Elections au PAM : Vers un duel Biadillah-Ouahbi ?
A l’issue d’une crise interne qui a duré près de 9 mois, la commission préparatoire du congrès annoncera, samedi 4 janvier 2020, la date du 4ème congrès qui devra renouveler toutes les instances dirigeantes du PAM. Selon nos informations, le secrétaire général sortant, Hakim Benchamach, ne se représentera pas et soutiendra Mohamed Cheikh Biadillah qui a déjà annoncé sa candidature aux médias. A moins que Fatima Zahra Mansouri, qui préside le Conseil national ne se présente également, l’ancien SG aura pour adversaire le membre du bureau politique Abdellatif Ouahbi.
Une semaine après la réconciliation actée par une réunion du bureau politique en présence de Hakim Benchamach et de Fatima Zahra-Mansouri, numéros 1 et 2 du parti jusqu’alors opposés dans une guerre fratricide, Mohamed Cheikh Biadillah a été pour l’instant le seul candidat à s’être déclaré officiellement candidat au poste de secrétaire général qu’il avait déjà occupé entre 2009 et 2012.
Biadillah, le candidat de Benchamach ?
Selon une source fiable proche de Benchamach, requérant l'anonymat, cette candidature a été adoubée par le secrétaire général sortant qui n’aurait pas l’intention de se représenter à la tête de son parti lors du prochain congrès prévu en février.
En effet, "après l’échec, tout récent en appel, de sa plainte contre Samir Goudar, qui préside la commission préparatoire du congrès, Ssi Hakim a enfin compris le message. Il a donc préféré jeter l’éponge et assurer ses arrières en soutenant un successeur plus proche de sa ligne politique".
Sollicité par Médias24 pour confirmer, ou pas, s’il ne rempilait pas au profit d’un dauphin, l’intéressé s’est avéré injoignable tandis que le candidat Biadillah a promis de nous rappeler "très rapidement" pour répondre à toutes nos interrogations y compris savoir si sa candidature était le fruit d’un deal entre les deux hommes.
Du côté du "courant de l’avenir" mené par les détracteurs de Benchamach, personne parmi ses membres ne s’est encore déclaré officiellement candidat au leadership mais cela n’a pas empêché Mehdi Bensaïd et Abdellatif Ouahbi de réagir, chacun différemment, à l’annonce de candidature de Biadillah.
Ouahbi attend le feu vert de la numéro 2 du parti
Ainsi, le député Ouahbi nous a affirmé être prêt à se présenter à l’élection du secrétariat général sous réserve d’être poussé et soutenu par une large frange des instances dirigeantes de son parti.
"Pour l’instant, j’attends de voir comment les choses vont évoluer mais il est évident que si les conditions me semblent remplies, je n’exclus absolument pas de briguer la direction du parti.
"Pour cela, il me faut le soutien officiel de la base et des instances de mon parti. J’attends d’abord que la présidente du Conseil national, Fatima Zahra-Mansouri, rentre d'un déplacement à l’étranger pour organiser avec plusieurs dirigeants une réunion déterminante pour décider des suites à donner.
"Ce n’est donc qu’à l’issue de nos discussions que je prendrai ma décision de postuler ou pas car il est hors de question de me lancer dans cette aventure sans obtenir des garanties solides d’être élu", nous a expliqué Ouahbi plusieurs fois pressenti pour succéder à Ilyas Elomari et à Hakim Benchamach.
L’attentisme de Ouahbi qui veut d'abord obtenir le feu vert de Fatima Zahra Mansouri pour briguer le poste de SG s’explique par le fait que plusieurs militants et dirigeants du courant de l’avenir espèrent toujours convaincre la numéro 2 du PAM de revenir sur sa décision de ne pas se présenter à la tête du parti.
C’est le cas de Mehdi Bensaïd, ancien président de la commission parlementaire des affaires étrangères, qui n’exclut pas de faire revenir à de meilleurs sentiments "cette candidate de rupture".
"L’élection de Biadillah, synonyme de défaite en 2021"
"Nonobstant le grand respect que j’ai pour Ssi Biadillah, sa candidature m’a beaucoup étonné", confie Mehdi Bensaid.
"En premier lieu, il n’était censé se déclarer qu’après l’annonce officielle de la date du congrès et de plus, il n’y aura pas grand monde qui le soutiendra car c’est une démarche où on fait du neuf avec du vieux.
"Faut-il rappeler que la crise interne du PAM a démarré à cause de l’absence de renouvellement des générations de dirigeants?
"Dans le cas très peu probable où il serait élu, il est évident que le parti ne partira pas gagnant en 2021 et qu’il connaîtra encore une fois, une nouvelle traversée du désert.
"Mansouri ou Ouahbi, seuls candidats de rupture" (Mehdi Bensaid)
"Pour une large partie de notre base, les seuls à même d’incarner un vrai changement sont Fatima Zahra Mansouri et Abdellatif Ouahbi.
"Hormis leur charisme, ces personnes savent et surtout veulent travailler en équipe pour rompre avec les pratiques du passé qui consistaient à concentrer le pouvoir entre les mains d’une seule personne.
"Ce changement d’approche permettra de passer de la politique du Zaïm qui nous a fait beaucoup de mal à la mise en place d’une équipe représentative pour décentraliser et déconcentrer le pouvoir.
"Nous espérons toujours que la présidente du Conseil national change d’avis et se présente car il y a une vraie unanimité autour d’elle", affirme l’ancien député qui ajoute qu’une femme élue à la tête d’un grand parti politique serait une vraie révolution au Maroc et ouvrira la voie à la gente féminine.
"Il n’est pas trop tard pour gagner en 2021"
A la question de savoir si le PAM aurait le temps, d’ici 2021, de reconstruire son image en piteux état devant l’opinion publique, Bensaïd pense qu’avec Mansouri ou Ouahbi, le parti pourra rebondir.
"Pour jouer les premières places au prochain scrutin législatif, il faudra respecter l’intelligence des Marocains en délivrant un discours de vérité qui reconnaisse nos erreurs passées puis qui propose des solutions concrètes à leurs problèmes de tous les jours.
"C’est là où le changement générationnel est important car du fait de son passé aux affaires, Biadillah qui a été SG et ministre ne sera pas convaincant auprès de l’électorat", conclut Bensaïd qui n’exclut pas d’autres candidats outsider comme celle de Salaheddine Aboulghali.
Quel que soit le successeur de Benchamach, sa tâche s’annonce très difficile car malgré l’optimisme affiché par nos interlocuteurs, il semble pour tous les observateurs politiques, très peu probable que le PAM réitère sa performance de 2016 en obtenant plus de 100 sièges en 2021.
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