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Prisons: torpillé par la Cour des comptes, Tamek contre-attaque

Le Délégué à l’Administration pénitentiaire attaque le dernier rapport de la Cour des comptes. S’il est le seul responsable à avoir publiquement critiqué la juridiction financière, en coulisse, beaucoup expriment leur agacement.

Prisons: torpillé par la Cour des comptes, Tamek contre-attaque
A.E.H.
Le 19 septembre 2019 à 14h58 | Modifié 11 avril 2021 à 2h43

Un réquisitoire signé Mohamed Salah Tamek. Le Délégué à l’Administration pénitentiaire n’a pas apprécié le récent rapport de la Cour des comptes. Il l’a fait savoir dans une lettre incendiaire adressée à la juridiction dirigée par Driss Jettou.

Le patron des prisons accorde rarement des déclarations aux médias. Pour répondre à la Cour des comptes, il n’a pas dérogé à la règle. La parade : Après avoir été transmise au destinataire, la lettre datée du 16 septembre a été diffusée sur le site de la DGAPR et elle est accessible au grand public.

Publié début septembre, le rapport 2018 de la Cour des comptes brosse un tableau sombre des prisons marocaines, énumérant de nombreuses lacunes au niveau de la gouvernance, de la sécurité ou des conditions d’incarcération des détenus. Pour finir, le document signale que le Délégué "n’a pas fait de commentaires sur les observations qui lui ont été notifiées".

Les réponses de Tamek non reprises dans le rapport de Jettou ?

Un silence qui vaut acquiescement aux griefs de la juridiction financière ? Négatif. M. Tamek affirme, au contraire, avoir répondu par une note envoyée le 7 septembre 2018. Il ajoute que ses réponses ont été contenues dans le rapport préliminaire de la Cour des comptes, mais n’ont pas été reprises dans la version finale. Son institution se dit d’ailleurs "étonnée" que le rapport ait omis de mentionner ces observations.

"Insuffisances", "lacunes", "limites"… Le délégué n’a pas non plus validé le choix des mots utilisés dans le rapport. Ces termes à "connotation négative" créent "un amalgame" et ont été "exploités par les médias pour flageller et lyncher la délégation générale", déplore M. Tamek.  

Par ailleurs, la DGAPR reproche à la Cour de s’être focalisée "uniquement sur les lacunes", tout en "ignorant les aspects positifs", ce qui a généré des  réactions "alarmistes" et "diffamatoires". D’autant que les observations soulevées par la Cour "sont liées à des contraintes et obstacles objectifs" que la Délégation ne nie guère. De surcroît, ces éléments ne portent que sur des points de "gestion" et n’ont "aucun lien avec des détournements ou dilapidations de dénier public".

Dur reste, M. Tamek détaille ce qui selon lui constituent "des contradictions" de fond dans le rapport de la Cour des comptes.

Des critiques en coulisses

A ce jour, le patron de la DGAPR est le seul responsable à avoir publiquement critiqué la Cour des comptes. Mais en coulisses, ils sont nombreux à exprimer leur mécontentement. La méthodologie, la structure du rapport et le timing de sa publication sont parfois remis en question.

Le rapport 2018 de la Cour des comptes n’a été publié qu’en septembre 2019. Qui plus est, ses conclusions concernent souvent des missions de contrôle effectuées entre 2012 et 2017. Les observations soulevées pour chaque entité contrôlée sont arrêtées à cette période. De plus, il faut généralement parcourir toute la partie dédiée aux observations -formulées sur un ton péremptoire- pour enfin tomber sur les réponses des institutions concernées. Et vérifier si, oui ou non, elles ont remédié aux insuffisances soulevées plus haut.

Critiquée par certains, cette même méthode est adoptée par la Cour des comptes française. Dans ses rapports publics, les "réponses des organismes et collectivités intéressées ainsi que de toute personne explicitement mise en cause accompagnent toujours le texte de la Cour." Là aussi, les réponses surviennent juste après la partie observations. Petite différence : en France, le rapport annuel 2019 a été publié en février 2019. Et celui de 2018 en février 2018…

On ne parle pas de la même machine, ni des mêmes moyens : En 2018, l’effectif global des magistrats et fonctionnaires en exercice aux juridictions financières marocaines a atteint 594, dont 345 magistrats et 249 fonctionnaires. La Cour des comptes française en compte trois fois plus (1.783).

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A.E.H.
Le 19 septembre 2019 à 14h58

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