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Les troubles psychologiques des enfants démunis aggravés par la crise économique

La prise en charge des troubles psychomoteurs des enfants issus de milieux défavorisés est rendue compliquée par la crise sanitaire et économique, constate-t-on au sein du Centre d’action médico-sociale précoce (CAMSP) de l’association la Goutte de Lait, à Casablanca. Dans certains milieux très précaires, les enfants sont livrés à eux-mêmes et perdent de nombreux acquis cognitifs.

Les troubles psychologiques des enfants démunis aggravés par la crise économique
Solène Paillard
Le 19 novembre 2020 à 15h27 | Modifié 11 avril 2021 à 2h49

En cette période de crise sanitaire conjuguée à une crise économique, les familles modestes ne parviennent plus, ou du moins difficilement, à assurer le suivi et la prise en charge des troubles psychologiques et psychomoteurs de leurs enfants. C’est ce que constate Khadija Daoudi, psychologue au Centre d’action médico-sociale précoce (CAMSP) de l’association la Goutte de Lait, jointe par Médias24.

Ce centre, installé à Casablanca et spécialisé dans la prise en charge des enfants nés prématurément, accueille en moyenne une soixantaine de nourrissons et d’enfants, âgés de 0 à 8 ans. Malgré le coût relativement peu élevé des consultations, à hauteur de 80 DH, presque la moitié des familles qui y emmenaient leurs enfants ne le peuvent plus désormais. En cause : l’accroissement de leur précarité suite à une perte d’emploi et, pour d’autres, la crainte de contracter le virus, notamment lors des déplacements en transports en commun.

''Les prix sont modestes, à la mesure des moyens des familles que nous recevons, dont la plupart sont ouvriers, artisans ou fonctionnaires et ne peuvent pas assurer le coût d’une consultation dans le privé, d’autant que bien souvent, une seule consultation ne suffit pas. Les séances de rééducation psychomotricienne ou orthophonique doivent être faites régulièrement, à raison de deux ou trois fois par semaine'', indique Khadija Daoudi. Elle ajoute : ''Beaucoup viennent de la région du Grand Casablanca et sont contraints de prendre plusieurs bus ou taxis pour venir jusqu’à chez nous. C’est un facteur de risque que certains parents ne veulent plus prendre.''

L’influence du milieu social dans la perte des acquis

Les enfants viennent principalement pour des retards de langage, scolaires, des difficultés d’apprentissage, des troubles du développement… Autant de problématiques causées par une naissance prématurée qui, si elles ne sont pas suffisamment prises en charge, et le plus tôt possible, peuvent entraîner des pathologies plus graves. C’est ce qu’observe Khadija Daoudi chez les enfants auprès desquels elle travaille : ''Un retard de langage peut cacher des problèmes bien plus graves. C’est rare qu’il n’y ait par exemple qu’une simple dysgraphie ou dysorthographie. Souvent, quand on creuse, on s’aperçoit qu’il y a des pathologies assez lourdes, notamment des formes de psychose, des enfants détachés de la réalité, de l’autisme ou des déficiences mentales.''

Au centre, ces enfants reçoivent les stimulations nécessaires à leur développement cognitif et neurologique, grâce aux deux orthophonistes et aux deux psychomotriciennes que compte l’association. Or à la maison, c’est souvent beaucoup plus compliqué. Khadija Daoudi le résume en une phrase : plus l’enfant grandit dans un milieu défavorisé, moins il sera susceptible d’être stimulé. ''Dans les familles issues de la classe moyenne, dont certains parents ont fait quelques années d’études supérieures, les mamans sont plus attentives, plus impliquées, plus sensibilisées sur l’importance de ne pas relâcher les efforts. Elles continuent à stimuler leurs enfants par des jeux, des occupations, des sorties au marché, à la plage… Les progrès réalisés au centre ne sont pas perdus, au contraire. En revanche, d’autres parents ignorent l’importance du jeu dans le développement cognitif de l’enfant – et je ne parle pas ici de jouer pour éduquer, mais de jouer pour le plaisir : le jeu pour le jeu, simplement, sans objectif d’évaluation. Les parents issus de milieux très démunis, qui ne savent parfois ni lire ni écrire, considèrent que c’est une perte de temps et ne mesurent pas à quel point ces moments sont importants, parce qu’ils sont à la base des apprentissages. A la maison, beaucoup d’enfants sont livrés à eux-mêmes et passent leur journée devant la télévision, dans une passivité totale'', déplore Khadija Daoudi.

Mais voilà, l’absence de stimulations, surtout pendant une période de plusieurs mois, aggrave les retards causés par une naissance trop précoce. ''Lorsqu’ils ne sont plus suivis au centre, les enfants les plus modestes régressent : ils régressent dans leurs apprentissages, dans l’évolution de leurs acquis. On s’en rend déjà compte lorsqu’on ferme les locaux de l’association chaque année au mois d’août. Lorsqu’ils reviennent, une grande partie des enfants voient les capacités qu’ils avaient préalablement acquises être réduites, faute d’avoir été stimulées'', ajoute Khadija Daoudi.

Les stimulations dont parle Khadija Daoudi sont pourtant celles de la vie quotidienne – rien de très élaboré ou de difficile à mettre en place, notamment sur le plan financier, souligne cette psychologue. ''Il y a les jeux, la lecture, le dessin, la peinture, la pâte à modeler… Mais il y a aussi des petites choses du quotidien beaucoup plus simples, que l’on retrouve dans de très nombreuses familles marocaines et qui suffisent à stimuler l’attention de l’enfant : faire la cuisine, préparer le pain, les gâteaux… Tout peut être source de stimulation ; ce sont de petites choses que les parents peuvent faire d’une façon simple, voire machinale, en accompagnant leur enfant par des gestes et des démonstrations.''

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Solène Paillard
Le 19 novembre 2020 à 15h27

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