Blocage de la loi-cadre sur l'enseignement: tractations en cours
Les chefs de groupes à la Chambre des représentants se réuniront cette semaine pour tenter de dépasser les dissensions sur le projet de loi-cadre sur l'enseignement. La langue de l'enseignement des matières scientifiques sera au cœur des débats.
A la Chambre des représentants, le projet de loi-cadre sur l’enseignement est parti pour faire de vieux os. Programmé pour le 12 février, son vote en commission avait été reporté sine die. Venu en écho à la vision stratégique de la réforme de l’éducation, le texte fait l’objet de divergences entre gouvernement, majorité et opposition.
Les députés ont définitivement supprimé l’article imposant « aux familles aisées » des frais d’inscription dans les universités publiques, disposition prévue par le texte initial. Reste un dernier grand point de division: la langue de l’enseignement des matières scientifiques centralise encore les débats, et fait aujourd’hui figure de pierre d’achoppement à l’adoption définitive du projet.
Pourtant, Mustapha Mellal, président de la commission, refuse de parler de « blocage ». Il serait davantage question « de points de vue différents au sujet d’une disposition qui doit faire l’objet d’un consensus », affirme celui qui préside la commission de l’enseignement.
Les différentes positions seront exprimées lors d’une réunion qui se tiendra cette semaine. Les chefs de groupes y seront amenés à débattre et trancher sur la question de la langue, selon la même source.
Tenue ce lundi 25 février, une autre séance a vu « une commission technique, composée de la majorité et de l’opposition, examiner les amendements possibles aux dispositions qui ne font pas l’objet de désaccords », rapporte Rachid El Qabil (PJD).
« Rien ne nous empêche de travailler entre les deux sessions, ce que nous allons faire », affirme M. Mellal. Bref, tout cela ne semble pas très urgent. Cela fait à peine 4 ans que la vision stratégique a été adoptée et que le Roi a demandé une loi-cadre.
Une fois adopté, le texte engagera l’Etat pour plusieurs décennies sur un secteur stratégique. Une loi-cadre dessine les grandes orientations, mais sa portée générale n’annule pas sa force obligatoire.
Le PJD et l’Istiqlal n'avalent pas la pilule
Dans son article 31, le projet reconnaît l’arabe en tant que principale langue de l’enseignement. Toutefois, il instaure le principe de l’alternance linguistique. Ce principe se traduit par l’enseignement de quelques matières, surtout scientifiques et techniques, en une ou plusieurs langues étrangères. L’alternance recouvre aussi des « modules et contenus » au sein de matières enseignées principalement en arabe.
Pour le ministère de l’Education nationale, l’enseignement de matières scientifiques en français se justifie par la nécessité de réduire le gap entre les secteurs privé et public. Et pour cause, au niveau des études supérieures, les statistiques démontrent que les bacheliers du secteur privé ont un meilleur taux de réussite dans les branches scientifiques. A l’inverse, 26% des étudiants en première année de faculté ne passaient même pas l’examen du 1er semestre, essentiellement à cause de la barrière de la langue.
Un argumentaire qui semble laisser de marbre certains partis, aussi bien de la majorité que de l’opposition.
S’il est favorable à l’enseignement de modules et contenus en langue étrangère, « anglaise plutôt que française », le PJD se dit contre l’enseignement des matières scientifiques entièrement en langues autres qu’arabe.
« Nous sommes pour l’ouverture sur les langues étrangères et n’avons aucun problème avec l’alternance des langues, mais dans le cadre de la vision stratégique », affirme Rachid El Qabil, du PJD. Il estime que cette vision cantonne l’alternance linguistique uniquement aux modules et contenus.
Ce que l’on peut confirmer en revenant au texte de la vision stratégique. Ce mécanisme y est présenté comme « un outil pédagogique que l’on choisit, dans un enseignement bilingue ou plurilingue, pour perfectionner l’acquisition d’une ou de plusieurs langues en les utilisant partiellement dans l’enseignement de certaines matières. »
Ce même texte prévoit une instauration graduelle de l'alternance. « L’enseignement de certains contenus ou modules en langue française se fera, à court terme, dans l’enseignement secondaire qualifiant et à moyen terme dans l’enseignement collégial. L’enseignement de certains contenus ou modules en langue anglaise se fera, à moyen terme, dans le secondaire qualifiant.» Pour sa part, le ministère de l'Education va plus loin et table sur l'enseignement, en français, des matières scientifiques à partir du primaire.
L’Istiqlal adopte aussi une position défavorable, mais plus radicale que celle de son homologue islamiste. « Nous sommes pour l’enseignement en arabe de toutes les matières, y compris scientifiques et dans toutes les filières, y compris universitaires », soutient la députée Mounira Rahoui. Ici, « la constitution » est un argument de vente massif, l’arabe étant - avec l’amazigh - « la langue officielle » selon le texte suprême. Pour notre interlocutrice, il y va de la cohérence du système éducatif, le concept même de l’alternance étant « flou et évasif ».
Pourtant, « arabiser l’enseignement supérieur risque d’isoler le Maroc par rapport à la dynamique internationale, car on ne produit pas de savoir scientifique en arabe, mais en anglais, en français… », ne cesse de rappeler le ministre de l’Education, Said Amzazi. Encore une fois, pas de quoi convaincre l’Istiqlal, qui a déjà une idée sur le remède à l’isolement : Traduire « le savoir » en arabe. Vaste programme.
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