Baisse sensible des cas de grippe saisonnière cette année grâce aux gestes barrières
Les pneumologues sont unanimes à dire que le lavage régulier des mains, le port du masque et la distanciation physique ont permis de réduire drastiquement les cas de grippe saisonnière et de bronchiolite. Pour les populations fragiles, ils recommandent de maintenir le port du masque à l’issue de la crise sanitaire, pendant la saison hivernale.
Le nombre de cas de grippe saisonnière et de bronchiolite a considérablement diminué cet hiver en comparaison à l’hiver 2019-2020, d’après plusieurs pneumologues contactés par Médias24.
Soumaya Safieddine, pneumologue au service de pneumologie de l’hôpital Hassan II de Settat, évoque une baisse "de moitié" de ces deux maladies infectieuses, aussi bien chez les adultes que chez les enfants. "La bronchiolite étant une complication de la grippe, s’il y a moins de grippes, il y a automatiquement moins de bronchiolites", nous dit-elle.
Elle observe également une forte réduction des complications des maladies respiratoires chroniques, "qui s’exacerbent habituellement pendant la période hivernale", notamment l’asthme et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).
Abdelkrim Moumen, président de l’Association des pneumologues privés du Maroc (APPM), constate lui aussi "beaucoup moins de grippes et d’infections virales par rapport à la même période l’an dernier", tout comme son confrère Abdelhaq Alaoui Yazidi, qui dit en avoir très peu observées.
Chez les enfants, la baisse est encore plus palpable : à hauteur de 90% selon la pédiatre et allergologue Rachida Chami. "Notre indicateur pendant cette période, ce sont les bronchiolites virales qui commencent à apparaître vers le mois de novembre et se poursuivent jusqu’à mars. En temps normal, je vois entre cinq et six bronchiolites par jour. Cette année, jusqu’à présent, je n’en ai vues que trois ou quatre, pas plus. La baisse est donc considérable, particulièrement chez les nourrissons", dit-elle.
Le prolongement du port du masque souhaitable à l’issue de la crise
Sans surprise, cette baisse drastique du nombre de cas de grippe saisonnière et de bronchiolite est "incontestablement liée au port du masque", indique Abdelkrim Moumen. Le port du masque, oui, mais pas que : "Le lavage régulier des mains et la distanciation physique imposés par cette crise sanitaire, en plus du port du maque, ont évidemment permis de réduire les cas de grippe et de bronchiolite. Ce sont ces trois facteurs cumulés qui sont à l’origine de cette baisse, et pas seulement le masque", souligne quant à elle Soumaya Safieddine. "Le lavage des mains est peut-être même plus important que le port du masque : plus on se lave les mains, moins elles sont susceptibles d’être porteuses de virus", abonde Rachida Chami.
Le port du masque pourrait-il d’ailleurs être prolongé à l’issue de la crise sanitaire, notamment pendant la saison hivernale ? Soumaya Safieddine se montre favorable au prolongement de cette pratique "chez les patients porteurs de maladies chroniques respiratoires, y compris chez les diabétiques et les cardiaques". "Les diabétiques étant immunodéprimés, ils sont plus sujets aux infections respiratoires, méningées et cardiaques à répétition. On constate d’ailleurs régulièrement des infections respiratoires au sein de cette population en temps normal ; le fait de porter le masque ne peut donc qu’être bénéfique pour eux", ajoute-t-elle.
Le masque a également des vertus protectrices chez les sujets asthmatiques : "En hiver, on demande aux enfants asthmatiques de porter une écharpe autour de la région buccale (la bouche et le nez) pour réchauffer l’air qui est respiré et ainsi éviter l’inhalation d’air froid, qui peut provoquer des crises", nous avait expliqué, fin janvier, Rachida Chami.
"Il est effectivement souhaitable que le masque continue d’être porté après la crise sanitaire chez les populations à risque, notamment les personnes atteintes de cancers, de maladies rénales et pulmonaires chroniques avec insuffisance respiratoire. Il est dans leur intérêt de le porter entre décembre, janvier et février ; le pic de grippes étant en février", recommande Abdelhaq Alaoui Yazidi. "C’est une pratique hygiénique, à la fois pour soi et pour les autres, et qui permet d’éviter la flambée des infections virales pendant la saison hivernale", abonde Abdelkrim Moumen.
Ceci dit, ces recommandations seront-elles suivies par la population, tant le masque est associé à la crise sanitaire et à l’atmosphère anxiogène qu’elle génère ? "Je crains que cette pratique ne soit pas reconduite à l’issue de la crise par la population elle-même, alors que la restriction des libertés est déjà vue d’un mauvais œil. D’un point de vue scientifique, c’est pourtant très souhaitable", répond Abdelkrim Moumen.
Chez les enfants en revanche, Rachida Chami n’y est pas favorable. "Les enfants ont tout de même besoin de voir des visages, pour leur développement social, pour la reconnaissance des expressions faciales… Il ne faut pas non plus sacrifier tout ce qui participe à la construction des interactions sociales de l’enfant", conclut-elle.
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