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ECONOMIE

Déconfinement: les propriétaires de cafés et restaurants dans le flou

La réouverture des restaurants et cafés est un vrai casse-tête. Leurs patrons n'ont pas de visibilité et attendent les décisions du gouvernement en matière d'exigences sanitaires et d'aides spécifiques au secteur. 

Déconfinement: les propriétaires de cafés et restaurants dans le flou
Hayat Gharbaoui
Le 7 mai 2020 à 19h06 | Modifié 11 avril 2021 à 2h46

Le déconfinement en cours en Europe est un chantier délicat pour lequel le Maroc est en train de se préparer. Quelle stratégie adoptera le Royaume? Les hypothèses sont légion, mais rien d'officiel pour l'instant.

Ce qui est certain, c'est que le gouvernement ainsi que les différents secteurs se préparent à cette phase cruciale qu'il ne faut surtout pas rater.

Médias24 s'intéresse justement à la façon avec laquelle les secteurs aujourd'hui à l'arrêt pourront reprendre leur activité demain. C'est le cas par exemple du secteur des transports où la sortie du confinement qui doit être synonyme de mise en place de mesures de protection pour éviter une éventuelle propagation du coronavirus ne sera pas sans effet sur le prix du voyage, aérien, ferroviaire ou routier.

C'est le cas aussi pour le secteur de la restauration. Un restaurant est un lieu de rassemblement de personnes d'horizons divers. En temps de pandémie, c'est un lieu risqué. Le ministère de l'Intérieur a décidé leur fermeture au public le lundi 16 mars à 18h et jusqu'à nouvel ordre.

Dans toute stratégie de déconfinement, la réouverture des restaurants et cafés est un véritable casse-tête qui doit allier à la fois les exigences sanitaires et les impératifs économiques. 

Les restaurants et cafés sont-ils prêts pour cette phase ? Dans quelles conditions la réouverture de leurs points de vente se fera-t-elle? Quel coût aura le respect des exigences sanitaires, notamment la distanciation sociale, sur les finances de ces établissements?

Les restaurateurs craignent une contamination au sein de leurs établissements 

Des questions que nous avons posées à Khalid Abbadi, président de la fédération des restaurateurs touristiques affiliés à la CNT.

"Franchement, la profession est devant un enjeu majeur aujourd'hui. Comment allons-nous assurer la sécurité sanitaire des clients et des employés ? Nous sommes face à un ennemi invisible. Nous avons beau être au diapason de la propreté et de l'hygiène, cette épidémie nous oblige à tout remettre à plat", nous déclare-t-il.

"Au-delà, nous ne savons pas comment les choses évolueront. Pour l'instant nous n'avons toujours pas de décision de la part des autorités ni concernant une date éventuelle de réouverture, ni sur le protocole sanitaire à adopter".

"Maintenant avant de penser à rouvrir les établissements, il faut renforcer les procédures d'hygiène et penser à se réorganiser. Il faut aussi rassurer la clientèle et les employés". 

"Nous sommes en train de réfléchir au sein de la profession sur la manière de gérer cette phase. Parmi les pistes de réflexion, on se demande si la mise en place d'un label définissant des standards sanitaires pour la restauration en général n'est pas à envisager. Devra-t-on par exemple installer des cloisons ou des paravents entre les clients ?" s'interroge notre interlocuteur.

"Nous restons en attente des décisions du gouvernement sur ces questions, surtout qu'installer des équipements de distanciation sociale générera un coût énorme alors que les restaurateurs sont déjà en grande difficulté", poursuit le président de la fédération des restaurateurs qui ne cache pas que la plus grande crainte des restaurateurs c'est d'ouvrir leurs portes en pleine épidémie et que des contaminations se fassent au sein de leurs établissements. De quoi ruiner la réputation d'un restaurant...

L'insoutenabilité économique de la fermeture des restaurants ou la réouverture en pleine pandémie avec les risques que cela comporte: le dilemme des restaurateurs demeure entier.

