Industrie automobile : Après le choc des exportations, craintes pour les emplois
L'industrie automobile a été l'un des secteurs à l'export les plus touchés par la crise du Covid-19. Des emplois y sont menacés en toute logique, reconnait une source au ministère de l'Industrie, qui tient toutefois à relativiser les choses, expliquant que plusieurs signaux laissent penser que les plans de licenciement seront moins violents que dans d'autres secteurs de l'économie.
Au Maroc, l'industrie automobile fait partie des secteurs qui ont été les plus touchés par la crise du Covid-19. Tournée essentiellement vers l'export, cette industrie s'est carrément effondrée durant les trois mois de confinement. Les chiffres à l'export des industriels marocains sont en cela édifiants.
En mars, les écoulements à l'international ont chuté de 85%, pour baisser encore de 72,6% en avril, puis de 88,6% en mai, selon les chiffres présentés au Parlement par le ministre des Finances lors de son exposé autour du PLFR. Loin, très loin du trend positif pris en début d'année, avec des évolutions à l'export de 6,7% en janvier et de 8% en février.
Une chute de 40% des exportations entre janvier et mai
Résultat des courses, selon les statistiques de l'Office des changes : entre janvier et mai, les exportations automobiles ont baissé de près de 40%, toutes branches confondues. Par métier, c'est le « câblage » qui a connu la plus forte chute (-48,6%), suivi de la « construction » (-36,5%) puis du segment de « l'Intérieur véhicules et sièges » (-36,5%).
Avec le textile (-33,8%), l'industrie automobile ressort comme la plus grosse victime de la crise du Covid. Des secteurs comme l'aéronautique ou l'agro-industrie ayant limité leurs pertes à l'export à 14,6% et 6,3% respectivement.
Un choc qu'une source au ministère de l'Industrie explique par l'effondrement de la demande à l'international et le blocage de toutes les chaînes de production au niveau mondial.
« Cette forte chute des exportations marocaines est liée en toute logique aux problèmes survenus sur les marchés internationaux. Notre industrie dépend essentiellement des donneurs d'ordres étrangers, qui étaient pratiquement tous à l'arrêt pendant les trois mois de confinement », explique notre source.
Une réduction des effectifs est attendue
Quel impact ce choc a-t-il eu sur les emplois dans le secteur ? Notre source nous confie qu'avec des usines à l'arrêt, la majorité des effectifs ont été mis au chômage partiel, mais à la reprise, les industriels n'ont pas renoué avec les mêmes niveaux d'emplois.
« Nous n'avons pas les chiffres pour l'instant pour les pertes d'emplois dans l'automobile, mais ce que je peux vous dire, c'est qu'en juin, on était à 82% des effectifs par rapport à la période d'avant Covid-19, et ce dans toutes les branches industrielles du pays », précise notre source.
Comme dans l'aéronautique où les professionnels du secteur annoncent d'ores et déjà des pertes potentielles d'emplois de près de 20%, l'automobile sera également touché par la vague de licenciements. Une vague légitime selon la logique d'un industriel qui doit calibrer ses charges à son niveau d'activité.
« Nous suivons ce sujet au quotidien et nous sommes en contact permanent avec les industriels dans l'automobile pour connaître leurs projections », assure notre source au ministère, sans s'avancer sur un chiffre.
Cette vague de licenciements dans l'automobile a déjà commencé au niveau mondial, y compris chez des entreprises ayant une grande présence au Maroc. Exemple de l'équipementier français Valeo qui a annoncé la semaine dernière un plan de suppression de 12.000 postes dans le monde sur le premier semestre, dont 2.000 en France. Donc 10.000 postes sont ciblés dans les autres sites de l'industriel dans le monde, dont ceux de Tanger qui comptent pas moins de 1.000 employés.
Le Maroc mise sur sa compétitivité pour sauver son tissu industriel
« Il y aura certainement des postes touchés au Maroc, mais pas au même niveau que dans le reste du monde », nuance toutefois notre source. « Quand il y a un problème ou une chute d'activité, les industriels commencent par réduire les effectifs ou fermer les usines les moins compétitives. Or, les usines marocaines dans l'automobile comptent parmi les plus compétitives dans le monde », explique notre source.
La compétitivité est, selon notre source, ce qui sauvera l'industrie automobile marocaine. Ce paramètre réduira les risques de fermetures de sites et de suppression des effectifs et peut même apporter de nouvelles affaires quand le marché mondial reprendra, explique notre interlocuteur.
« Nous l'avons déjà constaté en juin. Avec la reprise des marchés européens, les exportations marocaines aussi bien de pièces que de véhicules ont repris… C'est un bon signal et cela montre que le Maroc fera partie des pays qui profiteront de la reprise du secteur dans le monde », confie notre source, qui se dit « optimiste » pour l'avenir.
Il y a des tendances rassurantes qui représentent de bonnes nouvelles pour l'industrie auto marocaine, explique-elle. Deux phénomènes en particulier sont notés par notre source :
- « les plans de relance en Europe qui ont boosté le marché automobile, ce qui impactera directement les exportations des équipementiers marocains ».
- Et « le regain d'intérêt pour l'automobile dans les marchés européens et mondiaux, causé par la propagation du virus et de l'incompatibilité de la mobilité de masse avec les circonstances actuelles ».
Notre source nous donne pour cela l'exemple de la Citroën AMI, voiture électrique à petit prix produite par PSA à Kénitra. « Ce modèle connaît actuellement un grand succès en Europe notamment. Il se vend comme des petits pains, au point que les ventes dépassent largement les projections initiales de PSA », confie notre source.
Très dépendant des industriels français, le Maroc a été pour rappel épargné de la vague de relocalisation annoncée le 26 mai dernier par le président Emmanuel Macron. Ce plan qui vise à rapatrier les usines des industriels français situés hors Hexagone ne concerne que les segments électriques et hybrides. Des branches peu présentes au Maroc, où Renault et PSA fabriquent essentiellement des véhicules diesel et essence. C'est déjà ça de gagné…
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