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ECONOMIE

Fruits secs : Effondrement des ventes physiques, développement du e-commerce

Le marché des fruits secs, généralement consommés pendant les périodes festives comme le Ramadan, a subi une baisse des ventes physiques d'au moins 60%, selon le secrétaire général de l’association des producteurs et importateurs des fruits secs. Un autre opérateur affirme que la crise actuelle est en train de faire exploser le e-commerce.

Fruits secs : Effondrement des ventes physiques, développement du e-commerce
Samir El Ouardighi
Le 20 mai 2020 à 16h55 | Modifié 10 avril 2021 à 22h36

A l’instar d’autres activités immobilisées par décision administrative, la vente de fruits secs a été impactée par la paralysie des circuits interurbains de distribution et la fermeture des points de vente.

Si cette situation a entrainé une baisse importante des transactions physiques en pleine haute saison du Ramadan qui connaît un pic de consommation des fruits secs, elle a en même temps profité à ceux qui ont compris que l’avenir du secteur était désormais dépendant des ventes sur internet.

L’activité du secteur s’est écroulée en deux mois

Sollicité par Medias24, Hamid Chrif, secrétaire général de l’association des producteurs et importateurs de fruits secs, épices et coton, déclare que les membres du secteur ont connu une baisse d’activité depuis le début du confinement, le 16 mars, estimée à 60% au minimum.

« Depuis l’apparition du coronavirus, tout a changé dans notre secteur. Entre la fermeture des souks urbains et ruraux par les autorités locales et l’absence quasi-totale de liberté de circulation interurbaine, on s’est tous retrouvé avec des stocks très importants de marchandises invendues.

« Si les importations de fruits secs rentrent toujours normalement au Maroc dans des containers maritimes, la paralysie des circuits internes de distribution ne permet plus aux opérateurs de toute la chaîne (grossistes, semi-grossistes, détaillants) de réaliser des transactions.

« Pour vous donner un exemple concret, lors de la commémoration de Laylat Al Qadr (nuit du destin qui a eu lieu le mardi 19 mai) qui constitue avec les fêtes de Achoura et du Mawlid, une des 3 périodes de pic de la consommation, ils n’ont réalisé qu’une infime partie de leurs ventes habituelles.

Avec le confinement, baisse des prix au gros et au détail

« Pour ne rien arranger, avec une offre importante qui ne peut plus rencontrer la demande, les prix au gros et au détail de ces produits ont baissé de manière très sensible. C’est le cas des noix dont le prix du kilo est passé de 110 dirhams à 90 et des dattes basiques qui ont chuté de 40 à 30 dirhams.

« Sachant que notre marché est complètement libre, il faudra donc attendre la fin du confinement pour espérer retrouver une activité normale mais d’ici là, certaines sociétés risquent certainement de faire faillite », conclut Chrif qui espère un rebond pour le pic de Achoura qui aura lieu fin août.

Hammad Kessal : mes transactions qui ont chuté de 70%

Contacté à son tour, Hammad Kessal, grand commerçant et membre de la CGEM, installé à Marrakech, nous confirme la gravité de la situation du secteur en précisant que son chiffre d’affaires s’était écroulé depuis la mi-mars.

« Sachant que les points de vente de mes clients ont été fermés pour des raisons sanitaires, mes transactions ont chuté de 70%. Ainsi, pour limiter les pertes, je me suis tourné vers le e-commerce.

« Avant d’en arriver là, je me suis retrouvé avec des marchandises payées d’avance en février dernier, à savoir un stock de 80 espèces de fruits secs très demandés comme les dattes, figues, noix, amandes assaisonnées avec des graines (sésame …) ou des plantes aromatisées (thym, romarin…).

« Comme ce sont des produits de qualité, importés ou achetés à des producteurs locaux (amandes du Rif ou de Beni Mellal, cacahuète de Larache …) qui peuvent encore rester stockés pendant 6 à 7 mois dans des chambres froides, je préfère ne rien vendre plutôt que de baisser leurs prix », explique l’ancien président de la commission financement et délais de paiement à la CGEM.

"Le secteur pourra tenir jusqu’en juillet"

Sur le risque de faillite, notre interlocuteur pense que le risque se situe plus du côté du secteur informel que celui des sociétés structurées où les choses devraient « normalement » revenir progressivement à la normale après le déconfinement prévu pour le 10 juin prochain.

« Je pense que nous pouvons encore tenir 1 ou 2 mois mais pas plus, car n’étant pas éligible à l’aide de la CNSS, nous devons payer notre personnel, actuellement au chômage technique, de notre poche.

Faute de clients physiques, le commerce en ligne est la solution

Questionné sur sa reconversion dans le commerce en ligne, l’industriel affirme que sa société travaille avec les coursiers de Glovo, Jumia et Yassir pour pouvoir fournir sa nouvelle clientèle.

« Afin de rassurer nos clients, nous multiplions les mesures de sécurité sanitaire avec un minimum d’intervenants.

« De cette manière, ils passent commande sur notre site puis sont livrés à domicile », nous explique Kessal visiblement ravi d’une reconversion réussie qui s’inscrit dans les bouleversements induits par la crise sanitaire du coronavirus.

Un bouleversement appelé à durer

« C’est une véritable bénédiction car durant les 2 derniers mois de confinement, les habitudes de consommation des Marocains ont été complètement chamboulées et donc transformées.

« Ce phénomène va perdurer car ils ne reprendront pas de sitôt l’ancien schéma de consommation qui consistait à se déplacer physiquement à un point de vente pour acheter un produit.

« En effet, tant que le virus sera présent, les gens continueront à avoir peur, et à partir de là, prendront des précautions en faisant appel au secteur de la livraison à domicile dont l’activité va certainement exploser de manière extraordinaire.

« Selon moi, pour les mois et années à venir, c’est une excellente nouvelle car cela permettra de moderniser notre secteur grâce à la digitalisation des circuits de distribution », conclut Kessal pour qui la pandémie a aussi de bons côtés …

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Tags : coronavirus, covid
Samir El Ouardighi
Le 20 mai 2020 à 16h55

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