Dans d'autres pays où la réouverture des restaurants et cafés est en cours, cela s'est fait avec des restrictions, telles que l'occupation d'une table sur deux pour limiter la densité de la clientèle, l'aménagement des zones spécifiques pour les familles ainsi que des mesures d'hygiène plus renforcées. Certains restaurateurs ont même opté pour la mise en place de cloisons en plexiglas au milieu des tables pour séparer les personnes. 

Les restaurateurs attendent l'aide de l'Etat

"Ouvrir pour travailler à 40% ou 50% de la capacité initiale tout en investissant des frais supplémentaires pour les mesures sanitaires, ça sera difficile. Un restaurateur ne maintiendra pas des charges supérieures aux recettes qu'il réalise. Je pense qu'il y aura beaucoup de licenciements, de fermetures et de faillites à l'avenir", prédit Khalid Abbadi. 

Selon ce dernier, les restaurateurs discutent entre eux quotidiennement pour se préparer au déconfinement. La ligne de conduite discutée actuellement est de ne rouvrir que si le gouvernement accède à leurs doléances. 

Notre interlocuteur avance que la fédération a adressé le 30 avril dernier un courrier à la tutelle et au gouvernement détaillant la liste des mesures qu'ils attendent pour la reprise parmi lesquelles : 

- L'exonération des cotisations CNSS (AMO et retraite), de la taxe de formation professionnelle et de l'IR pour l'année 2020.

- Le prolongement de l'indemnité de chômage temporaire au 31 décembre 2020 et son relèvement selon le barème de la CNSS (sur le modèle de la retraite).

- L'octroi de la possibilité de mettre au chômage technique 15% de l'effectif au maximum à l'issue du confinement.

- Le paiement des taxes des services communaux (ex édilité) au prorata de l'activité 2020.

- La réduction de la TVA à 5% au lieu de 10% à partir de 2021.

- Taxe licence d'alcool et taxe professionnelle : La révision des taxes antérieures non encore réglées pour soulager la trésorerie avec une exonération en 2020 et 2021.

- Le calcul de la taxe sur les enseignes au prorata de l'activité.

- L'annulation des taxes d'occupation du domaine public afin de permettre une reprise dans le respect des règles de distanciation.

- Le report du paiement de l'IS ou de l'IR professionnel 2019 à 2021.

- L'exonération de l'IS ou de l'IR professionnel pour 2020.

- La réduction à 50% de l'IS ou de l'IR professionnel en 2021 pour permettre au secteur de se redresser et réinvestir.

- La création d'un fonds spécial/subventions pour le secteur de la restauration.

- L'inclusion des pandémies dans les prises en charge de la perte d'exploitation.

- Le report des crédits bancaires sans frais de 12 mois supplémentaires.

Pour les restaurateurs, le gouvernement doit discuter avec eux cette liste de doléances pour une reprise du secteur. A la question de savoir si les restaurateurs seront prêts à rouvrir dans deux semaines ou trois si le gouvernement les autorise à le faire, le président de la fédération des restaurateurs apporte une réponse nuancée :

"Si jamais le gouvernement décide d'imposer des mesures sanitaires comme les cloisons ou autres, il doit nous donner du temps pour leur application et pour qu'il puisse effectuer son contrôle", répond notre interlocuteur qui insiste sur le fait que ce sont les autorités qui doivent fixer les mesures de base à appliquer par la profession pour avoir une cohérence des actions sur l'ensemble du secteur. 

Si la question de la réouverture des restaurants peut être gérée avec une certaine "facilité", du fait qu'ils soient des établissements plus ou moins structurés, la question reste entière pour les cafés. 

Hormis les réseaux de franchises, qu'en sera-t-il des cafés de quartier ? Comment faire en sorte qu'ils respectent les exigences sanitaires ? Et quand bien même les propriétaires respectent les conditions décidées par les autorités, comment les faire respecter par les clients ? C'est là tout l'enjeu.

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Tags : coronavirus, covid
Hayat Gharbaoui
Le 7 mai 2020 à 19h06

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