img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Les défis et opportunités du textile marocain pour la période post-Covid (Etude)

L’Institut marocain d’intelligence stratégique a analysé les opportunités que l’industrie du textile devra saisir à l’issue de la crise sanitaire, et même avant qu’elle ne prenne fin. Le secteur va devoir capitaliser sur les niches impulsées par cette crise, en l’occurrence la production de blouses et de masques.

Les défis et opportunités du textile marocain pour la période post-Covid (Etude)
Solène Paillard
Le 23 octobre 2020 à 15h46 | Modifié 11 avril 2021 à 2h48

La chute drastique des exportations marocaines du secteur de l’habillement vers l’Union européenne avait fait dire, fin août à un opérateur de cette filière, que le Maroc allait devoir mettre les bouchées doubles et élaborer une stratégie claire pour rectifier le tir, estimant que la crise sanitaire a impulsé des opportunités que le royaume a tout intérêt à capter.

Deux mois plus tard, dans une étude intitulée ''La chaîne de valeur du textile-habillement marocain à l’épreuve du Covid-19'', Nabil Boubrahimi, expert auprès de l’Institut marocain d’intelligence stratégique (Imis) et professeur d’économie, confirme le constat selon lequel la crise du Covid-19 a effectivement créé des opportunités et des défis que le secteur du textile dans sa globalité va devoir saisir. S’il veut reprendre durablement la main sur la crise qu’il subit actuellement. Car cette filière pèse lourd : elle est la première contributrice à la création d’emplois industriels (près de 160.000) et une importante pourvoyeuse de devises, située au 3ème rang national en termes d'exportation de biens.

Poursuivre la production de masques et de blouses même après le Covid

Les opérateurs marocains du textile doivent d’abord tabler sur les ''possibilités de captation de transferts de commandes et d’opportunités d’investissement. Compte tenu des relocalisations des activités implantées en Asie, sous l’effet de la pandémie du Covid-19''.

Le choc sanitaire, puis économique qui s’en est suivi, a montré les limites de la dépendance des Européens aux marchés asiatiques. 

''Les pays européens se sont retrouvés en pénurie de masques et de blouses, entre autres, parce que l’approvisionnement de ces produits a été perturbé à cause de la crise sanitaire.

Il y a un enseignement à tirer de cette perturbation : les marchés, européens en l’occurrence, doivent s’approvisionner sur un marché sûr et de proximité'', estime Nabil Boubrahimi, joint par Médias24.

Et c’est là que le Maroc entre en scène, puisque l’opportunité s’offre à lui d’orienter le secteur du textile vers les équipements de protection individuelle – les fameux EPI. 

Dans son étude, Nabil Boubrahimi évoque en effet la possibilité de ''capitaliser sur l’élan de reconversion vers des niches à forte valeur ajoutée. En s’inscrivant dans la dynamique impulsée par la crise sanitaire, et en réorientant une partie de l’appareil productif vers des consommables médicaux ou des textiles à usage technique ou professionnel''.

Ce professeur estime que le Maroc gagnerait à ne pas cesser sa production de masques et de blouses à l’issue de la crise sanitaire. Au contraire : ''Il faut préparer cette offre pour le marché européen, voire américain. Les acteurs marocains du textile doivent proposer un package aux Européens. Et les équipements liés au textile y ont toute leur place.''

Le Maroc en a les moyens : mi-mai, en pleine épidémie, 23 usines étaient chargées de la fabrication de masques non tissés. La production quotidienne dépassait 10 millions de masques.

Plus encore : ''Étant donné que le Maroc dispose d’un stock stratégique pour l’après-confinement de 50 millions de masques, nous avons décidé, hier, de procéder à l’export de ces masques'', avait déclaré Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie.

L’Afrique, un autre marché prometteur

L’Europe n’est pas le seul marché vers lequel le Maroc doit se tourner. ''L’industrie marocaine du textile ne doit pas avoir un débouché, mais des débouchés. On ne peut pas rester dépendant d’un seul et même marché'', recommande l’expert de l’Imis. L’autre marché auquel il pense, c’est l’Afrique.

L’exploitation de la demande continentale sur le front du textile doit en effet permettre de reconfigurer la chaîne de valeur régionale.

''L’Afrique a besoin de produits textiles, donc on peut aussi miser et vendre sur ce marché. Certains pays comme le Mali ont du mal à vendre leur coton à l’état brut, or le Maroc a besoin de ce coton en tant qu’intrant pour sa filière textile.

''Il faut concevoir une chaîne de valeur complète par rapport aux intrants déjà disponibles sur certains marchés africains : le coton malien, le Maroc peut l’importer, le traiter et le transformer pour le réexporter par la suite vers les marchés africains, ou créer des unités industrielles sur les marchés africains où cet intrant est déjà présent.''

Il souligne au passage le rôle de la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine) dans le repositionnement du textile marocain à l’échelle africaine.

