Coronavirus. Les économistes istiqlaliens appellent à des mesures fortes
L'Alliance des économistes istiqlaliens propose au gouvernement d'adopter des mesures fortes pour restaurer la confiance et aider les ménages et les entreprises les plus fragiles à surmonter la crise du Coronavirus. Elle liste même les moyens de les financer. Détails.
Jusqu'à la matinée de ce jeudi 19 mars, seules deux petites mesures de soutien étaient annoncées par le Comité de veille économique : moratoire sur les cotisation sociales et moratoire sur les crédits bancaires. Les modalités de leur mise en oeuvre n'étaient pas encore dévoilées.
En même temps, le Fonds spécial de gestion des effets du Coronavirus, créé sur instruction du Roi, a suscité un mouvement de solidarité sans précédent : Etablissements publics, entreprises privées, particuliers ont déjà annoncé des dons colossaux qui ont fait monter les ressources du Fonds à près de 25 milliards de DH ce jeudi matin.
Tous les regards sont donc braqués sur la réunion du comité de veille économique qui aura lieu aujourd'hui dans l'après-midi. Prendra-t-il des mesures plus fortes ?
L'Alliances des économistes istiqlaliens a pris les devants en publiant mercredi 18 mars un communiqué avec des propositions de mesures. Objectif, rétablir la confiance et soutenir les ménages et les entreprises les plus fragiles.
Les mesures proposées sont coûteuses et nécessitent une forte implication de l'Exécutif. Mais pour l'AEI, les moyens de les financer existent et les effets de la crise du Coronavirus sont importants. "Ces effets risquent, si on n’y prend garde, de provoquer des défaillances d’entreprises en série, particulièrement des milliers de PME, de TPE et d’auto-entreprises opérant dans des secteurs qui pèsent lourd dans notre PIB, et qui emploient des centaines de milliers de personnes, aussi bien dans le formel que dans l’informel", alerte-on.
On cite particulièrement l’artisanat, l’hôtellerie, les loisirs, la restauration, le transport touristique, les transports urbain, interurbain et de marchandises, le petit commerce de proximité, les services aux entreprises (incluant le travail intérimaire), les services aux personnes (incluant les hammams, les salles de sport, les coiffeurs, le gardiennage…), le textile et cuir, le bâtiment, la filière automobile, ainsi que l’agriculture, déjà fortement affectée par la sécheresse.
L'AEI propose, à nouveau, au gouvernement, de prendre des mesures courageuses, significatives et accessibles aux bénéficiaires. Elle liste 3 catégories de mesures :
Restaurer la confiance et aider les entreprises à survire et à préserver les emplois
- Reporter les échéances fiscales (IS, IR, Droits de Douane) dues par les PME et TPE, ainsi que par toutes les entreprises des secteurs affectés par la crise, jusqu’à la reprise normale de l’activité ;
- Suspendre immédiatement les ATD instruits au profit du fisc et de la CNSS et proposer des solutions amiables et sans majorations aux créanciers ;
- Reporter les délais, simplifier et clarifier davantage les déclarations fiscales rectificatives prévues dans le cadre de la loi de finances 2020 ;
- Offrir un abattement de 50% des charges sociales et fiscales sur salaires au titre des deuxième et troisième trimestres 2020 à toute entreprise des secteurs affectés, s’engageant à préserver ses emplois ;
- Activer le remboursement des crédits de TVA aux entreprises pour soulager leur trésorerie ;
- Accélérer les paiements des décomptes et attachements liés à l’exécution des marchés et commandes publics, et simplifier la procédure de report de délais, en cas d’arrêt des chantiers ou de non-livraison des commandes, pour cas de forces majeures liées à cette circonstance ;
- Reporter, sans intérêts, les échéances de crédit bancaire et de leasing dues au titre de cette période ;
- Reporter les paiements des redevances dues par les PME concernant l’eau, l’électricité, et les télécoms ;
- Inciter les salariés les plus fragiles (maladies chroniques telles que l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, le diabète, le cancer, les insuffisances rénales, etc.) à rester chez eux, et prendre en charge leurs salaires et frais médicaux à travers l’assurance maladie selon les procédures en vigueur ;
- Permettre aux mères, ou pères de familles, obligés de rester à domicile, avec leurs enfants, soit de travailler à domicile, quand c’est possible, soit de bénéficier d’une indemnité équivalente à l’assurance maladie et versées par la CNSS dans ce cadre.
Solidarité au profit des activités directement touchées par les fermetures et des ménages vulnérables
- Verser des revenus solidaires (sous forme de cartes bancaires chargées) aux chefs de ménages identifiés par les autorités à travers les bases de données RAMED et Tayssir ;
- Accélérer le déblocage du reliquat du programme Tayssir au profit des familles bénéficiaires ;
- Surseoir au recouvrement des quittances d’eau et d’électricité de tous les professionnels touchés par les fermetures et des ménages vulnérables ;
- Différer, sans intérêts, les échéances de crédits au logement et à la consommation dues par ces professionnels et ménages pendant la période de crise ;
- Surseoir et reporter le paiement de toutes les échéances fiscales dues par cette catégorie de la population à partir de ce mois ;
- Encourager le travail à distance et autoriser le travail à temps partiel pour éviter les licenciements et préserver les compétences des entreprises ;
- Offrir des cartes gratuites de connexion à internet aux familles devant travailler à domicile et/ou ayant des enfants scolarisés devant suivre des cours à distance ;
Comment financer l’ensemble de ces actions
- Renforcer le Fonds spécial initié par le Roi pour la gestion des effets de cette crise, par des contributions solidaires et volontaires des personnes morales et physiques qui le souhaitent et lancer une campagne d’appel à contribution à cette fin. "L’AEI invite l’ensemble de ses membres à y participer massivement. Ces versements peuvent être faits de façon anonyme pour les contributeurs qui le souhaitent" ;
- Utiliser les lignes de financement sans intérêt destinées à faire face au Covid 19, prévues par les organismes de financement internationaux, tels que le FMI ;
- Rectifier la Loi de finances 2020 en vue de retarder certaines dépenses d’investissement, de reporter, le cas échéant, le paiement de certaines échéances de la dette du Trésor, de prendre en considération les effets de la baisse attendue de la production agricole, du ralentissement quasi certain de la croissance et de programmer le financement des mesures de lutte contre les effets du Covid 19.
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