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ECONOMIE

Le taux des crédits “Relance” descend à 3,5%, un niveau exceptionnellement bas

Avec la dernière baisse du taux directeur de BAM, le taux des crédits Damane Relance et Relance TPE qui viennent d’être mis sur le marché, passe de 4% à 3,5% hors taxes par an. Du jamais vu pour un crédit sur 7 ans avec 2 ans de différé de remboursement, surtout pour les TPE-PME.

Le taux des crédits “Relance” descend à 3,5%, un niveau exceptionnellement bas
Souhail Nhaili
Le 17 juin 2020 à 12h33 | Modifié 11 avril 2021 à 2h46

Le trio Bank Al-Maghrib, Caisse Centrale de Garantie et Groupement professionnel des banques du Maroc a réussi un joli coup. A peine les crédits Damane Relance et Relance TPE mis sur le marché, ce lundi 15 juin, que la Banque centrale a réduit, le lendemain, son taux directeur de 50 points de base, rendant le coût de ces crédits encore plus avantageux.

Pour rappel, le Comité de veille économique a décidé, le 21 mai, de mettre en place des formules de financement, garanties par l’Etat pour soutenir le redémarrage des entreprises affectées par trois mois d’arrêt brutal dû à la crise du Coronavirus et aux mesures de l’état d’urgence sanitaire.

Relance TPE, qui s’adresse aux entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur ou égal à 10 MDH, et Damane Relance, pour les entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à ce montant, sont tous les deux facturés au taux correspondant au taux directeur de BAM + 200 points de base.

Avant la baisse du taux directeur de ce mardi, ce dernier était de 2%. Le taux des crédits Relance devait donc s’établir à 4%. Mais avec la baisse du taux directeur de 50 points de base, le taux des crédits Relance passe à 3,5%. Toutes les entreprises éligibles vont en profiter, du moment que les crédits n’ont été lancés que ce lundi 15 juin et qu’il faut au minimum 2 semaines pour avoir l’accord de la banque.

Un engouement fort est attendu

Un taux de 3,5% l’an pour un crédit moyen terme, sur 7 ans avec 2 ans de différé de remboursement qui plus est, c’est du jamais vu dans le secteur bancaire, surtout pour la clientèle des TPE-PME jugée risquée. Une prouesse rendue possible grâce à trois facteurs :

- La garantie de la CCG qui couvre entre 80% et 95% du montant du crédit, selon la taille de l’entreprise, ce qui permet de réduire sensiblement le coût du risque pour les banques.

- La baisse du taux directeur en mars et en juin pour passer de 2,25% à 1,50%, qui permet de réduire le coût de refinancement des banques.

- L’engagement des banques à respecter une marge commerciale maximale de 200 points de base.

Il est encore tôt pour mesurer le niveau d’engouement des entreprises pour ces nouveaux produits de financement. Quelques semaines sont nécessaires pour avoir des chiffres parlants. Mais compte tenu de leurs conditions avantageuses et des difficultés que vivent plusieurs pans de l’économie, il est certain que les entreprises vont affluer sur les banques pour les contracter. Ce qui ne peut qu’être bénéfique pour la reprise économique, d’autant plus que 50% des montants empruntés devront obligatoirement servir à payer les fournisseurs pour réduire le crédit inter-entreprises, les délais de paiement du secteur privé et faire tourner les liquidités.

Pour rappel, plus de 130.000 entreprises ont déclaré à la CNSS des employés en arrêt temporaire d’activité. Toutes ces entreprises sont théoriquement éligibles aux crédits Relance. Par ailleurs, le crédit Damane Oxygène a bénéficié à plus de 27.500 entreprises au 12 juin.

Le coût réel sera plus important

Cela dit, il faut savoir que les emprunteurs ne supporteront pas uniquement 3,5%. D’abord parce qu’il s’agit d’un taux hors taxe. En TTC, il s’élèvera à 3,85%. C’est malgré tout beaucoup moins que les 4,4% que les entreprises allaient supporter avant la baisse du taux directeur.

Ensuite, même si les banques ne factureront aucune commission, il y aura la commission de la garantie CCG. Elle est égale à 0,1% HT de l’encours du crédit, payable en une seule fois sur la base de l’échéancier théorique du crédit. Donc il faut compter 0,22% TTC sur l’intégralité du crédit si l’entreprise opte pour 2 ans de différé de remboursement + 0,11% TTC par an pendant 5 ans, sur l’encours restant dû, si la durée totale du crédit est de 7 ans.

Par ailleurs, il faut savoir que le différé de remboursement produira des intérêts intercalaires qui alourdiront la charge globale du crédit.

Enfin, le taux de Damane Relance et Relance TPE est révisable annuellement. S’il arrive que Bank Al-Maghrib augmente son taux directeur lors des prochaines réunions de son conseil de politique monétaire, la hausse sera répercutée par les banques sur leurs clients après la date anniversaire du contrat de prêt. Cela dit, il y a de fortes chances que beaucoup de temps s’écoule avant que BAM ne songe à relever son taux directeur, compte tenu de la conjoncture économique difficile qui s’annonce après le Covid.

D’un autre côté, toutes les entreprises ne seront pas éligibles à ces produits de financement de la relance. Des conditions sont posées, que vous pouvez consulter dans cet article.

Attention au surendettement

Quoi qu’il en soit, ces conditions demeurent extrêmement avantageuses. Mais l’octroi de ces crédits de façon « massive », tel que voulu par le gouvernement et le comité de veille économique, peut présenter un risque s’ils ne sont pas bien monitorés.

Le CVE s’attend à la distribution d’un montant global compris entre 60 et 70 milliards de DH grâce aux crédits Relance. En ajoutant ce qui a déjà été octroyé avec Damane Oxygène, l’on montera facilement à plus de 80 milliards de DH de nouveaux crédits octroyés d’ici la fin de l’année 2020. Cela représente plus de 20% de l’ensemble des crédits bancaires aux entreprises.

Même si Bank Al-Maghrib et le gouvernement tablent sur une reprise économique en « V », rien ne garantit que celle-ci n’interviendra pas à un rythme plus lent. Et la vitesse de la reprise différera selon les secteurs.

Les entreprises marocaines étant structurellement sous-capitalisées, et désormais fragilisées par la crise du Covid-19, on peut s’attendre à ce qu’il y ait de la casse. Le taux des impayés bancaires des entreprises s’élève déjà à plus de 10%.

Certes, des règles ont été instaurées, comme le fait de ne pas prêter aux entreprises qui ont déjà une créance compromise à fin février, et de limiter le taux d’endettement financier à 7 fois l’excédent brut d’exploitation. Mais s’il y a un taux élevé de transformation de l’encours sain en encours en souffrance, cela pourrait affecter la CCG qui garantira l’essentiel de ces crédits et qui est, rappelons-le, un établissement de crédit ; les banques dans une moindre mesure ; mais surtout les entreprises dont la survie, pour certaines, sera menacée.

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Tags : coronavirus, covid
Souhail Nhaili
Le 17 juin 2020 à 12h33

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