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ECONOMIE

Port de Safi : pourquoi les Marocains n'ont pas remporté le marché du remorquage

Le marché du remorquage dans le nouveau port de Safi a été remporté par une société italienne, Scafi, face à deux Marocains. Ces derniers qui partaient défavorisés par le cahier des charges n'ont pas non plus exprimé un fort engouement pour le marché. Explications. 

Port de Safi : pourquoi les Marocains n'ont pas remporté le marché du remorquage
Hayat Gharbaoui
Le 5 septembre 2019 à 15h33 | Modifié 11 avril 2021 à 2h43

L'Agence Nationale des Ports (ANP) avait lancé en 2016 un appel à concurrence pour l'octroi d'une autorisation d'exercice de l'activité de remorquage des bâtiments (navires) au nouveau port de Safi. 

L'attribution de ce marché devait accompagner la mise en service du port, prévue à l'époque en août 2017. Or, le chantier du nouveau port a rencontré de multiples difficultés ayant eu pour conséquence un retard de trois ans dans sa livraison (la mise en service est prévue en 2020).

Malgré cela, l'ANP a poursuivi les procédures de l'appel à concurrence pour préparer la future entrée en service du port. Car le remorquage est l'une des principales activités dans un port, revêtant même le caractère de service public. Il consiste à aider les bateaux à effectuer les manœuvres d'entrée, de sortie, de déhalage, d'évitage, de mise à quai, de changement de porte ou de mouillage.

Le marché a finalement été attribué à une entreprise italienne, Scafi. Cette dernière a remporté l'appel à concurrence face à deux Marocains. Marsa Maroc d'un côté; et le groupement constitué de Offshore Maroc et la Société Chérifienne de Remorquage et d'Assistance (SCRA), de l'autre.

Où est la préférence nationale ?

Se pose alors, encore une fois, la question de la préférence nationale. Un énième marché échappe aux Marocains et profite aux étrangers. 

Médias24 a sondé des sources proches du dossier pour savoir pourquoi aucun des deux Marocains ayant répondu à l'appel à concurrence n'a remporté le marché. 

"Il y a deux raisons à cela. La première est que le cahier des charges était structuré pour avantager les étrangers", nous explique-t-on, exemple à l'appui. "Le cahier des charges donnait la possibilité aux opérateurs de ramener des remorqueurs d'occasion", ajoute notre source. 

En fait, le cahier des charges mis en place par l'ANP exige de l'opérateur de fournir une flotte de 4 remorqueurs neufs selon un calendrier précis : 

- Mise en service de trois remorqueurs neufs dès l'ouverture du port à l'exploitation.

- Mise en service d'un quatrième remorqueur au plus tard cinq ans après le démarrage de l'activité d'OCP.

Cependant, il ajoute une exception à ces deux conditions. "Etant donné que le cahier des charges ne prévoit que des remorqueurs neufs et si la mise en service de ces remorqueurs ne peut avoir lieu dans les délais prévus par le présent cahier des charges pour des contraintes de construction ou autres, le permissionnaire (attributaire du marché, ndlr) est autorisé à titre exceptionnel à affréter des remorqueurs d'une force de traction minimale de 60 T", peut-on lire sur le cahier des charges. Ce sursis est accordé pendant les deux premières années d'activité. 

"Un opérateur marocain doit investir dès le départ dans le neuf alors qu'un étranger peut se servir de sa flotte pour démarrer avec zéro investissement les premières années", estime une source proche du dossier. Pour ce marché, l'investissement à terme dans les 4 remorqueurs est estimé à 250 MDH.

Manque de visibilité sur le démarrage du port et la rentabilité

Ce point a certes désavantagé les Marocains, mais il n'explique pas à lui seul les résultats relatifs à cet appel à la concurrence. 

"La seconde raison pour laquelle le marché a été attribué à un étranger est que les entreprises marocaines n'ont pas exprimé un fort engouement pour le marché", rapporte notre source. En plus clair, les acteurs marocains ne se sont pas battus pour avoir le marché. 

En cause, le manque de visibilité entourant le futur port. En 2016 déjà, les opérateurs du remorquage manquaient de visibilité pour pouvoir estimer l'activité qui sera générée par le port et ainsi le retour sur leur investissement. 

Le démarrage de l'activité du port de Safi était prévu en 3 phases : à partir de 2017, l'approvisionnement en charbon de la centrale de Safi avec des quantités devant atteindre 3,5 millions de tonnes en 2019. En 2020, il est question d'atteindre une quantité de charbon réceptionnée par le port de 7 millions de tonnes. Puis en 2025, la quantité totale de charbon réceptionnée devra être de 16 millions de tonnes, pour satisfaire les besoins du groupe OCP.

"Avec la centrale seule, l'activité au port n'est pas rentable au regard des investissements à consentir. Elle ne le sera qu'avec l'entrée en service de l'activité d'OCP sur ce port", explique notre source. N'ayant pas de garantie ni de date précise pour le démarrage de l'activité OCP sur ce port, les Marocains sont restés sur la réserve, malgré la contribution financière de l'autorité portuaire à l'équilibre financier de l'activité. 

D'ailleurs, les années leur ont donné raison, car le projet a pris un retard de trois ans; ce qui aura des conséquences sur les phases ultérieures. Alors que la deuxième phase devait démarrer en 2019 pour que l'activité du port atteigne 7 millions de tonnes, le port n'est toujours pas réceptionné. La réception définitive devra se faire, sauf surprise, vers la mi-octobre 2020, à en croire le ministère de l'Equipement.

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Hayat Gharbaoui
Le 5 septembre 2019 à 15h33

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