Tourisme: maigre saison estivale, les recettes en devises se tassent
Depuis le début de l’année et jusqu'à juin, le secteur du tourisme frôlait une croissance à 2 chiffres en termes d'arrivées et de recettes en devises. Mais un retournement de tendance brutal a eu lieu pendant la saison estivale. Sachant que la part de celle-ci est cruciale dans le chiffre d’affaires annuel, 2018 ne connaîtra pas le record historique de hausse des recettes réalisées en 2017.
Baisse de la valeur de l’euro, nouvelle clientèle plus regardante sur ses dépenses, Aid Al Adha qui n’encourage pas les nationaux à voyager, désaffection des MRE pour leur pays d’origine, chacun essaye d’expliquer la baisse des recettes qui a caractérisé le mois d’août, d’ordinaire en forte croissance.
Deux mois avant la fin de l’année touristique qui s’annonçait exceptionnelle en termes de recettes, différentes sources font, en effet, état d’une saison estivale qui n’a pas été à la hauteur des attentes de la profession, habituée depuis le mois de janvier à une croissance à deux chiffres des arrivées et des recettes.
Août et septembre réalisent des recettes en chute
En consultant le bulletin des échanges extérieurs publié chaque mois par l’office des changes, on se rend compte que les recettes en devises d’août et septembre n’ont pas décollé et ont même baissé par rapport à celles des mêmes mois de l’année 2017.
Selon les derniers chiffres préliminaires, le Maroc a encaissé 54,796 MMDH à la fin du mois de septembre contre 55,382 MMDH pour les 9 premiers mois de 2017, soit une baisse de 1,1% (moins 586 millions de dirhams)!
Le mois d’août a permis d’engranger 10,4785 MMDH de recettes mais le cumul janvier-août 2018 est pratiquement identique à celui de 2017 (48,8225 contre 48,214 soit une petite hausse de 615 MDH).
Cela correspond à une maigre croissance de 1,3% alors que le précédent cumul janvier-juillet (38,344 MMDH) avait réalisé une remarquable hausse de 9,4% par rapport aux 7 premiers mois de l’année précédente (35,05 MMDH).
Rappelons que la saison estivale avait très bien commencé au regard des chiffres exceptionnels de juin.
Malgré 13 jours de Ramadan et 17 jours de Coupe du monde, ce mois avait enregistré une croissance de 18% des arrivées (par rapport à juin 2017) et surtout une hausse exceptionnelle de 15,2% des recettes en devises qui s’étaient établies à 31,209 MMDH contre 27,093 MMDH en 2017, soit 4,116 MM de plus que les 6 premiers mois de 2017.
Selon une source ministérielle ayant requis l’anonymat, «le mois d’août n’a pas été fameux avec des arrivées nationales qui n'ont pas connu une forte croissance».
Pour expliquer le ralentissement d’une croissance qui ne s’était pas démentie depuis janvier, il faudra attendre la publication des chiffres officiels d’août qui n’ont toujours pas été dévoilés. Ils permettront de connaître les villes qui ont réalisé les plus mauvaises performances et les marchés émetteurs en repli: national, MRE ou TES (tourisme étranger de séjour).
Les comptables des arrivées ne savent plus à quel saint se vouer
Au final, ce qui interpelle le plus est le manque de logique arithmétique dans l’évolution des recettes.
Ainsi, le mois de juillet a connu une baisse de 2% des arrivées, accompagnée d’une hausse importante des recettes (9%). A contrario, août a réalisé une légère croissance des arrivées et une augmentation tout aussi minime des recettes (+1,3%).
Un tel déphasage met à mal les prévisions pour 2018 qui tablaient sur une recette totale de 76 à 80 milliards de dirhams contre 69,6 MMDH en 2017.
Rappelons en effet que l’année précédente avait enregistré un record historique avec une croissance de 8,4%, soit un taux jamais atteint depuis 2008, date du début de la crise mondiale du tourisme…
Cette dynamique de quasi-stagnation des recettes qui a commencé en août et s’est poursuivie en septembre montre que le rebond promis par plusieurs interlocuteurs n’a finalement pas eu lieu.
La désaffection des MRE à l’origine de la baisse des recettes ?
Selon un interlocuteur de Marrakech, la baisse des recettes s’explique principalement par la désaffection des MRE qui ont littéralement déserté la ville ocre au moins d’août.
«Cet été, le festival des décapotables n’a pas eu lieu. Les jeunes MRE qui ont l’habitude de venir faire la fête chez nous ont soit dépensé l’essentiel de leur budget vacances en Russie pour la Coupe du monde soit préféré aller en Espagne où ils jouissent de plus de liberté. Les nationaux n’ont pas été nombreux à cause de l'Aïd qu’ils ont passé en famille dans leur ville de résidence.
«Il y a quand même eu une reprise en septembre qui est la période des congrès jusqu’à début novembre. Les fêtes de fin d’année seront déterminantes pour rétablir un semblant de croissance des recettes totales de 2018 mais ce qui est sûr, c’est que l'on se dirige vers une quasi-stagnation par rapport à 2017», conclut notre interlocuteur qui espère une croissance de 2 à 3%.
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