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ECONOMIE

Youssef Guerraoui : “Le statut de l'auto-entrepreneur est une étape, pas une solution”

Pour Youssef Guerraoui Filali, président du CMGM, l'entrepreneuriat des jeunes est confronté aux problèmes d'accès au financement et à l'information. Le statut d'auto-entrepreneur est une expérience réussie mais pas une solution. 

Sara Ibriz
Le 6 octobre 2020 à 16h56 | Modifié 11 avril 2021 à 2h48

“A cause de la pandémie, 142.000 entrepreneurs, soit 57% des entreprises ont annoncé l’arrêt provisoire ou définitif de leurs activités. 135.000 ont été obligés de suspendre leurs activités, tandis que 6.300 ont définitivement fermé”, déclare Imane Lahrich, chargée des programmes au sein du Policy center for the new south. 

Cette dernière a reçu, le 29 septembre dernier pour une interview, Youssef Guerraoui Filali, président du Centre marocain de la gouvernance et du management. L'occasion pour ce dernier de s'arrêter sur les contraintes et perspectives liées à l’entrepreneuriat au Maroc, avant et après la pandémie. 

Youssef Guerraoui : “Le statut de l'auto-entrepreneur est une étape, pas une solution”

30.000 entreprises risquent la faillite d’ici fin 2020

“La situation des jeunes entrepreneurs au Maroc était complexe bien avant la crise sanitaire. Cette dernière a donné naissance à de nouvelles difficultés, différentes et plus importantes”, estime M. Guerraoui.  

“En 2019, 10.000 entreprises étaient en faillite. Cette année, si nous ne faisons rien pour sauver la situation durant les trois prochains mois, nous risquons de nous retrouver avec 30.000 entreprises en faillite”, alerte-t-il. 

En effet, les 3 mois de confinement ont été très difficiles pour les entreprises. Ce qui n’est pas surprenant compte tenu de la paralysie économique qu'a connu le monde entier. 

Cela dit, les difficultés rencontrées par les entreprises en temps de Covid-19 ne se limitent pas aux 3 mois de confinement général. Pour M. Guerraoui certaines décisions, toujours en vigueur, ne facilitent pas la situation. 

“Plusieurs entrepreneurs que nous essayons d’aider dans le centre, ont témoigné des difficultés rencontrées pour se déplacer entre les villes. La décision qui consiste à fermer les villes permet de maîtriser la pandémie certes, mais il ne faut pas non plus paralyser l’économie. Les TPME ont besoin de commercialiser leurs produits entre les régions, acheter les matières premières nécessaires à la production et cela exige des déplacements”, ajoute-t-il. 

Par ailleurs, la pandémie et la décision de confinement qui s’en est suivie a arrêté le programme “Intelaka”, lancé en janvier 2020. Les problèmes de financement pour les jeunes entrepreneurs perdurent. 

Simplifier l'information c'est encourager l'entrepreneuriat 

“Peu importe le mode de financement, le souci reste le même: un blocage chez les jeunes entrepreneurs qui considèrent l’accès au financement comme une procédure difficile. Or, le programme Intelaka a bien marché entre janvier et mars et plusieurs porteurs de projets ont pu bénéficier de financements", indique M. Guerraoui.

"Cela dit, l’annonce du confinement a tout gelé et les raisons sont compréhensibles. Selon certains responsables de banques, l’octroi de crédits pendant le confinement ne permet pas de lancer les projets”, ajoute-t-il.

A la recrudescence des problèmes d'accès au financement, s'ajoute ceux liés à la transmission de l'information. Youssef Guerraoui estime que les informations sur les programmes de financement ne sont ni assez bien expliquées ni largement relayées.  

“Il faut organiser des ateliers, informer les gens sur les financements qui existent, expliquer les modalités de manière claire car il ne faut pas oublier que tous les entrepreneurs ne sont pas forcément formés".

Dans ce sens, comme l'annonce M. Guerraoui, le Centre marocain de gouvernance et de management a organisé plusieurs rencontres à Casablanca, Fès et Benslimane avant d'être stoppé par le Covid-19.

Durant ces événements, des directeurs de banques ont expliqué, par exemple, les motifs de rejets de certains dossiers de financement dans le but de montrer aux intéressés les erreurs à éviter.  

Auto-entrepreneur : comment améliorer une expérience réussie ? 

Selon M. Guerraoui, l’expérience la plus réussie dans les chantiers lancés pour aider les entrepreneurs au Maroc est celle de l'auto-entrepreneur. 

“Pour obtenir le statut d’auto-entrepreneur, les procédures sont plus simples comparées à celles de la création d’une S.A ou S.A.R.L”, indique-t-il.

“La simplification des procédures a déjà commencé au Maroc. Mais pour avancer, il faut accélérer la transformation numérique. Tout doit se faire via internet”, ajoute M. Guerraoui. 

Il s’agit donc d’une expérience réussie mais pas d’une solution pour panser les maux de l'entrepreneuriat. Du moins, pas de manière permanente. 

Pour Youssef Guerraoui, “il s’agit d’un premier pas” qui permet à l’entrepreneur de profiter de certains avantages “en attendant le passage obligatoire à l’étape suivante”. 

“C’est là que nous constatons quelques appréhensions de la part des entrepreneurs. Face à l’obligation de créer une S.A ou S.A.R.L et face aux impôts qui accompagnent cette nouvelle phase entrepreneuriale, certains choisissent d’arrêter leur expérience, d’autres de se tourner vers le secteur informel. Tout ceci, pour éviter de s’engager dans une démarche plus complexe. Ceci indique qu’il faut innover de manière à encourager les entrepreneurs”. 

Dans ce sens, M. Guerraoui propose diverses mesures dont la suppression de la TVA pendant les 5 premières années suivant la création de l'entreprise, ou encore un soutien étatique qui couvre une partie de l'impôt sur le revenu des salariés pendant les premières années, voire même l’exonération de l'IR, comme ce qui a été fait pour encourager les investisseurs étrangers à venir s’installer au Maroc.

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Tags : TPE
Sara Ibriz
Le 6 octobre 2020 à 16h56

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