La dernière zone humide du Grand Casablanca est menacée
La dernière zone humide du grand Casablanca se trouve à Dar Bouazza. Le site compte plus de 18 hectares et abrite plus de 180 espèces ornithologiques. Un particulier revendique la propriété de la dernière zone inexploitée du site qui aurait dû faire partie du domaine public hydraulique.
La daya de Dar Bouazza prend la forme d’un plan d’eau d’une longueur d’environ 1 km sur 150 m de large. Elle se situe à 15 km au sud-ouest de Casablanca, à l’entrée de Dar Bouazza, entre l’océan et la route côtière d’Azzemour.

Elle est délimitée au nord par les dunes de sable qui la séparent de l’océan, et au sud par des dunes fossiles consolidées, parallèles à la côte.
La Daya fait partie de la zone humide de Dar Bouazza. Le site comporte 3 zones: une zone nord, une zone sud et une zone centrale.

Il devrait, selon l’article 5-a de la loi 36-15, faire partie du domaine public protégé par l’agence du bassin hydraulique, sous l’égide du ministère de l’Equipement.
La zone sud abrite actuellement l’école belge, un lotissement de villas de luxe et des terrains de sport en cours de construction.
La partie nord compte un poulailler et un champs de maïs.
La zone centrale de 18 hectares est la seule zone non exploitée. C'est également la seule zone en eau de toute la Daya.
Plus de 180 espèces d'oiseaux, dont des oiseaux migrateurs viennent nicher au bord du lac ou passer l’hiver dans les zones humides de la région où il peuvent trouver de la nourriture.

La faune présente sur le site fait l'objet de cours didactiques de chercheurs en biodiversité.
Le Gomac, groupe d’ornithologie du Maroc, qui œuvre pour la protection des oiseaux et des zones humides dans tout le Royaume, est également présent sur les lieux depuis quelques années pour classifier les observations d’oiseaux.
Un retournement de la situation
Janvier 2018, un particulier a revendiqué le terrain de la zone centrale de la Daya de Dar Bouazza et a déposé un dossier de réquisition des 18 hectares.
D'après Dar B’Na, une association locale qui milite pour la préservation de l’environnement et de l’écologie à Dar Bouazza, la Daya en question est en cours d’immatriculation, au profit de ce particulier, à la conservation foncière de Nouaceur.
Selon l’article 5-a de la loi 36-15, la zone devrait appartenir au domaine public et donc à l’Agence du bassin hydraulique Bouregreg et Chaouia, sous l’égide du ministère de l’Agriculture.
La procédure de réquisition de la zone centrale n’a jamais été entamée par l’agence.
En 1989, l’agence du bassin hydraulique Bouregreg-Chaouia a entamé la réquisition de la partie sud. L’affaire fait l’objet d’un procès jusqu’au jour d’aujourd’hui.
Entretemps, l’agence a donné des autorisations d’occupation temporaire du domaine public à des privés (zone sud).
Il en a résulté l’école belge et un lotissement de villas de luxe, tous bâtis dans la zone sud.
L’association Dar B’Na s’est associée au Gomac pour protéger le site.
"Nous tenons à ce que l’agence du bassin hydraulique entame la réquisition, et que la Daya puisse être considérée en tant que domaine public", déclare Safia Ouazzani, représentante de Dar B’Na.
Le Gomac était là pour prévenir l’agence à chaque fois qu’il y a eu une tentative de violation ou d’exploitation non autorisée.
"Il y a eu des camions de Lydec et de la commune de Casablanca qui venaient pomper de l’eau directement du lac. C’est le Gomac qui faisait intervenir l’agence du bassin à chaque fois", explique Mme Ouazzani.
Réunion avec l'agence du bassin hydraulique de Bouregreg et de la Chaouia
Afin d'acter le domaine public hydraulique (DPH), selon un représentant de l'agence du bassin hydraulique de Bouregreg et de la Chaouia, le ministère de l’Equipement doit requérir son immatriculation au domaine public de l’Etat auprès de la conservation foncière, ce qui nécessite une démarche administrative de délimitation du DPH.
Lors d'une réunion avec les associations qui militent pour l'inscription du site au domaine public, le représentant de l'ABHBC a expliqué que le ministère de l’Equipement, en sa qualité de maître d'ouvrage, est responsable administrativement des procédures d’inscription au DP par réquisition d’immatriculation et délimitation du DPH.
L'ABHBC est le maître d’ouvrage délégué. L'agence a donc un rôle technique, de préparation des dossiers.
L’enjeu est d’inscrire la zone de la Daya au DPH pour la préserver des réquisitions de personnes privées qui, selon l'ABHBC, peuvent bien sûr faire opposition.
L'ABHBC affirme que la Daya n'est pas actuellement inscrite au DPH.
La zone sud qui s'étale sur 9 hectares et qui comporte le lotissement de villas et l’école belge, avait fait l'objet d'une réquisition d’immatriculation par le ministère de l’Equipement en 1989. Un particulier s'était opposé à la décision. L'affaire a fait l'objet d'un procès.
La direction régionale de l’Equipement a gagné en 1ere instance, puis le particulier a gagné en appel. Aujourd’hui, l’affaire est en cassation.
Sur cette même zone, l’agence a donné 3 autorisations d’occupation temporaire du DPH d'un an (renouvelable), ce qui est un moyen pour l’agence d’avoir des recettes.
S'agissant de la zone centrale, elle avait fait l’objet d’un bornage partiel en 1927. Un particulier avait fait réquisition sur des parcelles.
Le ministère des Travaux publics a récupéré une partie du terrain relevant du DPH.
En 2016, l’agence a monté un dossier pour procéder à la délimitation administrative et réquisition du DPH de la zone centrale.
La réunion a conclu à une situation ambigüe de la Daya, et que cette dernière n'est pas protégée par le DP jusqu'à présent.
Les risques d’exploitation du lac
Considérée en tant que lieu de loisir et de promenade pour la population locale, la Daya de Dar Bouazza est la dernière zone humide naturelle de toute la région du Grand Casablanca. Elle abrite 180 espèces d’oiseaux, dont certaines rares et menacées.
Le site est également utilisé pour les journées de la terre organisées par l’association Dar B’ N’a chaque année.
Représentant un réservoir d’eau douce pour la région, la Daya contribue également à l'amortissement des crues, au piégeage de carbone et à la réduction des effets des changements climatiques.

Le site représente un support pédagogique pour l’étude des écosystèmes lors d’excursions scolaires au profit de nombreux élèves et étudiants des établissements de la région.
"S’il y a construction sur le site, le lac sera asséché. Une centaine d’espèces d’oiseaux, dont des espèces patrimoniales ne trouveront plus de sources de nourriture", se désole Mme. Ouazzani.
Médias24 n'a pas pu joindre le particulier qui revendique la partie centrale du site. Nous lui donnerons la parole pour exposer ses arguments, s'il souhaite s'exprimer.
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