Faire du sport un levier de développement au Maroc: Les recommandations d'un expert
Dans un nouveau rapport, produit par Abdelkader Bourhim et envoyé à la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), l'expert en stratégie de développement des clubs et des organisations sportives émet une dizaine de recommandations pour faire du sport un véritable levier de développement au Maroc.
Dans ce rapport, intitulé "Le sport que nous voulons: le pouvoir économique, social et stratégique du sport dans le nouveau développement du Maroc", M. Bourhim estime que le sport est une véritable industrie. Le secteur pèse près de 1.200 milliards d’euros, soit 2% du PIB mondial. En termes d’emploi, il représente 2,2% des travailleurs de l’Union européenne. En France par exemple, il représente 480.000 emplois, contre seulement 240.000 au Maroc.
En Afrique du sud, pays dont l’économie est relativement proche de celle du Maroc, la contribution du sport au PIB est d’environ 2%, alors qu'au Maroc, en 2014, seul 0,66% du PIB était consacré au sport. Ces quelques chiffres donnent un aperçu sur le potentiel économique du sport dans le monde, mais aussi sur le retard qu’accuse le Maroc en la matière.
Pour en faire un véritable levier de développement économique, social et stratégique au Royaume, l’expert recommande de :
1- Bâtir et implémenter une véritable politique nationale et régionale du sport reposant sur trois piliers fondamentaux: la formation, la bonne gouvernance et la performance sportive et économique.
2- Adapter les modes de gouvernance des organisations aux spécificités des nouveaux enjeux sportifs et économiques marocains. Pour ce faire, une formation des dirigeants sportifs aux exigences du sport professionnel s’impose. Il faudra également dissocier le sport amateur, des associations à but non lucratif, et du sport professionnel organisé en sociétés sportives privées. Les professionnels du secteur doivent aussi mettre en place un management opérationnel dans chaque structure sportive, en s’appuyant sur les compétences issues des filières spécialisées en management du sport et en plaçant celles-ci au cœur de la gestion de nos clubs et de nos institutions sportives. Il est aussi préférable de numériser les modes d’adhésions aux clubs sportifs.
3- Créer une agence nationale pour le sport afin d’assurer la régulation du secteur et veiller à la mise en œuvre efficace de la politique sportive. Elle devra certainement associer des représentants de l’état du mouvement sportif, des collectivités territoriales et des acteurs économiques et sociaux (fédérations, clubs et entreprises privées).
4- Consolider les outils juridiques offerts par la nouvelle loi 30-09 de la jeunesse et du sport pour permettre d'assurer une plus grande protection et davantage de garanties pour les intervenants dans le secteur du sport (investisseurs, institutionnels, médias, etc.), afin de favoriser l'émergence d'une véritable industrie du sport au Maroc.
5- Déployer massivement des infrastructures de proximité et les infrastructures socio-éducatives pour améliorer la pratique d’activités physiques et l’inclusion par le sport dans les territoires. Leur gestion devra s'inscrire dans le programme de la régionalisation avancée pour faciliter leur déploiement et leur exploitation. Il faudra également harmoniser les politiques sportives locales afin de limiter les disparités territoriales en termes d'infrastructures.
6- Renforcer la formation de haut niveau pour favoriser l’émergence d’une expertise managériale du sport au Maroc. Pour ce faire, l'expert recommande de renforcer et développer les formations "Sports-études", adapter le rythme scolaire à la pratique du sport pour éviter le décrochage, communiquer sur la filière du sport en tant "qu'école de la deuxième chance" pour les jeunes en échec scolaire, accompagner et subventionner la création de centres de formation dans les clubs sportifs, favoriser l’émergence d’experts dans le management des clubs et des institutions sportives et développer les formations de pointe "type polytechnique" pour doter notre sport de gestionnaires hautement qualifiés.
7- Créer un institut national d’excellence sportive de pointe pour réunir nos meilleurs athlètes, tous sports confondus, et les préparer à la performance dans les grandes compétitions internationales.
