RAM: Le mouvement de protestation de l’AMPL vire à la grève du zèle
Entre la journée du mercredi 18 juillet et la matinée de ce vendredi 20 juillet, 16 vols du transporteur national ont déjà été annulés et ce n’est que le début. L’AMPL, association marocaine des pilotes de ligne, dément toujours l'existence d'une grève. Mais les perturbations croissantes auront sans doute du mal à convaincre du contraire les passagers de la RAM bloqués dans les aéroports européens ou casablancais. Selon une source proche du dossier, la conclusion d’un accord devient vitale pour éviter l’amplification d’un mouvement qui pourrait plomber la haute saison voire même l'avenir de la compagnie.
Officiellement, aucun appel à la grève n’a été lancé par le syndicat majoritaire chez les pilotes de la RAM même si ces derniers donnent vraiment l’impression de traîner les pieds pour accomplir les remplacements auxquels ils sont astreints en cas d'indisponibilité de leurs collègues.
Du côté de la RAM, on nous affirmait, hier encore, que la porte des négociations était toujours ouverte et que la conclusion imminente d’un accord n’était pas exclue . Il apparait cependant de plus en plus évident que les pilotes syndiqués essayent d'imposer leurs doléances en multipliant les perturbations pendant cette période stratégique de l’été qui connaît de forts flux aériens.
3 jours: 16 vols annulés
Avec 1 vol annulé mercredi, 2, jeudi et 5, à la mi-journée de ce vendredi, soit 16 vols Aller/Retour au total, les perturbations vont crescendo à la RAM sachant qu’en plus des annulations, les retards d’une durée moyenne de 3 heures se multiplient depuis le 1er jour du mouvement de contestation.
Grève tout court ou grève du zèle, ce qui est sûr, c'est que la situation s’envenime entre la direction et les pilotes. Si les perturbations devaient s’aggraver et s’inscrire dans la durée, cela engendrera de graves conséquences sur l’exercice comptable de la compagnie.
En l’état actuel des choses, on ne connait pas le détail des revendications des pilotes mais ces derniers dénoncent une charge de travail exorbitante tandis que la RAM parle de demandes salariales démesurées et dangereuses pour l’avenir de la compagnie.
Interrogée par Médias24, une source de son management avoue son désarroi en affirmant que la situation est encore gérable mais que les jours prochains seront déterminants. L'ampleur des perturbations et la montée de la tension semblent donc donner raison, a posteriori, au président de la RAM dont la lettre aux pilotes avait fuité dès le premier jour, mercredi 18 juillet.
"Une grève du zèle de plus en plus suivie"
"Depuis mercredi, on constate que de plus en plus de commandants de bord et de copilotes ne sont pas présents dans leur cockpit à l’heure du décollage. L’AMPL persiste à dénier le terme de grève alors qu’en trois jours, 16 avions n’ont pas pu s’envoler. Si ce n’est une coïncidence, elle est plutôt troublante.
"Jusqu'ici, nous avions des groupes de réservistes présents dans les aéroports pour pallier à d’éventuelles indisponibilités de leur collègue mais depuis 3 jours, l’AMPL a décidé de passer à un autre système d’astreinte. Elle demande aux pilotes de rester chez eux et d’exiger un délai minimal de 3 heures pour rejoindre l’aéroport où le remplacement doit être effectué.
"Les avions concernés sont donc cloués au sol 3 heures supplémentaires avant de pouvoir décoller ce qui engendre dans le meilleur des cas des gros retards pour les passagers qui attendent leurs vacances pendant toute l'année.
"Comme l’AMPL refuse les changements imprévus de programme et que nous n’avons pas 200 réservistes, on se retrouve de plus en plus avec des cockpits vides et des départs annulés", déclare notre source pour expliquer la situation.
"Situation encore gérable mais de plus en plus compliquée"
"Nous arrivons à sensibiliser les pilotes qui ne sont pas d’accord avec les consignes syndicales de traîner les pieds mais beaucoup d'entre eux n’osent pas se manifester publiquement. Aujourd’hui, 5 vols ont été annulés mais si on compte l’aller-retour, ce sont donc 10 voyages qui ont été supprimés.
"En dehors de ces annulations brutales, il faut ajouter 8 à 10 vols quotidiens dont le départ est retardé de plusieurs heures en attendant que les pilotes arrivent à leur poste de travail.
"Depuis le début de la crise, nous essayons toujours de négocier avec leurs représentants syndicaux car le mouvement actuel n’est bénéfique pour aucune des deux parties.
"La priorité de la direction est de conclure, le plus rapidement possible, un accord sans mettre d’huile sur le feu. A ce propos, il faut préciser que le courrier interne du président Addou n’avait pas vocation à fuiter dans la presse et 0 alimenter la confrontation", précise notre source qui veut rester optimiste.
Sur la violence sémantique des termes utilisés dans la lettre du président à son personnel, notre interlocuteur répond que ce courrier, fruit de 20 longs mois de négociations sans résultats, se voulait simplement factuel.
"100 nouveaux pilotes en formation"
"Si comme le dit l’AMPL, il n’y avait qu’un problème de sous-effectifs, nos avions seraient immobilisés sur le tarmac. Ce n’est pas le cas car notre programme aérien est assuré dans son intégralité. Maintenant, il faut avouer que la situation serait plus confortable si nous avions plus de pilotes".
"Afin d’alléger la charge de travail de nos équipes de navigation, le président a d'ailleurs envoyé en formation, au début de son mandat, une centaine d’étudiants-pilotes à l’ENAC (école nationale de l'aviation civile) de Toulouse".
"En attendant qu’ils décrochent leur licence de vol, nous devons absolument trouver un compromis car la situation va bientôt devenir intenable pour les passagers et la compagnie", conclut notre source qui précise que la RAM ne pourra pas travailler indéfiniment sous la menace permanente de grève ouverte ou déguisée.
A la veille de ce week-end estival de forte fréquentation aérienne, il faut donc espérer qu’un accord sera trouvé pour assurer les remplacements au pied levé.
Quelle que soit l’issue des tractations, ce qui est sûr est que l’image déjà écornée de la RAM n’avait vraiment pas besoin de ces perturbations intervenues au pire timing de l’année.
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