img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Les recrutements reprennent mais attendent beaucoup de la campagne de vaccination

Les entreprises se montrent encore quelque peu frileuses malgré la reprise des recrutements. Elles espèrent retrouver une bonne vitesse de croisière grâce à la campagne de vaccination, même s’il est encore trop tôt pour se prononcer sur son impact sur le marché de l’emploi.

Les recrutements reprennent mais attendent beaucoup de la campagne de vaccination
Solène Paillard
Le 14 février 2021 à 10h00 | Modifié 11 avril 2021 à 2h50

La reprise des recrutements en ce début d’année ne fait pas totalement l’unanimité auprès des cabinets joints par Médias24. Près d’un an après l’apparition de la crise sanitaire, puis économique, les recruteurs font toujours preuve d’une certaine frilosité.

"L’activité du recrutement chez nous est morose. Les entreprises n’ont presque aucune visibilité, et lorsqu’elles en ont, elles se montrent prudentes et préfèrent attendre avant de recruter. Seul élément positif : les recrutements sont très dynamiques dans le secteur de l’informatique et du digital, de l’externalisation des services, des centres d’appels et de l’automobile, mais seulement pour des profils très pointus", note Ali Serhani, directeur associé chez Gesper Services.

Réelle reprise ou compensation des pertes de 2020 ?

Au sein du cabinet H&F Associates, le redémarrage des recrutements en ce début d’année est bien palpable, mais suscite quelques interrogations. Romain Férier, son directeur associé, se dit satisfait mais se montre tout de même dubitatif : "Les recrutements ont très bien repris en ce début d’année 2021. Nous avons fait un très bon mois de janvier et un très bon début de février. Ceci dit, reste à savoir si ce dynamisme s’explique par le fait que les entreprises rattrapent leurs recrutements, c’est-à-dire qu’elles recrutent pour les postes qu’elles n’ont pas pu pourvoir l’an dernier, ou s’il s’agit d’une réelle et profonde reprise sur du business classique. Les multinationales ont beaucoup réduit les recrutements l’année dernière et les reprennent en ce début d’année. Dans quelles circonstances et dans quelles proportions vont-elles avoir les coudées franches ? Cela, nous ne le saurons qu’au printemps, d’ici fin mars ou fin avril."

Et d’ajouter : "Nos deux principaux clients, des multinationales européennes, ont recommencé à recruter de façon tout à fait normale, avec des créations de postes et des relocalisations d’activités européennes vers le Maroc. Chez les autres clients, l’activité a aussi nettement repris par rapport à la fin de l’année dernière, mais encore une fois, je m’interroge : n’est-ce qu’une compensation ou, au contraire, une tendance durable et solide ?"

Abdelaziz Bennis, directeur général du cabinet IBB Executive Search, spécialisé dans le recrutement de cadres dirigeants et supérieurs, et président de l’Association marocaine du conseil en recrutement (AMCR), partage également une lecture nuancée de cette reprise. "Les recruteurs sont dans un certain attentisme, mais c’est un attentisme relatif dans le sens où la reprise, certes bien là, est pour l’instant graduelle. En termes de volume et de rythme, les recrutements à l’heure actuelle n’ont évidemment rien à avoir avec ceux du premier trimestre de 2020, où nous avions connu une hausse exponentielle des recrutements", explique-t-il.

Les postes de direction ont le vent en poupe

En revanche, chez les cadres dirigeants et supérieurs, pas d’attentisme. "Un certain nombre de secteurs résilients ont continué à recruter, notamment la finance, la grande distribution, les télécommunications et le digital. Nous voyons également apparaître une série de PME marocaines plus ou moins grandes, principalement à capitaux familiaux, qui veulent renforcer leur management et leur gouvernance. Dans ce sillage apparaissent de nouveaux recruteurs qui veulent professionnaliser, sécuriser et structurer leur entreprise, et surtout, la faire sortir de cette crise qui a violemment impacté leur business", ajoute Abdelaziz Bennis.

Les directeurs financiers et administratifs sont effectivement très demandés, constate de son côté Rachida Jalal, directrice générale du cabinet Pluriel RH. "Nous recevons notamment des demandes d’entreprises étrangères pour des postes basés en dehors du Maroc. Les recrutements reprennent, mais pas au même niveau que les années précédentes. Les entreprises qui recrutent ne le font que pour des besoins très précis, notamment dans le commercial, l’informatique, les assurances et l’industrie en général", explique Rachida Jalal.

La campagne de vaccination, l’espoir des recruteurs

Si la reprise des recrutements est donc confirmée mais nuancée, les cabinets de recrutement fondent leurs espoirs (et ceux de leurs clients) sur la campagne de vaccination, qui a démarré jeudi 28 janvier. "Je crois sincèrement qu’elle va changer la donne, même s’il est encore trop tôt pour se prononcer sur son impact actuellement. La campagne va crescendo et ne concerne pour l’heure que des tranches d’âge qui ne sont pas concernées par l’emploi en entreprise. Il faut attendre qu’elle s’élargisse à l’ensemble de la population pour en ressentir les effets sur le marché de l’emploi", estime Rachida Jalal.

"Les recruteurs misent beaucoup sur la campagne de vaccination, mais ils attendent qu’elle atteigne un stade suffisamment avancé. Ils attendent aussi impatiemment la réouverture des frontières (notamment avec la France, deuxième partenaire économique du Maroc) ; la plupart de nos clients sont des multinationales européennes et dépendent donc largement du marché européen", indique pour sa part Ali Serhani.

Abdelaziz Bennis constate lui aussi que "les entreprises attendent que la campagne de vaccination se termine pour avoir plus d’assurance et reprendre une activité plus ou moins normale". Même si, ajoute-t-il, "la normalité n’aura plus rien de celle d’avant". Il s’en explique : "Les entreprises vont s’orienter de plus en plus vers le digital et le numérique. Cela va avoir un impact significatif sur leur organisation et leurs ressources humaines, avec beaucoup de mobilité interne et de formations. Ces transformations passeront nécessairement par des recrutements car les entreprises, même si elles ne sont pas toutes encore exposées aux problématiques du digital et du numérique, auront besoin de renforts, notamment dans le top et le middle management."

Enfin, Romain Férier, estime que "l’impact de la campagne de vaccination est inexistant pour l’instant parce que nos clients sont totalement dépendant d’une situation mondiale beaucoup plus que d’une situation marocaine." Et de conclure : "Ce sont davantage les perspectives des entreprises et la situation au niveau du groupe qui font qu’elles sont plus ou moins réticentes à avoir des budgets dédiés au recrutement."

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Solène Paillard
Le 14 février 2021 à 10h00

à lire aussi

La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Quoi de neuf

Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka

Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.

Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
TOURISME

Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance

Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.

Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
Quoi de neuf

Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca

En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.

Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026

L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.

La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
Mines

Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP

C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.

Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Quoi de neuf

Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial

Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité