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ECONOMIE

Industrie du cuir : les opportunités à saisir post-Covid (experts)

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a organisé, jeudi 12 novembre, un webinaire sur les enjeux et les opportunités post-Covid 19 du secteur du cuir. Voici les principales conclusions. 

Industrie du cuir : les opportunités à saisir post-Covid (experts)
Kenza Khatla
Le 16 novembre 2020 à 16h52 | Modifié 10 avril 2021 à 23h03

Le cuir est l'un des secteurs les plus touchés par la crise du Covid-19. La baisse des commandes et les contraintes commerciales ont provoqué un ralentissement des exportations, qui absorbent en temps normal plus de 60% de la production totale du secteur. 

"On a senti une certaine relance à partir des mois d'août et septembre, mais les difficultés vont de nouveau se faire sentir, puisqu'il y a eu dernièrement un reconfinement en Europe et que le Royaume est très lié, à l'export, aux marchés français, espagnol et italien", a souligné Taha Ghazi, Directeur des industries du cuir et du textile, au niveau du ministère de l'Industrie.  

Lors de ce webinaire, les différents intervenants ont dressé la situation actuelle du secteur, présenté les défis auxquels ils sont confrontés, et émis des recommandations pour un meilleur développement du secteur. 

Diagnostic et état des lieux du secteur

"Le secteur du cuir est dans une crise chronique depuis une vingtaine d’années, et le Covid n’a fait qu'accentuer une morosité déjà installée", a fait savoir Driss El Alami, expert en tanneries. "La capacité de production en cuir fini au Maroc reste très limitée et la plupart des tanneries ont, depuis longtemps, arrêté d’investir dans le matériel et le savoir-faire".

"La problématique de la capacité de production est principalement due à un souci de matières premières, la peau brute. Le marché de la matière première est un marché informel et la collecte est encore dans un état primitif, loin d'être professionnalisée et structurée. Il est également en déphasage avec le marché international au niveau des prix. C’est un marché saisonnier, incapable de fournir des volumes stables durant toute l'année et une constance au niveau de la qualité".

"Par conséquent, on trouve que la chaine de valeur, dans le secteur du cuir de manière générale, ne parvient pas à se consolider. Elle est disloquée. D’une part le fabriquant de chaussures, de la maroquinerie ou des vêtements de cuir n’arrivent pas à trouver sur place une offre qui puisse satisfaire ses besoins en cuir fini, avec un ratio qualité-prix acceptable et compétitif. Dans la plupart des cas, les tanneurs n’arrivent pas à respecter les délais de livraison, à maintenir la qualité stable sur la durée et à suivre la tendance avec de nouveaux articles et de nouvelles méthodes, ni à fournir un cuir en respect avec les règles écologiques".

"D’autre part, une tannerie moderne ne peux pas survire en travaillant sur le marché local uniquement. Si elle le fait, elle risque de se trouver en grande difficulté. Le premier problème qui se pose, est relatif au manque de régularité des commandes de la part des fabricants, et leur répartition sur l’année ne permet pas au tanneur de planifier ses approvisionnements et sa trésorerie. Le deuxième, est celui du recouvrement. Une crise de liquidités est installée dans le secteur depuis longtemps et le tanneur se trouve devant un nombre très limité de clients solvables avec qui il peut entretenir et développer sa capacité de production".

"Ce que l'on demande depuis longtemps, c'est de consolider cette chaine de valeur dans le cadre d’un écosystème et d’un cluster, susceptibles de rapporter un peu de dynamisme au secteur".

Souhaila Mahlou, directrice générale adjointe de la société de production de chaussures, Pretty Shoes, a également évoqué le souci de la matière première "importée principalement d'Italie et d'Espagne, ce qui bloque les producteurs de chaussures marocains. On perd en compétitivité, en termes de prix et de délai de livraison". 

"Il y a également un problème au niveau de la formation des ressources humaines". En effet, la formation est importante pour la montée en gamme des compétences, et suivre le rythme de technologie demandé.

