Le Maroc se met à la détection du coronavirus par l'analyse des eaux usées (ONEE)
Pour traquer le virus, l'ONEE a mené une expérience pilote sur les eaux usées de la région de Rabat avant d'étendre progressivement l'opération. L'organisme prévoit de renforcer l'équipement de 5 laboratoires régionaux. Détails.
Suivant quelques expériences étrangères, l'ONEE a lancé l'opération d'analyse des eaux usées il y a environ un mois, comme nous le révèle Abdelilah Belhaj, Directeur du contrôle de la qualité des eaux au sein de l’ONEE, joint par Médias24.
"Nous avons coordonné avec le ministère de la Santé pour développer la méthode scientifique. Les résultats des tests sont transmis aux autorités", explique-t-il.
M.Belhaj présente cette technique préventive comme "un bon indicateur pour savoir s'il y a un regain du virus dans une ville, région ou quartier donné. L’intérêt de la technique est d’anticiper, puisqu’elle permet d’en détecter les traces avant même que les symptômes ne soient visibles sur les porteurs du virus".
"Lorsqu’il y a une épidémie, le virus va se retrouver dans les selles des personnes porteuses et contaminer les eaux qui les évacuent", précise la même source.
Pas de traces de covid-19 dans les eaux usées de la région de Rabat
"Nous contrôlons les eaux usées au niveau des stations d’épuration que nous gérons, sachant que nous disposons de 112 stations d'épuration des eaux usées et que notre équipement, qui permet d’analyser les virus de manière générale, se trouve à Rabat.
"Après avoir testé et validé la méthode, nous avons commencé, il y a environ 3 semaines, par un test grandeur nature aux environs de Rabat, à travers les stations d’épuration de Aïn Aouda et Tamesna, à l’entrée et à la sortie de chaque station d’épuration. Les résultats de cette opération étaient négatifs", explique notre interlocuteur.
Par la suite, l'opération a été progressivement généralisée, pour rechercher la présence de traces de ce virus au niveau des stations d’épuration de Sidi Yahya, Berrechid, Chellalat (dans les environs de Casablanca), Laayoune, Es-Smara, Foum El Oued, Al Hoceïma, Melloussa (dans la région de Tanger), etc.
"Les premiers résultats de cette généralisation sont attendus pour la semaine prochaine, durant laquelle nous allons analyser les eaux usées à Khémisset et Bouznika", déclare la même source.
Un appel d’offre sera lancé pour équiper 5 laboratoires régionaux
Avant d’arriver à l’étape des résultats, les équipes chargées de mener à bien cette opération doivent suivre un protocole qui, selon M. Belhaj, "nécessite généralement l’utilisation d’un litre des eaux usées".
"Nous effectuons une préparation en abaissant le Ph à un niveau de 3,2. Par la suite, nous filtrons le contenu avec une "membrane filtrante" pour que le virus soit absorbé. Nous la mettons dans un milieu basique de Ph10 afin de libérer le virus absorbé dans la membrane, puis nous effectuons une extraction de l’ARN du virus à travers des kits prêts à l’emploi. Par la suite, nous passons à la détection directe via un équipement d’analyse du virus".
Dans le but de renforcer les laboratoires régionaux de l’ONEE, "un appel d’offres sera lancé, la semaine prochaine, pour l’acquisition de 5 autres équipements d’analyse de ce virus", déclare M. Belhaj.
Les laboratoires régionaux concernés par ce projet sont ceux d'Agadir, Marrakech, Fès, Errachidia et Oujda.
"Ces équipements seront utilisés pour rechercher la présence du coronavirus ainsi que d'autres organismes pathogènes dans les eaux usées", précise-t-il.
Expériences étrangères et révélations : Espagne, Italie et Israël
Comme l'a rapporté l'AFP en juin dernier, l'expérience israélienne repose sur l'utilisation de capteurs qui "mesurent le débit des eaux usées ainsi que la distance parcourue dans les égouts et utilisent des algorithmes pour déterminer le meilleur moment pour prélever des échantillons. Ces derniers sont ensuite analysés dans des laboratoires chargés de détecter toute trace du virus".
"Un tel système de surveillance a déjà été utilisé pour d'autres virus comme en 2013 pour contenir une brève épidémie de polio dans une ville du sud d'Israël."
L'utilisation de cette technique permet non seulement de traquer le virus mais aussi de retrouver son origine.
En effet, des études récentes ont démontré que les traces du virus étaient présentes dans les eaux usées de certaines villes quelques semaines, voire plusieurs mois, avant l'apparition des premiers cas de contamination dans le monde.
Les résultats d'une étude récente, effectuée par des scientifiques à Barcelone, ont été relayés par la presse étrangère (Huffingtonpost, Lci, Cnews) qui précise tout de même que ces résultats doivent être pris avec des pincettes.
Ces derniers révèlent que des traces du SARS-Cov-2 ont été retrouvées dans des échantillons d'eaux usées de Barcelone, datant de mars 2019.
L'Institut supérieur de la santé (ISS) italien, a annoncé dans un communiqué datant du 18 juin 2020, qu'une "étude a examiné 40 échantillons d’eaux usées, recueillis entre octobre 2019 et février 2020. Les résultats, corroborés par deux laboratoires différents avec deux méthodes différentes, ont confirmé la présence d’ARN du SARS-Cov-2 dans les échantillons prélevés à Milan et Turin le 18 décembre 2019".
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