Gestion Covid-19: la confiance des Marocains se dégrade, l'inquiétude s'accroît
A la fin du confinement, la majorité des Marocains avaient confiance dans la gestion du Covid-19 et les mesures mises en œuvre pour y faire face. Toutefois, cette confiance s’est largement dégradée quelques mois après.
C'est ce que disent les résultats d’un sondage réalisé par le Policy Center for the New South (PCNS) et Ipsos Maroc. Cette analyse sur la perception des Marocains de la pandémie, de ses conséquences présentes et à venir ainsi que des politiques publiques mises en place pour y faire face, repose sur des réponses fournies, à travers un même questionnaire, en trois vagues de sondage: à partir de la période de la fin du confinement en juin à la deuxième quinzaine du mois de septembre.
L’échantillon constitué pour chaque vague est représentatif de la population marocaine en termes d'âge (plus de 18 ans), de genre, de région d’origine et de profession. Le questionnaire a été soumis en ligne ou par téléphone. Les deux premiers échantillons (des 2 premières vagues) comportaient environ 1.000 personnes, et le troisième 1.500 répondants.
Juin (vague 1): la majorité des Marocains font confiance aux parties impliquées à la gestion du Covid
Les résultats de la première vague de sondage montre que 91% des personnes interrogées déclarent faire "tout à fait confiance" ou "plutôt confiance" aux scientifiques, 86% formulent le même avis à propos des médecins et 71% à propos des policiers et des gendarmes.
Source: PCNS
Les mesures prises par le gouvernement sont globalement approuvées en juin par les personnes interrogées: la majorité des répondants se disent "tout à fait favorables" ou "plutôt favorables" à un confinement général, à l’instauration d’un couvre-feu et d'un contrôle des déplacements par la police et la gendarmerie, à la fermeture des écoles et universités, à la fermeture des commerces non-indispensables et à l’interdiction des déplacements non-indispensables.
En revanche, l’inquiétude est assez nette à propos de la situation économique. Si les mesures prises par le gouvernement paraissent approuvées dans leur globalité par la population, 36% des personnes interrogées les jugent insuffisantes en matière économique. 70% des sondés pensent que la pandémie va avoir de graves conséquences pour l’économie au Maroc.
La situation financière des ménages explique probablement cette inquiétude: 40% des personnes interrogées déclarent être dans l’incapacité absolue de faire face à une dépense de 2.000 DH qu’elles n’auraient pas prévue. Seulement 21% des sondés considèrent être aptes à le faire.
Au plan psychologique et concernant la satisfaction à l’égard de la vie menée mesurée sur une échelle de 1 à 10, plus de la moitié des sondés l'évaluent entre 6 et 10.
Toutefois, un mal-être perceptible se dessine avec 67% des personnes interrogées qui déclarent avoir vécu plusieurs jours d’abattement, de dépression ou de perte d’espoir et 81% plusieurs jours de diminution marquée d’intérêt ou de plaisir dans les activités.
Juillet à mi-septembre (vagues 2 et 3): une défiance et une inquiétude croissantes
La deuxième vague de sondage (juillet) et, plus encore, la troisième (septembre), affichent une baisse de tous les indicateurs de confiance, accompagnée d'une augmentation de l’inquiétude des populations interrogées.
Source: PCNS
Egalement, l’appréciation globale sur la gestion de la pandémie par le gouvernement s’est dégradée. En septembre, seulement 40% des personnes interrogées sont satisfaites, contre 81% en juin.
Source: PCNS
De la même manière, l’inquiétude à l’égard de la situation économique et des dangers du Covid-19 ont également augmenté à partir de juillet.
Source: PCNS
La situation financière des sondés ne s'est pas améliorée. Comme en juin, 39% des répondants déclarent être dans l’absolue incapacité de faire face à une dépense de 2.000 DH qu’ils n’auraient pas prévue et 21% d'entre eux considèrent être capables de le faire.
Au plan psychologique, la situation s’est également dégradée. Ainsi, à propos du degré de satisfaction à l’égard de la vie menée, 49% personnes interrogées l’évaluent de 6 à 10 en septembre, contre 56% en juin.
La fréquence des manifestations de mal-être reste, quant à elle, à un niveau stable entre les vagues de sondage 1 et 3.
Enfin, ces 3 vagues de sondage soulignent principalement que la confiance affichée à l’égard du gouvernement, des élus et des mesures qu’ils ont prises pour combattre la pandémie, s’est dégradée entre juin et septembre au Maroc.
"Corrélativement, les inquiétudes liées à la situation sanitaire et économique du pays se sont accrues. Comme dans beaucoup de pays, cette évolution semble étroitement liée à celle de la pandémie. En effet, les cas du Covid-19 et les décès liés à la maladie déclarés ont fortement augmenté au Maroc aux mois d’août et de septembre', conclut l’analyse du PCNS.
Par ailleurs, il est à noter que ce sondage s’inscrit dans le cadre du programme de recherche "Attitudes Towards Covid-19", réalisé avec un consortium de partenaires académiques internationaux (Sciences po, Harvard Business School, Bocconi University, notamment)1. Ce programme vise à comparer les données recueillies dans 8 pays européens, 7 pays africains dont le Maroc, ainsi que le Brésil, le Canada, les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Lire aussi: Un sondage VQ-Médias24: Les Casablancais semblent résilients face à la crise sanitaire
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