8- Faire du secteur sportif, une véritable industrie productive et rentable, créatrice d’emplois et de richesses. La première étape à réaliser est l'évaluation précise de la surface économique du sport au Maroc. Les professionnels du secteur peuvent ainsi profiter du cadre légal offert par la loi 30-09 pour encourager l’auto-régulation du secteur du sport. M. Bourhim recommande aussi, dans ce sens, d'accompagner les clubs sportifs dans le cadre d'un "moratoire", l'objectif étant de réussir leur transformation de simples associations, dont les revenus sont essentiellement issus de subventions, vers la société de spectacle sportif productrices de la performance économique et sportive. Il faudra également permettre l’émergence de nouveaux médias pour la retransmission des événements sportifs et élaborer le cahier des charges des modes de diffusion ainsi que les contrats de répartition des recettes publicitaires.
9- Favoriser le déploiement de partenariats publics-privés (PPP) dans le secteur du sport pour encourager à la réalisation de projets sportifs d’envergure. Pour ce faire, encourager les initiatives privées pour participer au financement et à l’investissement dans le sport (infrastructures, clubs, etc.), s'avère nécessaire. Il est également recommandé d'offrir au sport davantage d’opportunités de financement (banques, fonds d'investissement, acteurs privés, etc.) afin d’atteindre la performance économique et sportive, et d'optimiser la gestion des subventions octroyées par l'État et les collectivités au secteur sportif afin d'alléger les dépenses publiques tout en maintenant son rôle de régulateur et de garant de la bonne gouvernance.
10- Généraliser le digital comme outil d’optimisation et de modernisation de la gestion des clubs et des organisations sportives et instaurer massivement le numérique (réseaux sociaux, site internet, etc.). Les clubs devront aussi déployer des applications mobiles dédiées pour renforcer et développer le lien avec leur écosystème.
"Le sport a le pouvoir de tout changer. Intégrer le sport dans la réflexion de la Commission spéciale sur le modèle de développement est, aujourd’hui, indispensable, si le Maroc souhaite prétendre à un développement rapide et pérenne. Le caractère multidimensionnel du sport permet d’agir sur tous les segments qui composent notre pays. De la croissance à l’emploi, en passant par la santé, l’éducation et la diplomatie, le sport, de par son agilité, est un secteur à la fois stratégique et opérationnel. En effet, en prenant des mesures significatives en ce sens, nous pourrons observer des changements dans la vie des Marocains et pour toute l’économie du Royaume", souligne Abdelkader Bourhim.
À découvrir
à lire aussi
Article : Prévisions météorologiques pour le lundi 20 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 20 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie (DGM): - Températures en hausse avec temps […]
Article : Dette hybride. Au-delà de la levée, le modèle et les contraintes d’OCP
Derrière le succès de son émission obligataire hybride d’avril 2026, le groupe OCP révèle une équation financière complexe. Entre montée de la fiscalité, politique de dividendes, investissements massifs dans la transition verte et dans des activités hors cœur de métier, le champion des phosphates doit désormais arbitrer dans un environnement compliqué.
Article : Un nouveau “dictionnaire critique” pour relire le Maroc colonial
Un ouvrage collectif dirigé par l’anthropologue marocain Hassan Rachik propose une relecture de la période coloniale à travers un format original de dictionnaire, réunissant une vingtaine de chercheurs marocains, français et espagnols.
Article : Sahara: despite Algiers’ efforts, Washington’s position remains unchanged
On the sidelines of the Antalya Diplomacy Forum in Turkey, Algeria’s foreign minister and the U.S. president’s senior advisor for Arab and African affairs discussed several regional issues, including the Sahara. Yet behind the carefully worded Algerian statement, Washington’s support for Morocco’s territorial integrity remains clear and unchanged. Since December 2020, that position has taken on the weight of state continuity, suggesting it will endure regardless of political turnover in Washington or diplomatic initiatives from Algiers.
Article : Santé animale : Biopharma et le Tchad passent à la phase opérationnelle de leur partenariat
La société pharmaceutique marocaine Biopharma a signé à N’Djamena une feuille de route de coopération avec l’Institut tchadien de recherche en élevage pour le développement (IRED), dans le cadre du renforcement de la coopération maroco-tchadienne dans le domaine de la santé animale.
Article : Casablanca : les autorités démentent auprès de Médias24 une rumeur sur une fermeture des commerces à 23 heures à Anfa
Les autorités ont démenti, auprès de Médias24, l’existence d’une décision imposant la fermeture des commerces, cafés et restaurants à 23 heures dans le ressort de la préfecture d’arrondissements de Casablanca-Anfa, après la circulation d’informations en ce sens sur certains sites et réseaux sociaux.