir une décision imminente sur une réponse "forte" visant à faire "payer" Bachar al-Assad et ses alliés. Mercredi 11, il a twitté: "Sois prête, Russie, les missiles arrivent. Jolis, modernes et intelligents". 

La France annoncera "dans les prochains jours" une "décision" en accord avec les alliés américain et britannique, a dit le président français Emmanuel Macron, assurant que les bombardements viseraient "les capacités chimiques" du régime de Damas.

"Nous avons la preuve qu'il y a près de dix jours, des armes chimiques ont été utilisées, au moins du chlore et qu'elles ont été utilisées par le régime de Bachar al-Assad", a assuré le président français lors d'une interview télévisée, jeudi.

Un coup de Londres, selon Moscou

La Grande-Bretagne a pour sa part appelé "à une enquête urgente". "Si ces informations sont correctes, elles seraient une preuve supplémentaire de la brutalité d'Assad contre des civils innocents et du mépris de ses soutiens pour le droit international", ont estimé les Affaires étrangères.

Le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson a lui aussi appelé à une "réponse internationale forte", lors d'une conversation téléphonique avec son homologue français, Jean-Yves Le Drian.

La première ministre britannique Theresa May a convoqué pour jeudi 12 une réunion d'urgence de son gouvernement, afin de "discuter de la réponse à apporter aux événements en Syrie", a annoncé une porte-parole mercredi soir.

Par ailleurs, l'armée russe a affirmé ce vendredi 13 avril disposer de "preuves" de la "participation directe de la Grande-Bretagne" à la mise en scène de l'attaque chimique.

L'armée russe a des "preuves qui témoignent de la participation directe de la Grande-Bretagne à l'organisation de cette provocation dans la Ghouta orientale", a déclaré le porte-parole de l'armée russe Igor Konachenkov, accusant Londres d'avoir exercé "une forte pression" sur les Casques blancs syriens pour la mise en scène, selon lui, de l'attaque chimique présumée.

L'Organisation internationale sur les armes chimiques (OIAC), dont le mandat est d'enquêter sur l'attaque chimique présumée mais qui n'a pas la responsabilité d'en identifier les responsables, a annoncé mardi 10 avril l'envoi, en Syrie, d'une équipe pour une enquête.

Grâce à l'appui militaire de Moscou, le régime syrien contrôle déjà plus de la moitié de la Syrie, ravagée par une guerre qui a fait plus de 350.000 morts en sept ans.

Les forces gouvernementales ont déjà reconquis 95% des zones rebelles de la Ghouta, à la faveur d'un pilonnage meurtrier initié le 18 février mais aussi d'accords d'évacuation parrainés par la Russie. Quelque 1.600 civils ont déjà péri dans cette offensive.

 

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