Coronavirus. Les propriétaires de commerces non essentiels fermés s'inquiètent
Les enseignes du retail se disent lourdement affectées par la fermeture imposée de leurs magasins dans le tout le Maroc pour limiter la propagation du coronavirus. Un groupement a été constitué pour attirer l'attention du gouvernement sur les pertes qu'elles subissent.
Les magasins non essentiels ont commencé à fermer boutique depuis mercredi sur ordre des autorités, dans le sillage des mesures prises pour contrer la propagation du Coronavirus. C'est le cas de plusieurs segments dans le secteur du commerce. Tout ce qui ne touche pas à l'alimentaire, l'énergie et la pharmacie est concerné.
La fermeture des magasins est synonyme de perte totale du chiffre d'affaires. Un groupement de près de 80 enseignes dans la mode et accessoires, sport, maquillage, décoration et lunetiers, s'est constitué pour mettre la lumière sur le préjudice subi. "Nous représentons plus de 80% des enseignes du Maroc", nous explique Amine Berrada, directeur général de la société DVH (Celio, Jennyfer et Undiz).
Ce groupement représente plus de 920 points de vente sur tout le Maroc avec plus de 8.400 salariés. "Nous représentons un des taux d'emplois (nombre d'emplois / chiffre d'affaires) parmi les plus importants de l'économie marocaine", nous explique un autre membre du groupement.
"Les impacts de la crise du Coronavirus se sont faits sentir avant même l'arrivée des premiers cas au Maroc avec la perturbation des chaînes d'approvisionnement souvent dépendantes de productions en Chine et en Europe (intrants et produits finis)", précise notre source.
Avec l'arrivée du virus au Maroc, les retailers ont connu une baisse de trafic drastique en magasin tout au long du mois pour finir avec la fermeture totale de leurs magasins. "Le dernier jour d'ouverture, la majorité des magasins ont constaté une baisse de 80% et plus de leur chiffre d'affaires quotidien".
Aujourd'hui, ils prévoient des pertes conséquentes sur le stock en raison de la saisonnalité des produits (notamment dans le prêt-à-porter) qui seront vendus avec de très fortes décotes. Et il n'ont aucune visibilité sur la reprise qui ne pourra se faire que progressivement, le temps que les enseignes puissent reconstituer leur stocks de saison.
"Notre seule certitude dans ce contexte, c'est que les effets de la crise dureront un temps certain ... et feront des dégâts économiques considérables - pour certains irréversibles", assurent nos interlocuteurs.
Zéro chiffre d'affaires pour les mêmes charges fixes
Les propriétaires des 80 enseignes font face à "une double peine" comme ils la qualifient. "D'un côté, zéro chiffre d'affaires et de l'autre, des charges fixes qu'il faut honorer", assure Amine Berrada. Ces charges fixes sont les salaires en priorité, les loyers des magasins, les échéances de leasing, le remboursement de dettes bancaires, les charges fiscales, ..."autant de paiements honorés en temps normal mais impossibles à honorer tant que le retour à la normale ne sera pas constaté", affirme Berrada.
"Pour assurer la pérennité de notre écosystème, nous avons besoin de soutiens forts dans cette phase critique qui, rappelons-le, doit être considérée comme un cas de force majeure. Car l'urgence sanitaire, bien qu'elle prime, doit être traitée de façon solidaire à l'urgence économique sans quoi, on verra un nombre important d'acteurs disparaître, d'autres dramatiquement affaiblis et des milliers d'individus sombrer fatalement dans la précarité ", ajoute un membre du groupement.
Le groupement cherche à attirer l'attention des pouvoirs publics sur les difficultés rencontrées. "Nous sollicitons dans ce cadre un appui fort et solide de la part des pouvoirs publics, de la DGI, des banques, des assurances, de nos partenaires propriétaires fonciers, ... pour traverser cette crise dans la solidarité, en bonne intelligence par le biais de dispositifs d'accompagnement à la hauteur de nos enjeux", espèrent les retailers
Le Comité de Veille Economique (CVE) dans lequel la CGEM est partie prenante discute actuellement un plan anti-crise pour l'économie. Les premières mesures ont déjà été annoncées en faveur des salariés et des TPE et PME.
Les salariés qui se retrouvent en arrêt de travail vont bénéficier :
- d'une indemnité de 2.000 DH net par mois, servie par le fonds pour la gestion des effets du Coronavirus, créé par le Roi.
- des allocations familiales et de l'AMO.
- et à leur demande, d'un possible report des échéances bancaires des mois de mars, avril, mai et juin, aussi bien des crédits à la consommation que des crédits immobiliers. Ces échéances seront reportées jusqu'à la fin de la dernière échéance des crédits.
Les mesures décidées concernant les TPE, PME et activités professionnelles (professions libérales par exemple) sont les suivantes :
- les entreprises en difficulté peuvent demander le report des crédits bancaires jusqu'à fin juin.
- Les échéances de leasing peuvent également être reportées jusqu'à fin juin.
- Les entreprises qui continuent leur activité mais qui rencontrent des difficultés de trésorerie peuvent demander une ligne de crédit supplémentaire de la part des banques en bénéficiant de garanties supplémentaires qui seront mises en place incessamment par la CCG.
- Suspension du versement des charges sociales.
Pour les mesures fiscales :
- Les entreprises dont le CA est inférieur à 20 MDH peuvent si elles le souhaitent bénéficier du report des déclarations fiscales et du paiement de l'impôt du 31 mars jusqu'à juin.
- Suspension des ATD et des contrôles jusqu'à nouvel ordre.
Il reste à savoir si les retailers sont éligibles à ces mesures.
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