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ECONOMIE

Textile: Pourquoi la prorogation de la mesure de sauvegarde contre les produits turcs est nécessaire

Les pouvoirs publics ont prorogé de trois ans la mesure de sauvegarde sur les importations de certains textiles provenant de Turquie. Cette mesure, fortement saluée par les industriels marocains, intervient néanmoins dans une conjoncture où la livre turque subit une forte baisse. Cela impacte-t-il les professionnels marocains, réduit-il les effets de la mesure de sauvegarde ? Mais plus important encore, comment l'association des Textiliens compte-t-elle accompagner les industriels dans leur mise à niveau d'ici 2021 ? Réponses avec Mohamed Tazi, Directeur général de l'AMITH. 

Textile: Pourquoi la prorogation de la mesure de sauvegarde contre les produits turcs est nécessaire
H. G.
Le 19 septembre 2018 à 16h40 | Modifié 11 avril 2021 à 2h48

-Médias24. Comment les professionnels ont accueilli la prorogation de cette mesure de sauvegarde  ?

-Mohamed Tazi. On a rarement reçu un plein soutien de la part de nos industriels. Je peux vous assurer que nous avons reçu un nombre impressionnant de messages de leur part saluant cette prise de position des pouvoirs publics. Cette position donne de l'espoir et montre que le gouvernement est conscient de la triche qui sévit dans le secteur et qui pénalise les acteurs locaux.

Ces derniers se disent "on va travailler dorénavant dans un meilleur environnement concurrentiel". Il s'agit donc d'un signal fort pour les industriels. C'est une mesure pour l'industrie et l'emploi. 

-Vous nous avez dit dans un précédent échange, que les effets de cette mesure sont réduits par la chute de la livre turque. Quelles sont les conséquences pour l'industrie marocaine ?

-M.T. Cette mesure de sauvegarde intervient dans un contexte particulier. On ne peut pas nier que la chute de la monnaie turque atténue de manière conjoncturelle ses effets. Mais il faut aussi savoir que les matières premières sont cotées en dollars, et donc les achats se font aussi en dollars...

Sur le moyen terme, cette mesure aura un impact très positif à ne pas en douter. Si celui-ci est combiné à un effort sur le dossier de la contrebande, cela donnera une meilleure visibilité et permettra de relancer le secteur. 

Je tiens aussi à préciser que la chute de la livre turque est intervenue bien après le déclenchement du processus pour instaurer la mesure de sauvegarde, et même si cela était venu avant on l'aurait lancé malgré tout, car le plus important pour nous c'est de donner un signal fort aux gens qui ne jouent pas le jeu de la concurrence loyale. 

Maintenant, évidemment cette mesure de sauvegarde ne peut pas à elle seule tout résoudre, mais c'est un préalable majeur et nécessaire. 

>> Lire aussi : Textiles: La levée des exonérations sur les produits turcs prorogée jusqu’en 2021

         -Cette mesure n'est clairement pas une solution miracle, mais elle vous donne un délai pour remettre sur pied l'industrie marocaine. Comment comptez-vous le faire sur les trois ans à venir ?

-M.T. Notre bataille est contre la concurrence déloyale là où elle est, et pas seulement en Turquie. Il s'avère que la Turquie a bénéficié de conditions particulièrement avantageuses (0% de droits de douanes) elle en a usé et abusé. Ceci dit, maintenant nos efforts sont tournés vers le redémarrage du marché local. Pour ce faire, trois piliers sont nécessaires: le Plan d'accélération Industrielle (PAI), l'environnement des affaires et la formation. 

Le PAI est un élément structurant qui a fonctionné à l'export, mais qui a donné moins d'effet sur le marché local. 

         -Pourquoi ?

M.T. Il s'avère qu'il manquait au marché local les conditions d'un environnement concurrentiel: combattre la concurrence déloyale des low-cost et celle de la contrebande. Sur ce dernier point, les pouvoirs publics font un important travail, mais malheureusement il faut être très patient avant d'avoir des résultats. Donc en attendant, il faut baisser le gap de compétitivité entre les industriels qui paient probablement 30 à 35% d'impôts, de taxes et de charges supplémentaires par rapport aux contrebandiers. Il faut trouver un mécanisme pour baisser ce gap de compétitivité, et c'est ce que nous sommes en train d'étudier avec les pouvoirs publics. 

-Selon vous, la solution passe par le combat contre les low-cost et la contrebande ainsi que la réduction du gap de compétitivité ?

M.T. Comme expliqué, il y a d'abord le PAI qui est un élément structurant avec toutes les mesures inventives qui améliorent la compétitivité hors prix, par l'innovation, par la productivité, par l'investissement dans les nouvelles technologies.

Par exemple, le PAI propose des mécanismes via Maroc PME qui accorde 30% de subventions aux investissements technologiques. Il y aussi des subventions qui peuvent aller jusqu'à 30% pour les solutions de traitement des eaux (stations d'épuration...).

Le PAI apporte donc un ensemble de mesures structurantes, mais sans environnement loyal ça ne marche pas. Le troisième et dernier pilier est celui de la formation. 

Et il faut que ces trois piliers fonctionnent en même temps pour que la machine redémarre. Si on a le PAI sans l'environnement des affaires, et si on ne forme pas les élites et les compétences locales qui vont gérer avec nous cette transition, ça ne marchera pas. Faire un enchaînement, en mettant en place un pilier après l'autre ne permettra pas le décollage de l'industrie locale. 

C'est pour cela que j'insiste en disant qu'il faut que ces trois éléments (PAI, environnement des affaires et formation) soient actionnés en même temps pour que les industriels marocains puissent se remettre sur pied. 

>> Lire aussi : Textile: L’Amith annonce l’ouverture imminente d’un centre de formation 

>> Lire aussi : L'AMITH élabore un plan stratégique de financement du secteur textile

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H. G.
Le 19 septembre 2018 à 16h40

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