Informel et “all inclusive” provoquent une baisse des recettes du tourisme
Depuis l’été dernier, les recettes touristiques mensuelles en devises stagnent ou reculent de mois en mois. Ainsi, la dernière publication de l’Office des changes montre que les deux premiers mois de l’année 2019 ont engrangé 10,274 MMDH contre 10,795 pour la même période de 2018. Selon son directeur Hassan Bouknadel, cette baisse de 4,8% est due au recul des dépenses des touristes étrangers. Lahcen Zelmat, président de la FNHM, confirme cette explication en citant le "virus" du "All Inclusive" mais aussi la concurrence d’AirBnB, du secteur informel et des maisons d’hôtes.
Comment expliquer la hausse des arrivées et des nuitées touristiques qui a démarré en juin 2018 et qui aboutit paradoxalement à une baisse des recettes ?
En effet, en divisant les recettes de 2018 par le nombre de visiteurs (12,288 millions de touristes pour 73,15 MMDH de recettes), on obtient un budget moyen de 5.952 DH contre près de 6.200 DH en 2017, (11,34 M pour 70 MMDH) soit 4% de dépenses en moins par touriste.
Ainsi, selon les derniers indicateurs de l’Office des changes, cette baisse des dépenses par touriste se poursuit sachant que les recettes en devises récoltées lors des deux premiers mois de 2019 ont baissé de 512 MDH soit près de 5%.
Des touristes plus économes ou qui choisissent AirBnB
Contacté par Médias24, le directeur de l’Office des changes explique que les recettes cumulées de janvier et février 2019 ont baissé parce que les touristes dépensent moins que l’année précédente.
A la question de savoir si la baisse des recettes pouvait s’expliquer par la concurrence des logements Airbnb, Hassan Bouknadel préfère ne pas se prononcer mais affirme que le chiffre d’affaires des loueurs qui utilisent cette application n’est ni connu ni comptabilisé par son office.
En d’autres termes, l’activité croissante de location de logement par le biais de l’outil internet échappe totalement à ses comptables ainsi qu’à ceux du ministère du Tourisme et du fisc marocain.
Sachant que selon AirBnB, 17.000 Marocains ont mis en location en 2017 un appartement, une villa ou une chambre et que ses offres ont permis d’héberger 210.000 touristes en 2016, c'est donc au moins 1 milliard de dirhams qui n’a pas été déclaré aux autorités marocaines pour la seule année 2016.
Sollicité à son tour, Lahcen Zelmat qui préside la fédération des hôteliers marocains, avance plusieurs explications à la baisse continue des recettes de voyages comptabilisées par l’Office des changes.
En premier lieu, le président cite la concurrence croissante de l’offre digitale de AirBnB mais la juge moins menaçante que celle des locations informelles, et surtout des maisons d’hôtes "à la mode".
"En tant qu’hôtelier, nous n’avons pas noté de vrai changement de consommation de la part de nos clients étrangers. Par contre, il est évident que les touristes sont de plus en plus nombreux à opter pour AirBnB qui nous fait du mal car cette offre n’est ni répertoriée ni imposée.
Des recettes fantômes en cash ou déposées à l’étranger
"A cette concurrence, s’ajoute celle des milliers d’appartements meublés non déclarés qui se développent à Marrakech, Agadir et Tanger et dont les loyers sont quasi-exclusivement réglés en cash.
"Ils occasionnent non seulement un gros manque à gagner à l’Etat car leur chiffre d’affaires échappe au bilan des recettes de voyages de l’Office des changes et au contrôle du fisc mais posent aussi un problème de sécurité sachant qu’ils ne sont pas répertoriés par le ministère de l’Intérieur.
"Idem pour les maisons d’hôtes dont les recettes sont soit récoltées en liquide soit en devises par le biais de chèques en euros ou de cartes internationales de crédit. Sachant que la majorité des riyads sont tenus par des étrangers, c'est au moins 80% de leur chiffre d’affaires qui se retrouve sur des comptes en Europe", explique Zelmat qui estime donc que des milliards de dirhams échappent au bilan de l’Office des changes.
Selon notre interlocuteur, la deuxième explication à la baisse des recettes provient de ce qu'il appelle le "virus" des formules hôtelières "All Inclusive" qui contaminent de plus en plus les grands centres touristiques.
Des formules "All Inclusive" qui plombent les comptes
"Ce modèle qui a été créé par le Club Med était acceptable à l’époque sachant que ses établissements étaient excentrés à une quinzaine de kilomètres des centres urbains.
"Ces formules regroupant hébergement, petit-déjeuner, repas du midi et du soir (le plus souvent à volonté et avec alcool) proposent également des produits d’artisanat et des animations. A partir de là, les clients n’ont plus besoin de sortir de leur complexe hôtelier où tout est disponible.
"Sachant que ces formules sont de plus en plus présentes à l’intérieur des grandes destinations, elles se sont transformées en véritable virus tueur qui impacte négativement plusieurs activités comme celle des restaurateurs, des bazaristes ou des agences proposant des circuits d’excursion.
"Le All Inclusive est en train de tuer Agadir car ces formules qui jouent sur la quantité non seulement ne sont pas lucratives mais ramènent en plus des touristes de bas de gamme qui ne dépensent presque rien.
"Pour l’instant, Marrakech est encore épargnée mais d’autres stations balnéaires comme celle de Saïdia ont fait ce choix qui n’est pas du tout porteur en termes de recettes de voyages", conclut pessimiste le président qui pense que sans contrôle des autorités et prise de conscience des hôteliers, la concurrence de AirBnB, de l’informel, des maisons d’hôtes et du All Inclusive continuera de faire baisser les recettes en devises des étrangers ou des MRE.
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