Sécurité énergétique du Maroc: l'AIE alerte sur la situation de la Samir
L'Agence internationale de l'énergie emboîte le pas au Conseil de la concurrence. La fermeture de la Samir expose le Maroc au risque énergétique. Une grande capacité de stockage inexploitée. La sécurité de l'approvisionnement en toile de fond.
L’agence internationale de l’énergie est formelle : "La fermeture de Samir, l'unique raffinerie du pays, a des répercussions évidentes sur la sécurité de l'approvisionnement en pétrole". Ce constat a été dévoilé dans son dernier rapport 2019, dont les conclusions ont été présentées le 7 mai à Rabat, en présence du ministre de l’Energie Aziz Rabbah.
La position de L’AIE rejoint celles d’institutions publiques telles que le Conseil de la Concurrence, ou d’observateurs qui recommandent de relancer l’activité du raffineur en liquidation.
Le rôle stratégique de la Samir est mis en avant. Avant sa fermeture, le raffineur assurait environ 64% des besoins du marché national en produits raffinés (47% pour le gasoil, 60% pour le fuel, 70% pour le super et 80% pour le jet). Son arrêt expose de plus en plus le Maroc "aux risques de la chaîne d'approvisionnement mondiale, avec une couverture de stock inférieure au minimum légal pour tous les produits", note l’AIE.
La Samir dispose d’importantes capacités de stockages, aujourd’hui inexploitées (parc de stockage de près de 280 réservoirs, d’une capacité globale de 2 millions de m3 de pétrole brut, de produits intermédiaires et raffinés). La non-utilisation de ces installations "souligne la nécessité d'améliorer la sécurité de l'approvisionnement en produits pétroliers", selon le rapport.
Une capacité de stockage inférieure de moitié au minimum légal
Afin de renforcer les dispositifs de sécurité de l'approvisionnement en pétrole, le gouvernement devra, entre autres, "assurer la disponibilité future de réservoirs de stockage de pétrole à la raffinerie Samir", recommande le rapport.
Le problème de l’approvisionnement se trouve aggravé du fait du "non-respect des distributeurs des produits pétroliers de leurs obligations de stockage en produit pétroliers pendant plusieurs années". La remarque implique notamment les stocks de sécurité, qui ne dépassent pas une trentaine de jours de consommation.
Pour cette année 2019, le ministère de l’Energie prévoit la construction de 7 nouvelles unités de stockage, en plus de 7 autres en cours de réalisation. L’objectif est d’augmenter le stock stratégique de réserve d'hydrocarbures, pour atteindre 45 jours de consommation. Ce qui reste tout de même en-deçà du minimum requis par la réglementation qui est de 60 jours.
Selon le rapport de la commission parlementaire sur les carburants publié en mai 2018, un programme d'investissement a été lancé en 2017 pour renforcer les capacités de stockage, pour un coût de 10 milliards de DH sur 5 ans. La capacité de stockage passera de 1.440.000 T. actuellement à 2,1 millions de T. en 2019 pour un investissement de 3 milliards de DH.
La situation est d’autant plus préoccupante que le Maroc dépend "des importations pour la totalité des combustibles fossiles, ce qui a des répercussions évidentes en termes de sécurité énergétique et d'économie nationales", explique l’AIE. "La révision des politiques de stockages" est aussi une condition pour la gestion des risques résultant de cette dépendance.
Le Maroc importe aujourd'hui la totalité de ses besoins en produits pétroliers. Les répercussions sont visibles au niveau de la facture énergétique. Evaluée à 69,5 milliards de dirhams en 2017, elle a atteint 82,2 MMDH à la fin décembre 2018, soit une hausse de 18,3%.
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