CDG: changement de cap dans le tourisme
ENTRETIEN ABDELLATIF ZAGHNOUN (II). Ouvrir la route au privé, convaincre les autorités publiques et les collectivités locales, ainsi que les intervenants institutionnels (RAM, ONMT, CRT) de jouer un plus grand rôle sur le lancement et la promotion des projets locaux. La connectivité est essentielle.
Médias24: Le tourisme est l'un des chantiers ouverts par la CDG. Il a d'ailleurs justifié 2,5 MMDH de provisions au titre de 2018...
Abdellatif Zaghnoun: Pour ce qui concerne la restructuration, notre diagnostic a identifié des domaines où il n’y a plus de valeur ajoutée spécifique apportée par le groupe. Nous avons décidé d’en sortir.
Parmi ces domaines, nous avons décidé de ne pas garder les actifs touristiques non stratégiques. C’est le cas des petits hôtels, comme ceux que nous avons récupérés dans le cadre de la restructuration du CIH. Quand le CIH était en difficulté, c’est la CDG qui a mené la mission de restructuration. Je pense que cette mission est aujourd’hui accomplie, le CIH fonctionne aux standards internationaux.
Certains hôtels récupérés dégagent des déficits. Soit on est capable de les gérer soi-même, soit il faut les céder. L’étude que nous avons menée a recommandé de les céder car gérer des hôtels n’est pas notre métier.
Nous avons donc dressé une première liste d'hôtels à céder. En septembre 2018, nous avons lancé un appel à manifestation d’intérêt, nous avons reçu et traité les offres techniques et financières pour 5 hôtels. Sur les 5, nous pensons en céder trois à très court terme.
Pour les actifs touristiques, le processus est donc engagé et nous allons préparer une deuxième liste. Au total, il y aura cession de 12 à 15 hôtels.
Les hôtels stratégiques ne seront pas cédés
Par contre, nous considérons que les autres hôtels doivent encore être développés. Il s'agit par exemple de ceux du Nord, de l’Oriental, d’Al Hoceima, de Saidia, Mdiq, Fnideq, Tétouan, Taghazout. Ces hôtels sont liés à une stratégie. Ce sont des actifs stratégiques. Nous sommes toujours en phase de développement dans ces régions. Lorsque notre mission sera terminée, on peut envisager à terme une cession ou une ouverture partielle du capital de ces hôtels.
Dans l’étape actuelle, les hôtels cédés sont pour la majorité des hôtels classés 3 ou 4 étoiles, la plupart récupérés de l’ex-CIH, situés à Zagora, Beni Mellal, Ouarzazate, Marrakech, Casablanca, Agadir… Les investisseurs privés peuvent mettre les moyens qu’il faut pour les rendre rentables.
Pour ce qui concerne la station Saïdia, nous sommes en train de discuter avec les pouvoirs publics pour reconfigurer le projet. Nous étions dans une logique de développement de capacité, pour atteindre 15 000 lits d’hôtel. Mais de notre côté, nous estimons que ce qui est essentiel, c’est de développer une destination.
Saïdia n'a pas besoin de lits aujourd'hui, mais de connectivité, d'animation, de circuits touristiques, de promotion...
Avec ce que nous allons livrer en 2019, la station disposera de 5 500 lits, c’est une capacité suffisante pour démarrer et se développer. De plus, n’oubliez pas que nous avons développé d’autres composantes : une marina, une médina, un aqua parc, deux golfs.
Ce dont la station a besoin aujourd’hui, ce ne sont pas des lits supplémentaires. C’est la promotion, la commercialisation, l’animation, la connectivité, le développement de l’arrière-pays en créant des circuits touristiques. Et ça, c’est le rôle des pouvoirs publics, des collectivités territoriales dont la région.
Nous souhaitons donc modifier la convention qui nous lie au gouvernement depuis 2011 pour éviter de construire 10 000 lits supplémentaires alors que la priorité, c’est le démarrage de la station et toutes les autres composantes nécessaires. Construire 10 000 lits supplémentaires, c’est mobiliser énormément de ressources qui peuvent être déployées ailleurs conformément aux besoins de développement du Maroc, et cela peut peser durablement sur les prix pratiqués par les hôtels de la station.
L’ONMT, RAM, CRT, les autorités locales, doivent jouer leur rôle. Tous les pays qui ont réussi les nouvelles stations touristiques ont adopté cette approche.
Taghazout avance bien, le privé est déjà présent
Taghazout c’est différent. La station avance bien, parce que le privé est déjà présent. Nous voulons pour chaque station ouvrir la route au privé. On ne peut pas imaginer un intervenant unique pour développer la totalité d’une station de 500 ou 600 ha comme c’est le cas à Saïdia.
-Pour Taghazout II (Aghroud), allez-vous vous impliquer ?
-Notre position sera conforme à nos nouveaux modes d’intervention, ceux de l’expert, du co-financeur, de l’investisseur.
SOMMAIRE DU DOSSIER SPECIAL CDG
LA TRANSFORMATION DE LA CDG EXPLIQUEE PAR ABDELLATIF ZAGHNOUN
LA RESTRUCTURATION EN COURS D'ACHEVEMENT ?
NOUVEAUX SECTEURS, NOUVEAUX MODES D'INTERVENTION
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