Iñigo Moré : A cause de la crise, le coût des transferts des MRE a augmenté
INTERVIEW. La crise sanitaire et le confinement ont eu un impact néfaste sur les transferts de fonds des émigrés. Une situation qui a provoqué la hausse des coûts des transferts. Iñigo Moré, enseignant à Berkley et fondateur de REMESAS.ORG qui suit l’évolution des transferts et les conditions d’envoi appliquées par les institutions, appelle à l’intervention des autorités de régulation pour protéger les émigrés contre la hausse des coûts de transferts.
- Médias24 : Quel impact la crise a-t-elle eu sur les transferts de fonds des émigrés ?
- Iñigo Moré : Les deux crises qui nous touchent, la crise sanitaire et la crise économique qui s'ensuit, ont un impact lourd sur les transferts de fonds, surtout en provenance d'Europe vers les pays qui en dépendent comme le Maroc. Il faut savoir que les transferts en provenance d'Europe ont baissé de 30% en mars par rapport à février et baisseront en avril de plus de 50% par rapport au mois précédent. Depuis les deux autres pourvoyeurs de devises, le Golfe et les USA, les transferts ont légèrement baissé parce que ces pays sont à un autre stade de l’épidémie. Sans précédent dans l'histoire des transferts, la raison principale est due à une crise de l'offre, suivie d'une crise de la demande.
- Comment se traduit la crise de l'offre ?
- Il faut savoir que la moitié des points de départ de fonds en Europe, plus de 100.000 selon l'autorité bancaire européenne, sont fermés. Ils sont, surtout, des “locutorios”, en Espagne, aussi appelés taxiphones en France, mais aussi des épiceries ou des magasins de vêtements, ça dépend des pays.
En plus de cela, il y a le problème de quelques grandes sociétés de transfert de fonds qui ont failli ou sont sous l'intervention des banques centrales, comme c'est le cas du groupe britannique Finablr, le troisième plus grand opérateur au monde. Cette société, avec des marques bien connues telles que Travelex et UAE Exchange, détenait une part de marché élevée dans les pays du Golfe.
Face à cette situation, certaines sociétés de transfert de fonds survivantes, pas toutes, ont saisi l'occasion pour augmenter les prix, surtout pour les services en ligne.
- Vous disiez que la crise de l'offre est couplée à une crise de la demande. Pourriez-vous nous expliquer ?
- Des émigrés ont perdu leurs emplois. Si jamais le chômage venait à augmenter, ce qui est fort probable, la situation va empirer. Surtout si la fermeture des frontières en Europe et la limitation des mouvements se poursuivent. Cela pourrait empêcher le retour en vacances des MRE.
Les conséquences sur le plan social de cette crise sont importantes, sachant que les bénéficiaires de ces transferts sont en grande partie vulnérables et vivent dans la précarité. La majorité sont des femmes âgées et des enfants, qui ne peuvent pas trouver un autre soutien. Le pourcentage des jeunes hommes qui sont bénéficiaires des transferts est presque nul, même quand ils sont parfois les récepteurs directs.
Les transferts constituent un soutien à un énorme groupe d’enfants et de grands-mères, très souvent dans des familles séparées par l’immigration du père ou des parents.
- Est-ce que les solutions appliquées lors de la crise de 2008 peuvent inspirer pour remédier à la situation actuelle ?
- Après la crise de 2008 on a vu la migration marocaine par exemple se réorienter vers des pays moins touchés par la crise que l’Europe. En 2007, l’Europe représentait 90% des transferts, mais aujourd’hui elle est descendue à 60%, tandis que les pays du Golfe sont montés et sont à près de 20%. Le problème est qu'avec la crise actuelle il n’existe pas de pays moins touchés. C'est une crise non seulement globale, mais simultanée. Même le Hajj a été suspendu par l'Arabie saoudite.
Le problème en termes macroéconomiques est que la balance courante du Maroc est soutenue par deux composantes. La principale est le tourisme, qui demeure à l’arrêt pour cause de fermeture des frontières. Donc une chute presque totale des recettes du tourisme est très probable. Le retour au niveau normal dans le monde n'est espéré qu'après la découverte du vaccin.
La deuxième composante qui permet l’équilibre, ou presque, de la balance courante, c'est les transferts des MRE, qui représentent aux alentours de 6% du PIB. Sur les transferts, contrairement au tourisme, le gouvernement peut agir pour faire la différence.
- Quelles sont les marges de manœuvre des autorités pour réduire les coûts des transferts ?
- Une réaction forte des autorités pourrait empêcher la hausse abusive des prix des transferts et garantir une concurrence loyale entre les opérateurs, qui empêcherait l'émergence de parts de marché dominantes.
Il est possible d’agir sur le taux de change selon les différents modèles du Pakistan ou du Bangladesh. Le premier a réduit le coût des transferts, le deuxième offre un taux de change bonifié comme une aide sociale en plus pour renforcer les envois formels.
La technologie pourrait aider avec la mise en place de solutions basées sur la directive Européenne de monnaie électronique, qui pourrait permettre des transferts wallet-to-wallet Europe-Maroc.
Les transferts sont stratégiques pour le Maroc. Ils sont sous la régulation des autorités, tant pour l’envoi que pour la réception. Une coordination avec la Banque de France, Banco d'España ou la Banca d’italia pourrait être une solution permettant d'agir tant sur l’origine que sur la destination.
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