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Extension du domaine maritime : L'Espagne hausse le ton contre le Maroc

Après avoir démarré aux îles Canaries, "l’indignation" espagnole rassemble désormais toute la sphère politique ibérique qui dénonce des "prétentions dangereuses". La diplomatie marocaine reste silencieuse, et la couverture médiatique espagnole très orientée pourrait aboutir à une crise diplomatique entre les deux voisins.

Extension du domaine maritime : L'Espagne hausse le ton contre le Maroc
Samir El Ouardighi
Le 20 décembre 2019 à 16h47 | Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Unanime, la presse espagnole présente la récente adoption du projet de loi 37-17 qui viendra modifier le dahir fixant la limite des eaux territoriales (loi datant de 1973) et du projet de loi 38-17 qui agira sur la loi "instituant une zone économique exclusive de 200 milles marins au large des côtes marocaines" (datant de 1981) comme une véritable déclaration de guerre contre le domaine maritime de l’Espagne.

Des prétentions légitimes pour surpasser un corpus juridique dépassé

Une actualisation qui, selon le ministre des Affaires étrangères Bourita, s’imposait sachant que ces deux lois régissant le découpage maritime du Maroc « s’arrêtaient à Tarfaya », avant la Marche Verte.

Le changement qu’impliquera la récente adoption par le Maroc d’un corpus juridique relatif à la délimitation de son domaine maritime souhaité n’a visiblement pas plu à son voisin espagnol.

Premiers à s’émouvoir des conséquences stratégiques et économiques sur les Canaries, très proche des côtes marocaines, les partis politiques des îles ont été suivis par le gouvernement de Madrid qui a fait part, jeudi 19 décembre, de son intention d’ouvrir des négociations avec Rabat.

Des politiciens espagnols déchaînés

A la lecture des déclarations, agressives voire insultantes pour le Maroc, des hommes politiques espagnols à leur presse, on se croirait pourtant à la veille d’une entrée en guerre des deux pays.

Ainsi, en évoquant la « décision unilatérale dangereuse de Rabat de délimiter ses eaux territoriales », le journal La Razon s’attend à l’éclatement d’un « conflit diplomatique » après « l’occupation du territoire de l’archipel » qui affectera « de facto la souveraineté de l’Espagne ».

Donnant la parole au parti « Nueva Canaria », son leader fait part d’une « inquiétude extraordinaire » sur les intentions du Maroc de « s’approprier le domaine maritime canarien » pour des « raisons économiques liées aux importantes réserves minérales des fonds marins »

Selon lui, l’Espagne doit absolument dénoncer à l’ONU, les textes adoptés à la commission des AE qui visent à « amputer au profit du Maroc une large zone du territoire canarien pour en faire sa ZEE ».

Il demande à l’exécutif espagnol de pousser le gouvernement marocain à retirer ses propositions unilatérales ou a minima d’ouvrir des négociations où seront aussi associés le Portugal et la Mauritanie.

Dans une autre déclaration, un député du parti Yes We Canarie accuse le Maroc de profiter des faiblesses actuelles du gouvernement espagnol en faisant un parallèle avec la Marche Verte déclenchée pendant l’agonie du général Franco.

Si ces déclarations agressives vis-à-vis du Maroc ont été faites dès le lendemain de l’adoption des textes marocains, le parti au pouvoir (PSOE) a fini par sortir de son silence jeudi 19 décembre. Après l'emballement médiatique, il y a un risque de début d'emballement politique.

Dans un communiqué largement diffusé aux médias, son député de Ténérife s’est voulu moins agressif en privilégiant le dialogue tout en dénonçant le fait que le gouvernement marocain ne l’ait pas informé

Sur le même ton agressif, le journal Diario De Avisos qui n’a pas hésité à accuser le Maroc d’un « acte d’agression unilatéral » qui s’apprêtait selon lui à « envahir les eaux des îles Canaries » en profitant de « la passivité de son voisin » pour « élargir illégalement ses frontières maritimes ».

D’énormes réserves de minerais à la clé ?

Encore plus direct, ABC, affirme que le Royaume a rompu le pacte diplomatique non écrit sur la frontière médiane pour tester son voisin.

La raison serait qu’il veut étendre sa frontière à 350 milles pour revendiquer les ressources naturelles de la montagne sous-marine appelée Tropic décrite comme une île aux trésors de l’océan Atlantique. Celle-ci regorgerait d’énormes réserves de minerais comme le cobalt et le tellurium.

Un potentiel exploitable en cobalt qui pourrait équiper 270 millions de voitures électriques (54 fois la flotte mondiale) et 2.670 tonnes de tellurium soit 10% des réserves mondiales de ce minerai indispensable pour fabriquer les panneaux solaires électriques.

Un président menaçant

Extrêmement vindicatif voire va-t-en-guerre, le président des îles Canaries, Angel Victor Torres, a quant à lui affirmé dans le journal Canarias7, que « le Maroc n’avait pas intérêt à toucher à un seul millimètre des eaux territoriales de son archipel » en laissant en suspens son propos.

Un processus à long-terme

Devant tant de tensions, il faut rappeler que si le ministre marocain des AE espère une adoption rapide en plénière avant de présenter devant l’ONU, le dossier de délimitation de sa zone économique exclusive, il a beaucoup insisté sur la nécessité de négocier avec l’Espagne, la Mauritanie et le Portugal.

En d’autres termes, cela prendra encore beaucoup de temps pour arriver à un accord avec les pays disposant de mers adjacentes ou frontales avec le Maroc qui ne seront pas mis devant le fait accompli.

Précisons que toutes nos tentatives de contacter par téléphone ou message le ministre des Affaires étrangères pour recueillir son point de vue sur les inquiétudes espagnoles sont restées lettre morte …

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Tags : Maroc-Espagne
Samir El Ouardighi
Le 20 décembre 2019 à 16h47

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