GMT+1: le secteur privé dans le flou et l'expectative
Si le secteur public est quasiment fixé sur ses horaires après la décision du maintien de l'heure d'été, le secteur privé, lui, reste dans le flou. Des fédérations sectorielles lancent la réflexion, d'autres ne comptent rien changer, tandis qu'une troisième catégorie pense partager les best practices entre ses membres et laisser chaque entreprise décider pour elle-même. Round up.
La décision-surprise du gouvernement de maintenir l'heure d'été toute l'année à titre expérimental a pris de court tout le monde. L'Exécutif a annoncé dans la foulée l'adoption du décret qui entérine cette décision impopulaire et des mesures d'accompagnement consistant en le réaménagement des horaires scolaires pour le public et le privé.
Le public plus ou moins fixé sur son sort
Le ministre de l'Education nationale, de la Formation professionnelle, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Saaid Amzazi, a annoncé vendredi dernier qu'à partir du mercredi 7 novembre prochain, les horaires scolaires seront de 9h à 13h le matin et de 14h à 18h l'après-midi. Et ce, dans tous les établissements d'enseignement primaire, collégial, secondaire, supérieur et de la formation professionnelle, qu'ils soient publics ou privés.
Ce réaménagement des horaires pose problème aux parents d'élèves qui se voient contraints de trouver des solutions pour déposer leurs enfants à l'école à 9h et respecter leurs horaires de travail. Selon nos sources, l'Education nationale va annoncer dans les prochaines heures, la modification de ces nouveaux horaires, avant même leur entrée en vigueur.
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Le gouvernement a également anticipé pour le secteur public. Médias24 a annoncé en exclusivité que l'Administration va opter pour des horaires flexibles.
Selon le ministre délégué chargé de la Réforme de l'administration et de la fonction publique, Mohamed Benabdelkader, joint par Médias24 ce lundi 29 octobre, l'administration compte adopter des horaires flexibles. Une plage horaire d'arrivée entre 8h30 et 9h30 et de départ entre 16h30 et 17h30.
Autrement dit, si on commence à 08H30, on peut quitter le bureau à 16H30. Si on commence à 09H30, on peut quitter à 17H30. Le fonctionnaire peut également arriver à n'importe quel moment entre 08H30 et 09H30 et quitter dès qu'il aura bouclé ses huit heures. Un décret dans ce sens est attendu dans les prochains jours.
Le secteur privé dans le flou
Si les fonctionnaires sont fixés sur leur sort, qu'en est-il des 3,38 millions de salariés déclarés qui travaillent dans le privé ? Médias24 a sondé plusieurs patrons d'entreprises et présidents de fédérations sur les impacts de ce changement sur leurs entreprises, secteurs et salariés. Les réponses sont différentes d'un secteur à l'autre.
Le premier secteur à devoir adapter ses horaires est le secteur bancaire. Les horaires bancaires, généralement alignés sur ceux de l'administration, devraient normalement être révisés. Contactée, une source autorisée au Groupement Professionnel des Banques Marocaines (GPBM) nous assure qu'aucune décision n'a encore été prise. "La décision d'adopter le GMT+1 a été prise et appliquée durant le week-end, nous venons à peine de lancer la réflexion autour de cette question. La concertation est entamée avec nos membres et partenaires", nous assure notre source.
Par contre, pour le secteur aéronautique, "il n'y aura aucune adoption particulière à faire pour notre cas. Nous travaillons par des shifts donc nous allons maintenir nos horaires inchangés", assure Karim Cheikh, président du Groupement des Industries Marocaines Aéronautiques et Spatiales (GIMAS). Pour ce dernier comme pour d'autres industries exportatrices ou qui collaborent avec l'Europe, le maintien du GMT+1 est une bonne nouvelle car ça leur permet de rester alignés avec leurs partenaires européens.
Aucun changement des horaires non plus du côté de la Fédération Interprofessionnelle du Secteur Avicole (FISA), hormis une flexibilité pour les parents d'élèves. "Nous n'allons effectuer aucun changement d'horaire, mais nous allons bien sûr nous adapter pour les cas des parents. L'essentiel pour nous c'est que les 8 heures par jour soient respectées", confie Youssef Alaoui, président de la FISA.
Karim Tazi, fondateur de la marque de prêt-à-porter Marwa et président de l'AMITH nous explique qu'il vient de "mandater ses équipes RH pour faire une étude". "Nous n'avons pas encore les résultats. Ce que je peux dire c'est que ça va forcément perturber toutes les mamans et nous sommes une marque de mode avec beaucoup d'éléments féminins, et même les papas qui sont en charge de déposer les enfants à l'école... Forcément il y aura un impact, il faut juste qu'on adapte nos horaires. Les récentes décisions prises ne peuvent pas être neutres", assure Karim Tazi.
La solution pour le privé serait-elle la même que celle adoptée par le public, à savoir des heures d'entrée et de sortie flexibles ? "Dans le privé, ce modèle peut être valable pour les postes d'encadrement ou plus globalement pour tous les postes hors production, mais dans les unités de production, les chaines industrielles doivent démarrer en même temps et finir en même temps, c'est une histoire d'équilibrage. Il est donc impossible d'imaginer cette souplesse en tout cas dans le secteur productif. Il faudra trouver d'autres solutions", assure le président de l'Amith. Pour ce dernier, l'association ne pourra pas imposer une décision à ses membres, "on discute entre nous des meilleures pratiques, et chaque entreprise appliquera la solution la mieux adaptée à ses collaborateurs".
C'est ce que nous confirme également cet industriel dans le secteur automobile. "Il est très difficile d'appliquer des horaires flexibles dans la production, nous devons chercher d'autres solutions. Mais pour le moment nous attendons de voir comment certaines administrations comme la douane et le secteur bancaire avec lesquels nous travaillons en étroite collaboration vont adapter leur horaires. S'ils décalent l'heure d'entrée à 9h, nous suivrons", nous explique-t-il. "Mais sincèrement, je ne vois pas l'utilité de toute cette gymnastique car si on décale nos horaires d'une heure (de 8h à 9h), nous serons encore une fois en décalage avec l'Europe !", s'exclame-t-il.
Si nos différents interlocuteurs n'ont pas tous la même position par rapport aux impacts de cette mesure gouvernementale et ses implications connexes, ils s'accordent tous à dire qu'à l'exception de certains secteurs (notamment banques et assurances), chaque entreprise instaurera le système le mieux adapté à son activité et ses collaborateurs.
Quoi qu'il en soit, trois jours après la décision gouvernementale, le secteur privé est dans le flou et cherche encore à savoir comment réagir à cette nouvelle donne. "Si au moins nous étions informés avant et nous laisser le temps de la réflexion, on aurait pu anticiper. Là on doit réagir dans l'urgence", assure un patron d'une entreprise.
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