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Saisie de cocaïne : Les narcos sud-américains continuent d'inonder le Maroc

Près d’une demi-tonne de cocaïne a été saisie mardi 19 novembre par les éléments de la police judiciaire après avoir reçu un tuyau de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST). Si elle refuse de révéler les détails de l’affaire, une source proche de l’enquête pense qu’une bonne partie voire la totalité de la marchandise saisie était destinée à la consommation intérieure. Une hypothèse confirmée par le criminologue Xavier Raufer, pour qui, les narcotrafiquants sud-américains essayent de multiplier les marchés hors-Amérique sachant que la production mondiale de cocaïne a doublé en 3 ans.

Saisie de cocaïne : Les narcos sud-américains continuent d'inonder le Maroc
Samir El Ouardighi
Le 21 novembre 2019 à 16h26 | Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Depuis quelques années, les services de police multiplient les saisies de quantités importantes de cocaïne dans toutes les villes du Royaume. A ce jour, ce sont en effet plus de 5 tonnes de cette drogue qui ne se sont pas retrouvées dans les narines des consommateurs européens mais aussi marocains.

En effet, si le Maroc est devenu une véritable plaque tournante du trafic de cette substance illicite à destination du vieux continent, tout indique que les narcotrafiquants sud-américains se tournent désormais vers le marché national pour y écouler une partie de leur marchandise.

Le fruit d’une longue enquête

Sollicitée par Médias24, une source policière nous a déclaré que la saisie de 476 kilogrammes effectuée dans un appartement de Harhoura (région côtière de Rabat) avait été précédée par une longue enquête qui avait abouti à l’arrestation d’un couple marocain vivant à Casablanca.

"Secret d’enquête oblige, je ne peux rien révéler car il est sûr que ces personnes font partie d’un réseau criminel organisé qu’il reste encore à identifier et à interpeller. La suite des investigations nous dira s’il n’y a pas d’autres planques avec de la marchandise.

"Pour l’instant, ce qui est sûr est que la marchandise a dû partir de la pointe du Brésil et a été déchargée dans l'extrême-sud du pays avant d’être entreposée vers Rabat.

Coke destinée à l’axe Casablanca-Rabat ?

"Le fait de la stocker près de la capitale laisse penser, selon moi, qu’elle était destinée au marché national dans l’axe très porteur de Casablanca-Rabat qui est avec la ville de Marrakech le plus lucratif pour les dealers.

"L’enquête nous dira si c’était bien le cas ou si, a contrario, elle devait être conditionnée pour être exportée vers l’Europe via Tanger ou par Sebta.

"Nous en saurons plus après les interrogatoires et après avoir démantelé les autres membres du réseau dont le donneur d’ordre.

"En effet, pour une telle quantité, les intervenants sont nombreux, en tout cas bien plus que les deux personnes interpellées jusque-là.

"Quelle que soit sa destination, la seule certitude est que cette drogue n’est pas au Maroc depuis longtemps sans quoi elle ne serait pas encore pure à 63%", explique notre interlocuteur qui ne veut pas en dire plus avant que l’enquête ne soit finie.

"Quand 500 kg sont saisis, 2 tonnes passent"

S’il convient de se féliciter de cette nouvelle saisie qui prouve, s’il en était besoin, l’efficience des services de police marocains, le criminologue Xavier Raufer nous déclare qu’en règle générale, même dans les pays les plus efficaces, les saisies ne représentent que 20% du total du trafic.

En d’autres termes, si 500 kg ont été saisies, 2 tonnes (80% de 2,5 T) arrivent à passer à travers les mailles du filet.

"La cocaïne saisie par les services marocains vient d’un des 3 pays producteurs : Soit de la Colombie à l’origine de 70% de la production mondiale, soit du Pérou ou de la Bolivie qui se partagent les 30% restants.

Europe et Afrique bien plus rentables que le marché américain

"Malgré les grandes promesses de nos amis américains qui avaient promis d’éradiquer les champs de coca et in fine le trafic international de cette drogue, la production a, entre 2016 et 2018, doublé en passant de 1.000 tonnes à 2.000 tonnes de cocaïne.

"Ces chiffres proviennent des satellites américains qui surveillent les champs de coca et arrivent après maints calculs compliqués à estimer la production finale de cette drogue, après un passage en laboratoire de la matière première.

"A partir de là, les narcos doivent donc écouler ces quantités énormes en trouvant des marchés capables d'absorber ces surplus de marchandise.

"Sachant que le marché des consommateurs américains est saturé et que la nouvelle drogue à la mode Cristal Meth (méthamphétamines) est en train de voler la vedette à la coke, les trafiquants se concentrent sur l’Europe tout en cherchant d’autres nouveaux marchés dont l’Afrique et le Maghreb.

"En effet, avec une production en hausse, le prix moyen du kilogramme (au semi-gros, c’est-à-dire pour l’achat de 20 à 30 kg) est de 30.000 euros sur le vieux continent contre à peine 12.000 à Miami.

"En fait, ce n’est pas la marchandise qui coûte cher mais plutôt le voyage, les intermédiaires et la corruption. Ainsi dans la jungle colombienne, le kilo de coke quasi-pure se vend 2.000 dollars contre 10.000 à Bogota et bien plus en fonction de la distance.

"Jusqu’à nouvel ordre, la meilleure voie d’accès à l’Europe reste le Maghreb dont le Maroc car la distance entre la pointe du Brésil et son Sahara est la plus proche pour atteindre le vieux continent.

"Certains narcos envoient des avions bimoteur qui balancent la marchandise sur les côtes marocaines, récupérée par des bateaux de pêche ou de plaisance tandis que d'autres font tout le trajet Amérique du Sud-Afrique ou Maghreb par voie maritime.

Le Maroc jugé plus fiable que l’Algérie

"Ceci dit, le Maroc n’est pas le seul pays ciblé car l’Algérie a aussi connu récemment une saisie record de 800 kilogrammes mais au regard de la situation de délitement institutionnel, il y a certainement beaucoup plus de grosses quantités qui y passent sans que les autorités ne le sachent.

"De plus, sachant que le Maroc est réputé fiable et est en ordre de bataille dans la lutte contre le trafic international de stupéfiants, les services étrangers lui font plus confiance qu’à leurs homologues algériens.

"C’est la raison pour laquelle le Maroc a un accès plus facile aux tuyaux de la DEA américaine (Drug Enforcement Agency) et de l’OCTRIS (Office central de répression du trafic international de stupéfiants) et que ses services multiplient des prises aussi importantes.

"Il est d’ailleurs significatif que dans la grande majorité des cas, ce n’est pas la brigade des stupéfiants qui est à l’origine des saisies mais plutôt la DST qui est systématiquement citée dans les communiqués de la DGSN.

"Ce service de contre-espionnage intérieur dispose en effet des critères de qualité et de confidentialité qui lui permettent de traiter avec les plus grands services étrangers qui lui communiquent leurs informations comme ils le font déjà pour le terrorisme.

750 millions de dirhams de moins dans la poche des dealers de rue

"Le taux de pureté des 470 kilogrammes saisis qui s’établit, selon le communiqué de la DGSN, entre 61 et 64 % est dans la moyenne des récentes saisies marocaines qui est en général de 70%.

"Ce taux aurait permis aux trafiquants de rue de la couper trois fois ce qui au final aurait donné une quantité d’environ une tonne et demie.

"Sachant que le gramme coûte dans la rue marocaine entre 40 et 50 euros, contre 70 en France, ce sont donc près de 750 millions de dirhams qui n’iront pas dans la poche des vendeurs au détail.

"Au final, la multiplication des saisies par les services marocains montrent bien que le Maroc est devenu un des grands partenaires mondiaux de la lutte contre le trafic international de stupéfiants.

"Il est évident qu’après avoir testé le renseignement marocain, les Français, Américains, Espagnols et Italiens qui sont les principaux acteurs du combat contre les drogues dures ont conclu qu’il était étanche et digne de confiance.", conclut le criminologue.

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Samir El Ouardighi
Le 21 novembre 2019 à 16h26

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