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Nouvel an Amazigh : à quand un jour férié ?

A l’occasion de la célébration du nouvel an amazigh, de plus en plus de voix s’élèvent pour que cette journée soit fériée, à l’instar de celles de l’Hégire ou de la Saint Sylvestre, dans le calendrier civil marocain. Malgré une pression croissante de la société civile et de certains partis politiques, la militante Meryem Demnati n’est pas vraiment optimiste quant à l'aboutissement de cette revendication.

Nouvel an Amazigh : à quand un jour férié ?
Samir El Ouardighi
Le 13 janvier 2020 à 16h22 | Modifié 3 mai 2023 à 19h25

"Encore une occasion ratée", nous déclare Meryem Demnati déçue en parlant de ce lundi 13 janvier qui aurait pu être déclaré férié au Maroc,.

"Cela fait des années que nous mettons sur la table cette revendication mais il n’y a toujours pas de déblocage. Les choses tournent en rond avec des promesses non tenues alors que le Maroc aurait pu se distinguer comme l’Algérie qui a réglé cette question en 2018", regrette l’activiste amazigh.

Célébrations avec feux d'artifice en présence du wali et des gouverneurs, à Agadir et Tiznit

A la question de savoir si la pression médiatique, bien plus forte que les années précédentes, n’augurait pas un déblocage imminent, Demnati rappelle y avoir cru autant en 2017 et 2018.

"La fériérisation du nouvel an Yennayer est une question qui se pose depuis un moment déjà car cela fait quelques années qu’on en parle beaucoup plus que dans le passé. Ainsi, nous avons fêté ce jour en grandes pompes à Agadir et à Tiznit avec des feux d’artifice.

"Malgré des célébrations quasi-officielles en présence des wali, gouverneur et maire, rien n’a abouti", affirme notre interlocutrice qui rajoute que « pour l’instant, on attend toujours ».

Selon Demnati, la seule autorité à même d’imposer la fériérisation du 13 janvier est le Souverain.

Des partis politiques qui se disent impuissants

"En privé, les partis politiques nous disent tous que si ça ne tenait qu’à eux, ils prendraient cette décision dès demain mais vu son importance, elle ne pourra être tranchée qu’au sommet de l’Etat.

"En fait, je pense que le statu quo s’explique par la forte opposition de certains groupes qui refusent d’accepter ou de digérer la banalisation de l’amazigh dans la vie quotidienne des Marocains.

"Depuis l’indépendance du pays en 1956, nous sommes malheureusement toujours dans une position de déni. Au prix d’âpres combats, nous n’avons réussi à arracher, très difficilement, que quelques acquis pour reconnaître quelques pans de cette culture qui est pourtant millénaire."

"Un retard dû à l'opposition du lobby arabo-islamiste"

"A la manœuvre, un lobby conservateur arabo-islamiste qui ne veut pas entendre parler du moindre changement et qui préfère se limiter à reconnaître ce qui est arabe et musulman mais sans plus.

"C’est du racisme anti-amazigh avec des gens qui n’arrivent pas comprendre que l’ère du panarabisme où on voulait homogénéiser de force par l’arabisation les populations, est finie.

"Une drôle d’opposition alors qu’aujourd’hui nous sommes passés à une époque des droits humains, culturels et linguistiques où chacun peut se prévaloir de ses propres racines.

"Pour cela, il faudrait donc commencer par admettre que le Maroc et l’Afrique du Nord ont aussi une histoire amazigh qu’il importe de respecter", réclame cette porte-parole de la cause amazigh.

Appelée à réagir sur la violente opposition du salafiste Hassan Kettani qui a qualifié le nouvel an amazigh de rite païen à proscrire, Demnati affirme que tous les opposants à Yennayer sont des extrémistes.

"La plupart d’entre eux ne reconnaissent que la culture arabo-musulmane. Il n’y a qu'à voir comment ils excommunient tous ceux qui osent fêter Noël ou le nouvel an.

"Je suis d’une génération qui célébrait ces fêtes sans complexes. De mon temps, il y avait des pères Noël dans la rue qui faisaient le bonheur des enfants et cela ne posait aucun problème.

"Aujourd’hui, ils rejettent tous les symboles des autres cultures et veulent imposer uniquement ce qui correspond à leur vision de leur Islam.

"C’est le cas de l’Islam pratiqué par les amazigh comme la fête de Achoura qu’ils vouent aux gémonies car les enfants filles et garçons se déguisent et dansent. Pour eux, c’est malsain.

"Ils qualifient nos rites de païens. Dans leur bouche, ce terme est une insulte alors que le Maroc a connu plusieurs périodes païennes, chrétiennes, juives avant l’Islam arrivé en dernier.

"Sachant que le nouvel an amazigh date de 2970, ils veulent occulter ce pan millénaire de notre histoire", accuse Demnati qui précise que la date du 13 janvier s’appuie sur le calendrier agraire et correspond au jour le plus froid de l’année.

De plus, comme ce jour coïncide avec le nouvel an chrétien orthodoxe, les opposants à ceux qui veulent le rendre férié en profitent pour dénoncer une volonté de manipulation chrétienne.

Un Chef du gouvernement amazigh mais impuissant

Bien qu’opposée au PJD, elle tient à préciser que l’actuel Chef du gouvernement a toujours eu des positions plus "progressistes" que son prédécesseur à la tête de la primature et du parti.

"Il a toujours été de notre côté, il était pour l’officialisation de la langue amazigh alors que son parti était résolument contre.

"Contrairement à ses collègues, il a toujours été pro-amazigh mais encore une fois, pour fériériser le nouvel an amazigh, il n’est pas décisionnaire.

"Au mieux, il pourra soutenir notre revendication mais sans aller plus loin", rappelle Demnati qui ajoute que les médias se sont emballés inutilement sachant qu’il ne peut pas imposer une décision qui n’est pas de son ressort.

"Aujourd’hui, nous sommes le 13 janvier qui correspond au premier de l’an 2970 et il n’y a eu aucune annonce pour fériériser ce jour. C’est une mauvaise surprise car je ne sais pas ce que l’on attend pour le faire", affirme Demnati qui pense que le Maroc a raté une occasion de se distinguer.

"Pourquoi ne pas l’avoir fait alors que l’Algérie a réglé cette lacune ? Continuer à faire la sourde oreille est vraiment dommage car la communauté amazigh le prend mal.

"Quoi qu’il en soit, nous ne lâcherons pas l’affaire et la lutte va continuer. Fériériser le nouvel an amazigh tient plus de la symbolique car il y a des combats beaucoup plus importants comme renforcer la place de l’amazigh à l’école.

"En effet, tant qu’elle n’est pas enseignée à l’école comme une langue maternelle et nationale, elle est en danger de mort", se désole la militante qui espère qu’il ne faudra pas encore attendre plusieurs années avant que le 13 février devienne un jour chômé au Maroc..

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Samir El Ouardighi
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