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Coronavirus

Covid-19. Pr Jaâfar Heikel, épidémiologiste: “Faire plus de tests, c'est vital”

ENTRETIEN. Voici le témoignage et l'analyse du Pr Jaâfar Heikel, épidémiologiste et infectiologue, expert International et DG de la clinique de Vinci à Casablanca, complètement consacrée au traitement du Covid-19 sous l'égide du ministère de la Santé.

Covid-19. Pr Jaâfar Heikel, épidémiologiste: “Faire plus de tests, c'est vital”
N. E.
Le 7 avril 2020 à 20h05 | Modifié 10 avril 2021 à 22h27

- Médias24: Vous prenez en charge dans cette clinique, une partie des malades de Casablanca...

- Pr Jaâfar Heikel : Tout à fait, nous avons mis notre clinique à la disposition de l’Etat et du ministère de la Santé, et nous nous sommes considérés comme un hôpital préfectoral. Avec nos ressources humaines et nos moyens, toute l’infrastructure.

-Gracieusement ?…

-Personne ne paye le moindre dirham, et tous les patients que nous recevons viennent directement du ministère de la Santé. Il n’y a pas de circuit personnel. Personne ne peut dire que nous sélectionnons les malades puisque les malades qui sont hospitalisés ne le sont qu’à partir d’un parcours de soins déterminé par le ministère, c’est lui qui nous envoie les patients.

Même si on est une structure privée, on s’est mis dans le réseau hospitalier public. Nous avons considéré que nous avons une mission de service public.

-Vous adoptez donc le même protocole que le ministère...

-C’est nous qui l’avons démarré, avec le Pr Majida Zahraoui, et une équipe de médecins. Nous avons été les premiers dans le privé à l'appliquer et nous allons bientôt publier les résultats de notre travail.

-Vous voulez dire les résultats du traitement par le protocole adopté par le Maroc, avec notamment la chloroquine...

-Le protocole de première intention est l'hydroxycholoroquine + azythromycine.

Quelques patients sont également sous chloroquine (à la place de l'hydroxycholoroquine) + azythromycine.

Ces médicaments sont entièrement donnés par le ministère et ne coûtent rien aux patients.

Nous soignons des patients positifs envoyés par le ministère. Et lorsque le ministère nous demande des prélèvements de confirmation, nous les faisons et nous démarrons le traitement avec les précautions nécessaires, la surveillance médicale, la pharmacovigilance et surtout le bilan biologique qui est lourd à faire

-Vous suivez une quarantaine de malades... Depuis combien de temps? La durée écoulée permet de voir quel recul vous avez sur certains indicateurs...

-Nous somme à deux semaines aujourd’hui [7 avril 2020, NDLR]. Nous commençons à avoir nos premières guérisons, selon les critères déterminés par le ministère, deux prélèvements négatifs à deux semaines d’intervalle et l’absence de signes cliniques. Déjà trois patients sont sortis guéris.

Les résultats du nouveau protocole thérapeutique sont extrêmement prometteurs

-Peut-on déjà parler d'un intérêt thérapeutique de ce protocole?

- Tout à fait. Aujourd’hui, les résultats sont extrêmement prometteurs. Nous n'allons pas tarder à publier pour l'opinion publique, pour le ministère et pour les  médias, les résultats préliminaires qui n’auront pas la forme d’un document scientifique mais comporteront les principales données générales. Avec les effets indésirables, les succès, les résultats obtenus, les demi-succès et les échecs.

On peut d'ores et déjà dire que les résultats sont extrêmement prometteurs.

Je rappelle toutefois que nous n'avons pas suffisamment de recul, et pas beaucoup de patients Dieu merci, mais c'est quand même la plus grosse série de suivi de patients sous ce traitement dans le contexte marocain.

-Il y a d'autres protocoles thérapeutiques de par le monde : ivermectine, anti-rétroviraux...

-Au Maroc, des anti-rétroviraux sont utilisés en deuxième intention.

Aujourd’hui, avec les études chinoises, coréennes, françaises, le prix du médicament qui est très accessible, le meilleur coût-bénéfice, la meilleure stratégie, la plus pragmatique, c’est d’utiliser cette association qui constitue le protocole thérapeutique officiel en première intention.

-En tant qu’épidémiologiste, vous avez suivi toutes les décisions marocaines depuis le début, qu’est-ce que vous en pensez ?

-Elles ont été judicieuses, appropriées, progressives et totalement adéquates par rapport au contexte épidémiologique marocain et par rapport à la population.

Il y a un seul point sur lequel j’aurais agi autrement ou préconisé une autre stratégie, c’est le dépistage.

J’aurais dit et conseillé : il faut élargir le dépistage, c’est crucial. Voici pourquoi.

Aujourd’hui, nous avons à peu près 5.300 tests faits depuis le 2 mars ; dans d’autres pays, on en fait 20.000 jour ou 100.000 jour.

Lorsque vous dépistez plus largement, vous avez la chance de dépister des cas positifs et de les sortir des circuits de transmission.

D'autant plus qu’aujourd'hui, nous avons une transmission locale communautaire et depuis quelques jours, une transmission familiale.

Donc si je peux dépister plus rapidement des cas positifs, soit ils sont symptomatiques soit ils sont pauci-symptomatiques, avec peu de symptômes. On peut les traiter plus rapidement, et diminuer la charge virale et éviter qu’ils contaminent d’autres personnes. On peut aussi les isoler.

Il y a dix jours, le taux de létalité au Maroc était de 2,75%. Aujourd’hui, il est de 7%, on a multiplié la létalité par 2,5 en 10 jours.

Plus tôt on commence le traitement, et moins le patient risquera de se retrouver en soins intensifs ou réanimation. Et donc, le taux de létalité baissera.

Il faut dépister précocement, isoler et traiter précocement.

Je vous rappelle que dans la littérature scientifique, 12% de sujets atteints sont asymptomatiques. 80% des sujets ont des signes mineurs ou pas de signes.

D’ailleurs, le ministère a dit qu’il allait ouvrir 48 centres à travers le pays pour le dépistage. C’est une bonne initiative.

Je la complèterais en demandant au ministère de réfléchir à l’échelle nationale pour qu’il y ait également des structures privées aussi bien des unités de soins que des laboratoires qui seront homologués pour pourvoir dépister.

Plus nous allons élargir notre base, plus nous allons agir en amont.

Le Maroc a pris les bonnes décisions au bon moment, il faut transformer l’essai.

Il ne manque plus que cela : élargir la base de dépistage en insistant également sur un confinement strict.

Il faut que la population comprenne qu’elle a une responsabilité qui doit être non pas individuelle mais collective.

Le pic, entre le 20 et le 25 avril

 -Quels tests faut-il utiliser?

-Les PCR antigéniques. Et surtout pas les tests anticorps rapides.

Pour résumer, plus de kits de tests, rester sur le PCR, avoir plus de points de dépistage et d’analyse, beaucoup plus de tests et un confinement plus rigoureux.

-Toutes choses étant égales par ailleurs, le pic vous le prévoyez pour quand ?

-Pas avant une dizaine de jours au moins, voire 15 jours. Disons aux alentours des 20 - 25 avril.

Le pic sera atteint à cette date si chacun respecte ses obligations, si le confinement est bien respecté, les gestes barrières... Je rappelle que les mesures barrières, ce n’est pas uniquement le confinement, c’est porter une bavette lorsqu’on sort, se laver régulièrement les mains, et la principale, éviter de se toucher le visage où se trouvent les points d’entrée.

 -Il y a eu une accélération de la propagation ces derniers jours...

-C'est la dynamique épidémiologique qui le veut. Nous sommes passés des cas importés, à la transmission locale, puis la transmission communautaire dans les clusters, et maintenant nous sommes dans une phase plus critique: la transmission intra-foyers, avec des cas familiaux.

Cette phase exponentielle, j’espère qu’elle va s’essouffler au plus vite. La phase descendante de la propagation, je l'espère en fonction des paramètres actuels, va commencer mi-mai, et fin mai le pays pourra adopter de nouvelles mesures.

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N. E.
Le 7 avril 2020 à 20h05

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