Carnets de confinement. Fadwa Rajouani, enseigner à distance de sécurité
Notre série se poursuit avec Fadwa Rajouani, enseignante d'anglais dans un lycée technique à Agadir. Elle relate les profonds bouleversements engendrés par l'enseignement à distance.
Partout dans le monde, le charivari des classes a cédé place au discret cliquetis des claviers. Et du jour au lendemain, les enseignants ont troqué blouse et tableau scolaire contre ordinateur et caméra. Seulement, le changement ne se limite pas au passage sans transition du personnel éducatif à l’outil informatique.
"Ça a absolument tout changé", dit Fadwa Rajouani, professeure d'anglais au lycée technique Al Idrissi d'Agadir, "à commencer par la rupture brusque du contact direct avec mes étudiants, ma classe, bref, toutes les habitudes liées à l'enseignement 'normal'”, énumère-t-elle. Sont aussi apparues de “nouvelles contraintes à gérer pour garantir le succès de l'enseignement à distance".
Enseignante aux classes de brevet technique spécialisé, Fadwa Rajouani a sous sa responsabilité cinq classes de moins de trente étudiants chacune. "Même si ça demande plus de temps, plus de recherches", dit-elle, "l'enseignement à distance deviendra certainement plus agréable et peut-être plus fructueux une fois qu'on s'y adapte et qu'on s'y prépare".
"C'est une expérience nouvelle pour tous, professeurs comme étudiants", rappelle l’enseignante, qui évoque quelques difficultés "pour obtenir l'engagement des étudiants en l'absence de l'autorité habituelle”.
Nouvelle situation pédagogique
“Il arrive que certains étudiants tardent à envoyer leurs réponses", dit l’enseignante. "Mais c'est normal", relativise-t-elle. "J'ai des retours très positifs de leur part, et j'ai même l'impression qu'ils préfèrent l'enseignement à distance".
L'adoption de l'enseignement à distance a poussé le personnel éducatif à repenser à la hâte ses modèles pédagogiques, les dispositifs et les modalités du cours présentiel et du cours par correspondance différant largement. A l'ancienne situation pédagogique privilégiant face-à-face entre instituteurs et étudiants, présence physique et centralisation des ressources éducatives se substitue une nouvelle réalité faite de distance relationnelle, d'éclatement des ressources, de rythmes différenciés, ainsi qu’un certain dépaysement.
S’il n’affecte pas en profondeur le contenu du matériel pédagogique, le changement se ressent davantage sur la forme du cours. "La forme a bien sûr changé. Il s'agit maintenant de cours adaptés à l'enseignement à distance, ainsi que de l'usage de nouveaux supports pédagogiques, des PDF ou des vidéos", témoigne l’enseignante. En revanche, "le contenu est toujours le même. Nous sommes dans l'obligation de respecter les programmes scolaires".
Les instituteurs rencontrent-ils des difficultés à remplir leurs missions dans ce nouvel environnement éducatif ? Pour l'enseignement des langues à tout le moins, "les choses ne peuvent être que parfaites", se réjouit Fadwa Rajouani. "Les supports sont très disponibles sur internet, et les étudiants sont plus ou moins habitués à l'apprentissage des langues via les nouvelles technologies".
Problèmes techniques
Des difficultés existent néanmoins, et elles limitent le succès de l'expérience. L'une des plus marquantes est "le problème du débit internet, qui n'est pas suffisant pour lancer des vidéoconférences, et qui est encore cher pour le pouvoir d'achat des étudiants", constate-t-elle.
Le personnel éducatif voit également ses habitudes, ses routines et son quotidien bousculés. Ont changé "les horaires de travail, des repas, du sommeil", car même "en voulant rendre l'enseignement à distance ponctuel, ce n'est pas toujours possible et ce, pour de multiples raisons: connexion insuffisante, disponibilité des étudiants qui varie selon leurs moyens, etc. La réception des exercices et leur correction peut donc se faire tout au long de la journée", relève notre interlocutrice.
"Je travaille plus d'heures qu'auparavant. Pas forcément d'affilée, mais vu que les corrections se font individuellement, cela nécessite plus de temps", note-t-elle.
"Dans l'avenir, je pense que le ministère doit penser à investir dans l'enseignement à distance", estime l'enseignante. "Cela peut constituer une véritable solution au problème du surpeuplement des classes et de l'accès à l'école pour les personnes handicapées, celles vivant à l'état nomade ou habitant loin des établissements scolaires".
Pour en garantir le succès, "il faut juste bien se préparer, en produisant des cours à distance et des programmes pédagogiques adaptées. Et bien sûr, prévoir l'achat du matériel nécessaire, que ce soit pour le corps enseignant ou pour les élèves et les étudiants", espère-t-elle.
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