Des opportunités à saisir

"Malgré ces problèmes, c’est un secteur avec de grands potentiels", estime M. El Alami. "Il est vrai que le secteur a pris beaucoup de retard. Nous sommes dépassés par des pays asiatiques et africains qui ont commencé bien après nous et qui ont pu réussir leur plan d’émergence, tels que le Vietnam et l'Ethiopie"

"Mais il y a aujourd'hui deux événements qui sont derrière une opportunité réelle pour le Maroc. La première c’est cette pandémie, qui a créé une turbulence sans précédent au niveau de la chaine logistique mondiale et qui a dévoilé au grand jour la dépendance grave de l'Europe envers l’Asie et la Chine en particulier. Nous avons vu comment l'Europe a été en rupture de stock pour de nombreux produits. Par conséquent, des plateformes logistiques stratégiques vont apparaître bientôt et dans un future proche, un redéploiement de la production est attendu dans plusieurs industries, notamment celle du cuir. Le Maroc se trouve dans une bonne position géographique, qu'il peut mettre en valeur pour attirer de nouvelles relocalisations industrielles".

En effet, d'autres intervenants ont confirmé, durant ce webinaire, que de nombreux clients vont délocaliser leurs commandes au Maroc à partir de l'année prochaine, en raison de la proximité. Le but étant de ne plus dépendre complètement de l'Asie. 

"Ensuite nous avons la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, qui pousse les industriels chinois, asiatiques et occidentaux à relocaliser une partie de leur production en dehors de la Chine, pour échapper aux nouveaux tarifs douaniers. Ici encore, le Maroc a non seulement l’avantage de la position géographique, mais aussi l’avantage de l’accord de libre-échange avec les USA", poursuit-il.

"Nous avons ainsi la possibilité de rattraper le retard au niveau de l’émergence, en mettant en place un cluster et un écosystème qui répondent aux normes internationales au niveau écologique et qui soient attractifs pour les industriels marocains et étrangers, notamment les Asiatiques et les Européens", ajoute l'expert en tannerie, notant qu"'il ne s’agit pas de rassembler les unités industrielles marocaines en manque de vitalité et de les mettre dans un lot de quelques hectares, mais plutôt, de tirer le secteur vers le haut par de nouvelles locomotives étrangères dans le cuir, la tannerie et la maroquinerie, qui vont ramener des investissements directs".

"A court terme, le potentiel de coopération avec les entreprises asiatiques qui veulent servir le marché européen est là, mais il faut surtout démarcher des partenariats avec des firmes qui veulent faire du Maroc une plateforme d’exportation vers les Etats-Unis ou l’Union Européenne. Ce sont ces firmes qui souffleront un nouveau dynamisme dans le secteur".

Pour Mme Mahlou, "le grand avantage qu’on a au Maroc, c’est le savoir-faire et l’expertise dans le secteur du cuir. Ce n'est donc pas la qualité qui nous manque, mais les moyens pour avancer. On a un problème de charges, que les industriels ne maîtrisent pas, et de qualification de la main d'oeuvre. On a également besoin de stylistes, puisque la majorité des professionnels font appel à des étrangers pour développer des collections et pouvoir commercialiser à l'étranger". 

Quelques recommandations

Pour conclure ce webinaire, les participants ont émis quelques recommandations pour un meilleur développement du secteur. En voici les principales:

- La diversification pour pouvoir desservir de nouveaux marchés à l'export. "Il faut travailler sur l'attrait de nouveaux donneurs d'ordre", souligne M. Ghazi. "La crise nous a montré qu'on ne peut pas rester concentré sur trois ou quatre donneurs d'ordres. Durant le Covid, les entreprises étrangères ont été impactées, et ont donc arrêté les commandes au Maroc". M. El Alami recommande, lui, "d'aller plus vers les marchés qui ne sont pas conventionnels, tels que les marchés scandinaves, asiatiques et africains". 

- Opérationnaliser la préférence nationale pendant quelques années, afin d'améliorer structurellement la compétitivité des entreprises existantes et encourager les nouveaux entrants;

- Faciliter l'accès au financement pour les entreprises du secteur du cuir;

- Accélérer la formation;

- Prendre en compte l'aspect environnemental. 

Notons que "le secteur du cuir a réalisé un chiffre d'affaires de 4 milliards de DH à l’export en 2019", d'après Taha Ghazi. "Le secteur compte plus de 340 entreprises et emploie environ 36.000 personnes".

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Tags : cuir
Kenza Khatla
Le 16 novembre 2020 à 16h52

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