Croissance économique : Euler Hermes très pessimiste pour le Maroc en 2020
Le numéro 1 de l’assurance-crédit au Maroc s’attend à une croissance de 2% contre des prévisions de 3,4% pour le HCP et de 3,8% pour Bank Al-Maghrib. Il prévoit une stagnation de la VA agricole et un recul de la croissance non agricole.
Pour l’année 2019, Euler Hermes prévoit 2,4% (2,7% pour le HCP et BAM). L’assureur-crédit estime qu’on se dirige vers une surprise à la baisse.

(Evolution prévisionnelle de la croissance économique, source Euler Hermes)
Le commerce extérieur constitue toujours le maillon le plus faible de l’économie, avec une contribution négative à la croissance en 2019 et 2020.
« La croissance des exportations agricoles devrait se limiter à 8 milliards de DH en 2019, près de 4 fois moins qu’en 2018. Mais les phosphates et l’automobile ont constitué les deux principales déceptions en matière d’exportations. Le Maroc a perdu le momentum de la croissance européenne », peut-on lire sur la présentation faite devant la presse, mercredi 27 novembre.
Pour l'année 2020, les analystes d’Euler Hermes s’attendent à un additionnel d’exportations de 10 milliards de DH, dont 2 milliards avec l’Espagne et 1 milliard avec l’Inde.
Ce sont les secteurs de la chimie (phosphates), agroalimentaire et automobile qui généreront le gros de cet additionnel.
Accès au financement et délais de paiement, des problématiques persistantes
Conséquence de ralentissement économique, le taux de chômage devrait repartir à la hausse en 2020. Les analystes rappellent la faible rentabilité des investissements au Maroc malgré leur niveau élevé en proportion du PIB.

(Evolution prévisionnelle du taux de chômage, source Euler Hermes)

(Comparatif de la rentabilité des investissements en termes de croissance, source Euler Hermes)
L’assureur-crédit affirme que malgré les réformes entreprises pour améliorer le climat des affaires, des problématiques majeures persistent, comme l’accès au financement. Dans le continent africain, le Maroc est classé loin derrière le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud, dans le dernier classement Doing Business. Il est même devancé par la Tunisie.
Autre problématique majeure, les délais de paiement toujours longs et qui causent l’essentiel des défaillances d’entreprises, notamment les TPME.
Euler Hermes s’attend à une aggravation de 7% en 2019 et de 5% en 2020 du nombre des défaillances d’entreprises qui devrait frôler les 9.000. Le secteur du commerce est considéré comme le plus sinistré.

(Evolution prévisionnelle des défaillances d'entreprises, source Euler Hermes)
Lahlimi : il faut financer la demande intérieure par la demande extérieure
Même si le HCP est moins pessimiste qu’Euler Hermes, il alerte depuis longtemps sur la dégradation des mêmes facteurs exposés ci-dessus.
En janvier dernier, Ahmed Lahlimi avait déclaré que le ralentissement de la croissance actuel s’inscrit dans la continuité des réalisations de ces dernières années.
Il a rappelé que dès 2012, son institution a alerté sur l’essoufflement du modèle national de développement, basé essentiellement sur la demande intérieure.
Il avait précise toutefois que, contrairement aux idées répandues, ce n’est pas le rôle moteur de la demande intérieure dans le modèle de développement qui pose problème, c’est plutôt l’insoutenabilité de son financement. « Tous les modèles au niveau mondial sont tirés par la demande intérieure, les nuances n’interviennent que par la part que la demande extérieure apporte à leur financement et à la soutenabilité de leurs échanges extérieurs ».
Le HCP préconise donc un rééquilibrage entre demande intérieure et extérieure tout en soutenant les revenus des ménages.
Pour financer ce chantier, Ahmed Lahlimi appelle au renforcement de l’épargne nationale comme alternative à l’endettement public, déjà situé à un niveau élevé.
Lire et voir l’intégralité de l’intervention d’Ahmed Lahlimi ici.
Jouahri : les politiques doivent jouer leur rôle
Pour sa part, Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, en répondant à Médias24, à l’occasion de son point de presse trimestriel de mars dernier, avait pointé du doigt la responsabilité des politiques dans le ralentissement actuel.
« Sur la base de mon expérience, je peux vous dire que c’est le politique qui commande tout. Je mets le politique en tête des facteurs déterminants. Ce qui impacte la situation, c’est d’abord le politique.
« Un opérateur économique a besoin de visibilité, de confiance, de savoir où on va.
« Quand un opérateur voit tous les jours les politiques se crêper le chignon, comment voulez-vous qu’il prenne des risques ? C’est ça la principale donnée.
« Je ne minimise pas le rôle de l’économie et des finances. Mais le fait de savoir quelles sont les priorités et où on va est important ».
Lire et voir l’intégralité de l’intervention de Abdellatif Jouahri ici.
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