Sahara: A Marrakech, le Maroc réussit une belle opération politique
Les conférences de presse de Nasser Bourita sont toujours agréables pour un journaliste. Bien sûr, on reste sur sa faim, car elles sont trop courtes mais le propos est structuré et clair. C’est toujours une grille d’analyse et de lecture qui est livrée. Derrière le diplomate, on sent la précision et la puissance d’argumentation du juriste de haut niveau.
Lorsque le ministre marocain des Affaires étrangères entre dans la salle de presse à Marrakech, à l’issue de la conférence qui a réuni 38 pays africains dont le Maroc, il a les traits tirés. La conférence a été tenue en moins de 15 jours. Il vient de rentrer de Genève. Après cette conférence de Marrakech, il enchaîne deux réunions de commission mixte en 24 heures.
La réunion de Marrakech avait d’abord pour mission d’être la gardienne des décisions de Nouakchott. Nouakchott, c’est le sommet de l’UA, réuni en juillet 2018. Un moment-clé de la stratégie marocaine en Afrique. En effet, le sommet avait réaffirmé le leadership onusien sur la recherche d’une solution au Sahara ; il avait annoncé qu’une troïka africaine au plus haut niveau (président en exercice, président précédent, président suivant) sera la seule instance autorisée à s’exprimer au nom de l’UA sur ce dossier. Et enfin qu’elle est invitée à soutenir les efforts de l’ONU dans le processus de recherche d’une solution conforme aux résolutions du Conseil de sécurité.
Cette conférence à Marrakech réunie dans une certaine hâte peut paraître redondante après le sommet de Nouakchott. Mais elle ne l’est pas. Car Pretoria a réuni dans le cadre du SADC (Communauté de développement d'Afrique australe), ces lundi et mardi 25 mars 2019, une réunion de soutien au polisario.
Le Maroc a réuni une conférence de soutien à la décision du sommet de Nouakchott. Il a mobilisé 37 pays (et donc 38 participants en comptant le Royaume), soit 70% des membres de l’UA, rappelle Bourita. Dont 8 pays membres du SADC !
Pretoria a réuni 20 à 22 pays dont seulement 13 africains.
L’Afrique du Sud s’est inscrite dans l’ancienne logique de l’UA, avant le retour du Maroc dans le cénacle africain. Cette logique voulait que l’UA cherche à se doter d’un rôle, mimant l’ONU, avec son propre envoyé spécial ainsi que des prises de position récurrentes de la part de son Conseil de la paix et de la sécurité.
La conférence de Marrakech a eu le mérite de rappeler la légalité, car elle a réaffirmé tous les décisions prises à Nouakchott. Sur les 38 présents, 29 interventions se sont succédé. Il s’agissait donc d’une participation active.
La parenthèse est donc refermée. Nouakchott reste la référence, juridiquement bien sûr, mais aussi médiatiquement et politiquement.
Cela étant dit, la conférence de presse de Bourita nous a permis de glaner quelques infos au sujet de la table ronde et du processus onusien.
Genève III, la troisième table ronde aura lieu après la traditionnelle réunion du Conseil de sécurité de fin avril, et “probablement en été“. Que représentera-t-elle par rapport aux deux précédentes ? Elle permet d’approcher le cœur du sujet.
La première table ronde, début décembre à Genève, était une entrée en matière, permettant de tester la volonté réelle des trois autres parties (Algérie, polisario, Mauritanie), de s’impliquer activement dans un processus.
La seconde a permis de savoir ce qui peut être négocié et ce qui ne peut pas l'être. L’autodétermination est juridiquement apparue, si on lit correctement la résolution 2440 du Conseil de sécurité, comme un paramètre parmi d’autres. Pour le Maroc, l’autodétermination, c’est l’autonomie qu’il a proposée. Par contre, il est clair que le référendum et l’indépendance ne peuvent pas faire partie de ces paramètres puisqu’ils ne correspondent pas aux termes retenus par le Conseil de sécurité : compromis, solution politique, durable etc..
Le communiqué qui a sanctionné Genève II est clair : il évoque la recherche des points de convergence. Et donc d’écarter ce qui n’est pas réaliste, ni réalisable comme le référendum. Genève III doit donc rapprocher les parties des vrais paramètres de la solution. “Les fausses recettes et les fausses solutions sont donc écartées“, souligne Bourita.
Le processus semble pour le moment avancer d’une manière correcte. Conduira-t-il à une solution définitive et durable ? On l’espère.
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