Nabil Boubrahimi estime que la mise en place de cette zone de libre-échange ''peut être perçue comme le cadre global de partenariat entre les pays africains, afin de prioriser les secteurs d’intérêt commun, dont notamment le secteur du textile et de l’habillement''.

Maîtriser les nouvelles technologies pour mieux maîtriser la demande

Mais encore faut-il se donner les moyens de ces ambitions. Pour Nabil Boubrahimi, le secteur du textile doit se mettre au diapason des nouvelles technologies. 

En une phrase : les producteurs marocains doivent penser digital. 

''La transformation au sein d’unités locales avec des outils s’imprégnant de la digitalisation et du partage des données est devenue le mode opératoire préconisé pour exporter des produits finis répondant aux attentes de consommateurs de plus en plus exigeants'', écrit-il dans son étude.

Exemple : ''Il faut que les entreprises marocaines soient équipées en Big data afin de permettre aux donneurs d’ordre de suivre leur commande. 

Les clients doivent en effet pouvoir accéder à des systèmes d’information connectés, partagés par les ateliers de production. Ce sont des systèmes qui existent en Asie ; 

c’est quelque chose de tout à fait normal, mais pas au Maroc.''

La compétitivité de la chaîne de valeur du textile, qui passe à la fois par la maîtrise de l’amont et de l’aval de la filière, nécessite de ''se procurer les informations sur les clients, la conception, l’innovation et la R&D, la maîtrise du Big data et des portefeuilles clients'', souligne Nabil Boubrahimi dans son étude.

Et d’ajouter, enfin : ''Concernant l’aval de la chaîne de valeur du secteur, ceci devrait concerner les activités de vente et de distribution fondées sur le marketing digital, les canaux virtuels tels que les VPM (Virtuel Market Place) et l’e-distribution en y intégrant les moyens de transport et de logistique adaptés – ''c’est ce que font les marques turques'', souligne l’enseignant. (...)

''Aussi, ces unités seront appelées à partager, via des plateformes intégrées avec les donneurs d’ordre, leur processus d’approvisionnement et de fabrication de façon permanente.''

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Solène Paillard
Le 23 octobre 2020 à 15h46

à lire aussi

Échanges extérieurs : hausse des importations des biens d’équipement de 10,2 MMDH à fin mars 2026 par rapport à 2025
ECONOMIE

Article : Échanges extérieurs : hausse des importations des biens d’équipement de 10,2 MMDH à fin mars 2026 par rapport à 2025

À fin mars 2026, les échanges extérieurs du Maroc ont été marqués par une hausse des importations de biens d’équipement de 10,2 milliards de DH par rapport à fin mars 2025, tandis que les exportations du secteur automobile ont progressé de 12,1%. Détails.

IDE : les recettes reculent de 13,1% par rapport à fin mars 2025
ECONOMIE

Article : IDE : les recettes reculent de 13,1% par rapport à fin mars 2025

DATA. À fin mars 2026, les recettes IDE se sont établies à 12,12 MMDH, en baisse de 13,1% par rapport à fin mars 2025.

Mondial 2026 : Youssef Amrani visite les stades où jouera le Maroc
Quoi de neuf

Article : Mondial 2026 : Youssef Amrani visite les stades où jouera le Maroc

L’ambassadeur du Maroc aux États-Unis, Youssef Amrani, a effectué une tournée diplomatique en Géorgie et dans le Massachusetts. Entre préparatifs de la Coupe du monde de football 2026 et renforcement des alliances économiques, cette visite marque une nouvelle étape dans la "diplomatie de proximité" entre Rabat et les grandes métropoles américaines.

Sahara marocain : l’Allemagne réaffirme son soutien à l’initiative d’autonomie et la juge “sérieuse et crédible”
DIPLOMATIE

Article : Sahara marocain : l’Allemagne réaffirme son soutien à l’initiative d’autonomie et la juge “sérieuse et crédible”

À l’issue du dialogue stratégique Maroc-Allemagne tenu à Rabat, Berlin a réaffirmé son soutien à l’Initiative marocaine d’autonomie, jugée "sérieuse et crédible" pour le règlement du dossier du Sahara, estimant qu’une "véritable autonomie sous souveraineté marocaine" constitue l’option la plus réaliste, tout en annonçant son engagement à agir en cohérence sur les plans diplomatique et économique.

Hydrogène vert : l'écart entre ambition et exécution des projets en débat à Fès
Energie

Article : Hydrogène vert : l'écart entre ambition et exécution des projets en débat à Fès

À l'Université Euromed de Fès, le cluster marocain de l'hydrogène vert (Green H2) a réuni experts, industriels et académiques autour des enjeux et défis de la filière, avec un focus sur ses deux produits stratégiques que sont le méthanol et l'ammoniac verts.

Recettes voyages : hausse de 23,5% à fin mars 2026
ECONOMIE

Article : Recettes voyages : hausse de 23,5% à fin mars 2026

Les recettes voyages ont atteint 31 MMDH à fin mars 2026, en hausse de 23,5% sur un an, selon les données provisoires de l’Office des changes.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité