Aquaculture: 250 nouveaux projets d'ici 2020
Le Maroc passe à la vitesse supérieure en matière de production aquacole, dont le potentiel à court terme est évalué à 380.000 tonnes par an. Développement de nouveaux projets, renforcement des exportations, harmonisation législative et sanitaire avec l’Union européenne,… Tour d’horizon des principales perspectives de l’aquaculture marocaine.
Les 23 projets aquacoles de la région d’Agadir, tels qu’annoncés par le ministre de tutelle Aziz Akhannouche le 05 octobre dernier (présentation accessible ici), ne sont que la première salve d’un vaste plan de développement de l’aquaculture marocaine – qui s’enrichira au total de 250 nouveaux projets d'ici 2020, couvrant les 3 filières: poissons, algues et coquillages.
La filière piscicole présente la plus forte valeur ajoutée mais nécessite des investissements lourds, ainsi que des charges fixes quotidiennes (alimentation des poissons). Tandis que les algues et coquillages, qui ne demandent pas d’investissements conséquents, poussent sans apport externe – tirant de la mer les nutriments et le CO2 nécessaires à leur croissance.
Situés en priorité au sein des 3 zones aquacoles dont le plan est déjà finalisé (Méditerranée, Imessouane-Sidi Ifni et Dakhla-Oued Eddahab), ces 250 projets seront renforcés par de nouvelles unités amenées à être créées dans les récentes zones aquacoles d’El Jadida-Imessouane et Sidi Ifni-Boujdour. "Ces nouveaux plans aquacoles seront opérationnels d’ici fin 2019. Le gros du travail a déjà été effectué puisque nous avons finalisé les études du milieu marin ainsi que le volet administratif et juridique" précise Majida Maârouf, DG de l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA).

>Exportations et réglementation
Alors que la production actuelle est essentiellement orientée vers le marché local, les ambitions sont clairement tournées vers l’international – le marché mondial de l’aquaculture pèsera en effet 242 MM de dollars en 2022.
Dans un premier temps, le Maroc cible le marché européen, suite aux efforts de l’Onssa et du département de la Pêche maritime en matière de convergence réglementaire. "L’harmonisation a surtout porté sur les classements sanitaires, ce qui aura un impact énorme notamment sur la filière des coquillages. Notre réglementation et nos procédures sont parfaitement alignées avec les standards de l’UE, un producteur marocain pouvant aujourd’hui exporter sur le marché européen sans aucune difficulté", souligne la DG de l’ANDA.
La valorisation des produits aquacoles sera essentielle pour le développement des exportations. Au sein de l’Anda, on nous confirme que les études portant sur la transformation et la valorisation sont bien en cours. "Plusieurs opérateurs privés ont manifesté leur intérêt, étant disposés à effectuer les investissements nécessaires. Cela pourra se concrétiser dès l’atteinte d’une masse critique. A titre d’exemple, un industriel était prêt à adapter ses chaines de production si on lui garantissait un approvisionnement de 30 tonnes de moules par semaine", souligne Majida Maârouf.
>Incitations aux investisseurs
Composés à 80% de nationaux, les investisseurs bénéficient d’une série de mesures incitatives – principalement d’ordre fiscal: exonération de la TVA et des droits d’importation sur les biens d’équipement (pour les investissements > 100 MDH), exonération de l’IS pendant 5 ans pour les exportateurs, Droits de douane de 2,5% sur les aliments aquacoles (sur une durée de 6 ans, dans la limite de 15.000 tonnes par an).
La pisciculture bénéficie également d’une assurance dédiée, développée par la Mamda. Les autres filières (algues et coquillages) auront très prochainement leurs propres assurances, Majida Maârouf nous confirmant l’intérêt de plusieurs compagnies d’assurance pour le développement de ces produits.
On remarquera que, contrairement à certaines filières du Plan Maroc Vert, l’aquaculture ne bénéficie pas de subventions mais uniquement d’exonérations. Une approche qui serait volontaire comme l’explique la DG de l’Anda: "Nous avons procédé à l’analyse des business-plans des 3 filières, tout en simulant l’apport d’éventuelles subventions. L’impact reste très minime, comparé aux mesures fiscales mises en place et qui ont un impact positif direct sur la rentabilité des projets".
>Algoculture
La culture des algues rouges positionne déjà le Maroc en tant que 4è exportateur mondial d’agar-agar, qui est de plus en plus utilisé dans l’industrie alimentaire. Cette filière, bien que toujours en phase d’amorçage, connaît une croissance rapide – la production étant passée de 8 tonnes en 2016 à plus de 180 tonnes en 2018. Avec à terme la mise en place d’unités locales de valorisation, en vue d’exporter directement l’agar-agar sous sa forme finale.
Le volume de production d’algues est amené à évoluer. Les projets annoncés en fin de semaine dernière dans la région d’Agadir font état de 24 nouvelles unités de 15 hectares. La production sera réalisée en offshore, contrairement aux deux autres projets d’envergure planifiés dans le sud (Dakhla) et l’Oriental (Marchika) – et dont la production s’effectuera en milieu protégé.
-Marchica: D’ores et déjà opérationnelle, cette coopérative sera étendue de 3 à 11 ha et vise une production de 3.000 tonnes/an d’algues en 2021-2022. La richesse en nutriments de la lagune de Marchica permet des cycles de production très courts: 50 jours au lieu des 3 mois habituels.
-Dakhla: actuellement en phase test sur de petites parcelles, les premières fermes seront opérationnelles dès 2019 – pour une production cible de 10.000 tonnes/an d’algues en 2021-2022.
>Coquillages
Le développement de cette filière répond à des impératifs économiques, avec aussi une dimension ‘’sociale et solidaire’’, principalement en ce qui concerne les coopératives de marins-pêcheurs. "Contrairement à la pêche saisonnière, l’aquaculture confère aux marins-pêcheurs des revenus stables, durant toute l’année", souligne Majida Maârouf.
Situés dans le Nord et l’Oriental, des projets de production de moules sont actuellement en phase d’expansion, à Marchica, Ras Al Ma (province de Nador) et Cala Iris (El Hoceima).
-La coopérative de Ras El Ma produisait des moules mais ne pouvait pas les commercialiser, en raison d’absence de classement sanitaire du site. Ayant récemment décroché un classement en catégorie A, le projet sera étendu de 3 à 15 ha. L’Anda étant actuellement à la recherche de nouveaux bailleurs de fonds.
-Cala Iris: Comme le site est classé B, l’Agence de développement des provinces du nord finalise actuellement la construction d’une station de traitement et de purification, afin que le site soit classé A et que la commercialisation des moules soit effective. Cette station sera prête fin 2018, et bénéficiera à l’ensemble des projets de production de coquillages situés dans la région.
-Agadir: un processus de présélection est actuellement en cours, visant à intégrer 6 coopératives de marins-pêcheurs d’ici décembre 2018 – toujours pour la production de coquillages.
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