Le difficile retour à l’école des enfants rattrapés par la phobie scolaire
Le message anxiogène véhiculé malgré eux par certains parents a accentué les craintes de leurs enfants de retourner à l’école, lieu qu’ils associent désormais à un risque de contamination, constatent deux pédopsychiatres et une psychologue clinicienne contactées par Médias24.
Le retour à l’école ne se passe pas toujours sous les meilleurs auspices. Le déconfinement, et plus récemment le retour de l’enseignement en présentiel, n’ont pas apaisé les craintes, voire les angoisses suscitées auprès des plus jeunes par l’apparition du Covid-19. ''L’impact du confinement sur les enfants ne cessera pas avec le déconfinement'', avaient d’ailleurs prévenu la Société marocaine de psychiatrie et la Société marocaine de pédiatrie lors d’un wébinaire en mai dernier.
Nawal Idrissi Khamlichi, pédopsychiatre et présidente de la Société marocaine de pédopsychiatrie, dit constater ''un nombre important'' de troubles anxieux chez les enfants lors de ses consultations pédopsychiatriques.
''Certains enfants présentaient déjà des anxiétés assez légères avant le confinement, notamment une anxiété de séparation, mais elles se sont accentuées pendant le confinement puisqu’ils restaient sans cesse collés aux parents'', observe Nawal Idrissi Khamlichi, jointe par Médias24.
Le refus scolaire anxieux n'est pas une pathologie, c'est un symptôme
Les enfants qui font état actuellement d’un ''refus scolaire anxieux'', terminologie officielle de ce qui était auparavant appelé ''phobie scolaire'', ne sont donc pas ceux qui ne présentaient aucune vulnérabilité avant le confinement. Au contraire : les fragilités dont ils souffraient ont fait le lit de cette anxiété scolaire. ''Le refus scolaire anxieux n’est pas une pathologie ; c’est un symptôme derrière lequel se cache souvent une anxiété latente, plus profonde. On retrouve par exemple une anxiété de séparation, mais aussi une anxiété sociale : l’enfant ne veut pas confronter le regard des autres et reste chez lui pour s’en préserver'', explique Nawal Idrissi Khamlichi.
D’autres symptômes d’anxiété chez l’enfant peuvent venir se greffer, notamment ''des enfants collés aux parents, qui s’inquiètent lorsque les parents sortent et attendent avec impatience qu’ils rentrent ; des cauchemars, une augmentation de la fréquence des crises de colère, une irritabilité, des comportements agressifs ou d’agrippement, une perturbation du sommeil et/ou de l’appétit'', souligne Nawal Idrissi Khamlichi.
L’entourage, une influence cruciale pour l'enfant
De plus, le message transmis par l’entourage indique parfois que le danger vient de l’extérieur. ''Ces enfants se sentent donc en insécurité lorsqu’ils sont à l’extérieur du domicile familial'', souligne précise Nawal Idrissi Khamlichi.
La pédopsychiatre Soraya Dorhmi, également jointe par Médias24, estime en effet que l’environnement familial a une influence cruciale dans la manière dont l’enfant appréhende le virus. Car l’attitude des parents conditionne celle de l’enfant. ''Si les parents transmettent le message selon lequel le monde extérieur est dangereux – même de façon plus ou moins consciente –, l’enfant perçoit le fait d’aller en crèche ou à l’école comme une menace. Ce ne sont pas les enfants, mais les parents qui pèsent le rapport bénéfice/risque et en concluent que leurs enfants encourent un risque de contamination trop important en allant à l’école'', dit cette pédopsychiatre.
''La réaction de l’enfant est influencée à 90% par celle des parents : si le parent réagit sans angoisse et fait preuve de pédagogie, l’enfant n’angoissera pas à l’idée d’aller à l’école. En réalité, ce sont les parents qui projettent leurs angoisses sur les enfants. Les enfants, eux, ne font que s’identifier à leurs pairs. Or depuis six mois, leurs pairs, ce ne sont que les parents'', abonde Sarah Berrada, psychologue clinicienne.
Le ressenti de certains parents est diamétralement opposé aux recommandations formulées par les pédiatres, constate Soraya Dorhmi. Fin août, le Dr Hassan Afilal, président de la Société marocaine de pédiatrie, avait insisté auprès de Médias24 sur le très faible risque de contagion émanant des enfants. "Les enfants de moins de 14 ans ne sont pas très transmetteurs, et les moins de 10 ans le sont encore moins: ils ont très, très peu de risques de contracter le virus. Dans la grande majorité des cas, il s’agit plus d’une contamination de l’adulte vers l’enfant, rarement l’inverse", avait-il déclaré.
Soraya Dorhmi invite ainsi les parents à "se pencher sur les recommandations scientifiques des pédiatres et pédopsychiatres". Elle insiste : "Ce ne sont pas des éléments que les sociétés savantes avancent sans preuve. Le bénéfice à retourner à l’école pour les enfants est bien plus important que le risque."
La fratrie aussi joue un rôle prépondérant, précise Sarah Berrada, et plus particulièrement la position de l’enfant au sein de cette fratrie : ''Dans certaines familles, les plus jeunes se sont laissés emporter par l’angoisse de leurs aînés, car le plus âgé est souvent considéré par le plus jeune comme celui qui sait mieux que lui.''
Un enfant anxieux est un enfant qui ne se concentre pas
Cette psychologue clinicienne ne constate pas un nombre particulièrement élevé de troubles anxieux chez ses jeunes patients, mais admet une ''légère'' augmentation des consultations liées à l’angoisse de certains enfants d’être à nouveau confrontés au monde extérieur, en l’occurrence à travers l’école. Et plus encore : ''Quelques-uns sont presque devenus hypocondriaques : la moindre petite toux ou douleur provoque la panique.''
Problème : l’anxiété à l’école favorise les troubles de l’apprentissage. Un enfant anxieux, c’est un enfant qui n’est pas concentré. L’anxiété dans un contexte scolaire peut se manifester par une instabilité motrice – des enfants qui bougent beaucoup, ont du mal à rester assis – et des difficultés attentionnelles.
Parfois, c’est l’inverse : ce sont les troubles de l’apprentissage qui génèrent une anxiété d’aller à l’école. L’enseignement à distance a en effet accentué des troubles comme la dyslexie et la dysorthographie, et précipité le décrochage scolaire. ''Les enfants qui sont aujourd’hui en situation de décrochage scolaire ont désormais beaucoup de mal à retourner à l’école'', constate enfin Nawal Idrissi Khamlichi.
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